BOC1

Au moment de sortir ce disque, Blue Öyster Cult est passé de groupe de hard-rock discret (les débuts, sous divers noms tels que Soft White  Underbelly ou Stalkforrest Band) au succès progressif à superstar de la scène heavy metal. Ce disque arrivera presque à les faire chuter de leur piédestal et les faire plonger en enfer. Les trois premiers albums (Blue Öyster Cult en 1972, Tyranny & Mutation en 1973, Secret Treaties en 1974), entérinés par un double live anthologique en 1975 (On Your Feet Or On Your Knees), les a lentement mais sûrement propulsés en Black Sabbath américains (sans le côté sataniste, mais avec pas mal d'imagerie cuir/SM/moto et des thèmes, parfois, SF/fantasy). Agents Of Fortune, en 1976, offrira au groupe la possibilité d'édulcorer un petit peu, l'album étant très accessible, leurs sonorités, et offrira un premier tube, (Don't Fear) The Reaper, chanson cultissime, sublime, sur l'amour survivant à la mort (et non pas une apologie du suicide comme il en a parfois été dit). En 1977, Spectres offre R U Ready To Rock et Godzilla, deux classiques. La tournée est triomphale, et immortalisée par un deuxième live, simple celui-ci, en 1978, Some Enchanted Evening, live qui, malgré sa courte durée (36 minutes), est probablement meilleur que le double de 1975 au final. Le groupe est posé, installé, il ne devrait dès lors plus bouger. Et puis, arrive Mirrors. Cet album est sorti en 1979, produit par Tom Werman, et il va littéralement faire s'écrouler tout ce que le groupe avait alors réussi à installer.

BOC2

Bloom, Joe Bouchard, Roeser, Albert Bouchard, Lanier

Le producteur de cet album, Werman, dont c'est la seule production pour le BÖC, était pourtant plus ou moins spécialisé dans le hard-rock, ayant produit Twisted Sister, Kix, Poison, Molly Hatchet, Ted Nugent, Mötley Crüe, L.A. Guns ou Cheap Trick. Mais pour le coup, pour ce Mirrors enregistré entre Los Angeles, Burbank et New York (et sorti en milieu d'année 1979), c'est  tout sauf du hard-rock. Oh, il y à bien quelques guitares grassouillettes de ci de là (The Vigil, par exemple), mais le ton est définitivement pop/rock, FM, sans prise de risques et surtout, sans danger. Le tube de l'album, Dr. Music, qui ouvre le disque, est une purge faisant plus penser à un pastiche de rock'n'roll (on pense beaucoup au Rock'n'Roll Music de Chuck Berry) qu'à du hard, et savoir que c'est le groupe ayant, auparavant, signé Career Of Evil, ME-262 ou 7 Screaming Diz-Busters qui chante ça, ça fait bobo-o-kuku. Les choeurs féminins sur Mirrors ou Lonely Teardrops, l'ambiance totalement décontractée et sans danger de In Thee, ça fait mal. Ca fait pourri. Le BÖC, virer sa cuti de la sorte ? Mais qu'on les pique ! Heureusement, deux chansons, ici, sont tout de même d'un niveau respectable : The Great Sun Jester, à moitié écrite par l'écrivain de SF/fantasy Michael Moorcock (qui recollaborera avec eux sur Cultösaurus Erectus et Fire Of Unknown Origin, les deux albums suivants, qui sont parfaits), et I Am The Storm. The Vigil est appréciable aussi pour son riff tueur et son ambiance hard-rock, quasiment le seul morceau de la sorte sur ce disque fadasse.

BOC3

Sorti de plus sous une pochette ridicule montrant un rétroviseur latéral de voiture dans lequel apparaît, à l'envers, le titre de l'album (sur le label de la face B, le nom du groupe et de l'album sont à l'envers, tandis que sur le label de la face A, ils sont à l'endroit, c'est à peu près la seule marque d'originalité de l'ensemble de l'album), Mirrors est donc un beau ratage. Au sujet de la pochette, mention spéciale au verso, on y voit les cinq membres (aucun changement de personnel depuis le début du groupe, à ce stade), debout, tenant chacun dans leur main, au niveau de la hanche, un petit miroir réfléchissant la lumière du soleil et éblouissant devant eux. Les looks, et surtout expressions faciales, des BÖC, sur cette photo, est impayable, entre un Joe Bouchard qui se la joue gros dur sans y parvenir, un Donald (Buck Dharma) Roeser qui semble un peu étonné d'être entouré de ces types et dont la moustache fait très acteur porno allemand des années 70, Allen Lanier qui, lui, à l'air consterné et ennuyé de quelque chose, et Albert Bouchard qui fait penser à un petit pervers vicieux au sourire torve venant d'apercevoir une jolie fille, la coupe est pleine. Seul Eric Bloom semble à peu près normal, mais si on parle de la tenue vestimentaire, il y aurait des choses à dire, entre le marcel bleu sur torse velu, le pantalon de cuir et la chemise-cravate d'agent immobilier, ou les bretelles de petit vieux sur une chemise à rayures d'employé de banque, sans parler du gilet sans manches en cuir... Tout un poème ! On a l'impression, en regardant cette photo, que le groupe savait très bien qu'ils offraient, avec ce Mirrors, leur pire album de l'époque (leur seul mauvais album de l'époque), et un de leurs pires au final, il faudra attendre Club Ninja en 1985 pour avoir aussi mauvais (et même pire) !

FACE A

Dr. Music

The Great Sun Jester

In Thee

Mirrors

Moon Crazy

FACE B

The Vigil

I Am The Storm

You're Not The One (I Was Looking For)

Lonely Teardrops