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Vous voulez du mauvais McCartney ? Choisissez, par exemple, son Pipes Of Peace de 1983, un disque franchement mineur, médiocre, il ne s'y passe quasiment rien, si l'on excepte le tube Say Say Say en duo avec Michael Jackson. Choisissez aussi Press To Play, de 1986, un album surproduit à la mode de l'époque, et comprenant aussi quelques chansons vraiment embarrassantes (mais aussi, il est vrai, de bonnes chansons comme Only Love Remains, Stranglehold et Good Times Coming/Feel The Sun). Entre les deux, en 1984, Paul McCartney a subi le pire bide commercial de sa carrière, pire encore que le premier opus des Wings (le très bon, mais commercialement catastrophique, et très mal accueilli par la presse à l'époque, Wild Life en 1971) : Give My Regards To Broad Street. Ce disque est assez à part dans la discographie de Sir Paulo. C'est en effet la bande originale d'un film (portant le même titre ; en français, Rendez-Vous A Broad Street), film réalisé par Peter Webb, et scénarisé par McCartney, qui joue dedans, aux côtés de, notamment, sa femme Linda, de Ringo Starr, Sir Ralph Richardson, Barbara Bach (alors madame Ringo !) et Tracey Ullman. Le film est doté d'un scénario tellement mince que je ne voudrais pas utiliser son manuscrit comme PQ, de peur de le trouer et de m'en foutre plein les doigts (bon appétit, au fait) : Paul part à la recherche des bandes de son dernier album, qui viennent d'être volées, et il a 24 heures pour les retrouver, afin d'empêcher la faillite de sa maison de disques. Musical comme on s'en doute lourdement, le film montre Paul, sa femme et Ringo dans leurs propres rôles, ainsi qu'Eric Stewart (musicien collaborant assez fréquemment avec Macca à l'époque).

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Intérieur de pochette : des photos du film

Le film sera un bide monstrueux, ce qui est justifié car il est, de plus, vraiment nul, à oublier. L'album sera lui aussi un retentissant échec, mais, curieusement, reste des plus écoutables. Oui, Give My Regards To Broad Street n'est pas un bon opus de Macca, c'est même un de ses moins satisfaisants, de son entière carrière (de ses débuts avec les Beatles jusqu'à cette année), et je le classe dans les ratages musicaux car après tout, ç'en est un, mais l'album m'est nettement plus appréciable que Pipes Of Peace, c'est curieux, mais c'est le cas. De quoi est-il constitué, ce disque ? De 16 morceaux, essentiellement des chansons déjà connues de tous, issues des répertoires des Beatles ou de Macca en solo, et ici réarrangés à la sauce du film, avec claviers, cuivres, cordes... La version CD de l'album propose un titre en plus, et, surtout, des versions rallongées (notamment pour Eleanor Rigby/Eleanor's Dream, long de 3 minutes sur le vinyle, et de...9 minutes en CD !) de pas mal des morceaux. La version CD dure environ une heure, le vinyle, lui, n'en fait que 45 à tout pétouiller ! Il est d'ailleurs indiqué au dos de la pochette que l'album a été édité, pour le vinyle, par rapport au CD et à la K7, qui durent plus longtemps. Les détracteurs (et concernant ce disque, ils sont bien plus nombreux que les défenseurs !) diront que 45 minutes (voire un peu plus, je ne peux pas vraiment juger de la durée, c'est difficile à dire pour un vinyle, surtout que les passages non musicaux - quelques petits extraits sonores - n'entrent pas en compte dans le timing crédité des morceaux), c'est déjà trop. Surtout que, musicalement parlant, l'album n'offre pas grand chose à se carrer sous les dents : No More Lonely Nights, présente ici trois fois (une version lente, une version rythmée, et un intermède de 13 secondes reprenant le rythme lent de la chanson) est une superbe chanson dans sa première version, et une très bonne version dans la seconde ; Ballroom Dancing (à la base, issue de Tug Of War, 1982) est très efficace ici, avec les guitares de Dave Edmunds et Chris Spedding, et je préfère nettement cette version à celle de 1982. Wanderlust (à la base, issue aussi de Tug Of War) et Silly Love Songs (ce Wings At The Speed Of Sound, 1976, des Wings) sont pas mal aussi, la dernière bénéficie d'une excellente partie de guitare de Steve Lukather (de Toto, dont Jeff Porcaro, le batteur, joue aussi sur le titre). Le reste, et notamment les nouvelles versions des chansons des Beatles (Yesterday, Here, There And Everywhere, For No One, Good Day Sunshine, Eleanor Rigby, The Long And Winding Road), n'apporte strictement rien, et même, certaines nouvelles versions des standards des Beatles sont des affronts aux (clairement intouchables) versions originales.

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Une affiche du film

Bref, ce disque est une déception, une frustration, malgré quelques bons passages, tous sur sa première face, d'ailleurs. Pour finir, notons que l'album est produit par George Martin, et que Macca a su, ici, s'entourer de quelques musiciens de grande renommée, notamment son comparse Ringo, mais aussi Eric Stewart, David Gilmour, Steve Lukather, Jeff Porcaro, Chris Spedding, John Paul Jones, Dave Edmunds, Herbie Flowers, Louis Johnson, Dave Mattacks. Mais aussi sa femme Linda aux claviers et choeurs. Avec son enfilade de versions réarrangées de standards beatlesiens et ses quelques (rares) nouvelles chansons sans grande âme (No Values, Not Such A Bad Boy), à l'exception de No More Lonely Nights - marrant, les trois chansons inédites ont toutes un titre démarrant par un terme négatif, 'not' ou 'no' ! -, Give My Regards To Broad Street est donc un ratage pour Macca, et c'est la même chose pour le très oubliable film dont il est la bande-son. Je n'avais pas envie de mettre de clip en bas, mais, bon, No More Lonely Nights est vraiment belle, donc acte.

FACE A

No More Lonely Nights

Good Day Sunshine

Corridor Music

Yesterday

Here, There And Everywhere

Wanderlust

Ballroom Dancing

Silly Love Songs

FACE B

Silly Love Songs (Reprise)

Not Such A Bad Boy

No Values

No More Lonely Nights (Ballad Reprise)

For No One

Eleanor Rigby/Eleanor's Dream

The Long And Winding Road

No More Lonely Nights (Playout Version)