51gc5pl+zRL

Gérard Manset est à nouveau à l'honneur sur le blog : j'ai réabordé deux de ses albums, j'ai abordé sa discographie en un long article, et voici un album parmi  ceuxqui n'avaient pas encore été abordés ici. Celui-ci date de 1985 et doit faire partie de ses premiers à être sortis en CD, si ce n'est même son premier (à moins que ça ne soit son album suivant, Matrice, sorti en 1989 ?) A l'heure actuelle, et même s'il ne doit pas être évident à trouver sauf sur le Net, cet album, qui s'appelle Prisonnier De L'Inutile, est aussi un de ses rares albums trouvables en CD, et je précise : dans sa totalité. Il offre 7 titres, pour une petite quarantaine de minutes. Chose peu fréquente : on a les musiciens crédités sur la pochette intérieure ! Notamment, Serge Perathoner aux claviers, Didier Batard (crédité sans le 'd' de son nom de famille) à la basse et 'Bunny' Rizzitelli (crédité à 'Bunny' tout court) à la batterie. Parmi les guitaristes, on cite Manset lui-même. Cet album à la pochette sobre (au dos, même photo, mais cadrée plus large, de Manset, une photo prise par Manset lui-même, en 1979, à Dhaka, Bangladesh) est un des albums les plus aventureux de l'ermite musical de Saint-Cloud. Non pas que Manset innove musicalement ici, mais plusieurs chansons parlent de l'Asie, souvenirs de voyages, un peu comme la chanson-titre de l'album Royaume De Siam (1979). Manset a pas mal bourlingué, notamment en Asie, continent qui l'a très fortement marqué.

$(KGrHqJ,!j!E6IdOehm6BOvqZ2U!8w~~60_35

Version K7 de l'album

Toutes les chansons ne parlent pas de souvenirs de voyages, et parmi les chansons un peu exotiques, une ne parle pas de l'Asie du tout, mais de la Polynésie, des Marquises (non cité dans la chanson, mais au vu des paroles, c'est évident) : Et L'Or De Leurs Corps, qui ouvre le bal. Sans jamais le citer textuellement, Manset parle ici notamment de Paul Gauguin, fameux peintre français ayant longuement vécu aux Marquises, ayant puisé dans ces décors et ce peuple polynésien de quoi faire de magnifiques tableaux (l'un d'entre eux est reproduit en illustration sur la sous-pochette des paroles ; d'autres illustrations sont très asiatiques dans l'âme, statues sacrées...), et il est par ailleurs enterré là-bas (Jacques Brel aussi le sera, sa tombe est à côté de celle du peintre). Cette courte chanson, de 3 minutes et des couillettes (la plus courte du lot), est celle qui me plaît le moins ici, mais avec son chant assez prenant et lent, elle est une ouverture étrange et efficace. Mais le morceau suivant, Prisonniers De L'Inutile (le titre du morceau est au pluriel contrairement à celui de l'album), avec sa mélodie lancinante et synthétique (et assez asiatique dans l'âme) et ses paroles sombres, est un sommet total, 6 minutes au moins aussi grandioses que les 12 du morceau-titre de l'album précédent, Lumières (1984). Mauvais Karma (7 minutes, qui cite dans ses paroles la lumière et les ténèbres ; au passage, Manset avait au départ prévu de faire, en 1984, deux albums intitulés Lumières et Tenèbres ; on peut considérer Prisonnier De L'Inutile comme la version 'Tenèbres' de Lumière, son alter ego total) est plus enlevé, presque 'variété' dans son refrain, mais ça reste du Manset. Les Enfants Des Tours, comme le futur Banlieue Nord de l'album suivant (Matrice), parle de la banlieue, des enfants sacrifiés qui y vivent, c'est pas joyeux...

115052083-2

Verso de pochette (pas une photo perso)

La face B s'ouvrait sur les 7,45 minutes de Chambres D'Asie, où on sent bien se refléter l'ambiance putride (moisie, un terme qui revient souvent dans les paroles), humide, glauque de ces chambres d'hôtel, de motels ou de pensions en Asie du sud-est, comme en Thaïlande, au Laos ou au Cambodge. C'est une pure merveille interprétée à la perfection, follement pas joyeuse du tout, une des meilleures chansons de l'album. Deux Voiles Blanches, qui parle apparemment du départ définitif d'un homme, pour changer de vie et essayer de la réussir ailleurs, est très belle, et Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Meurent (6,40 minutes), qui achève le disque, est encore une fois une tuerie dans le genre. Totalement sous influence du Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Vivent ? d'Aragon et Ferré (qui fut chanté par Lavilliers, Philippe Léotard, Ferré aussi) jusqu'à posséder un refrain mélodiquement identique et aux paroles très similaires, cette chanson n'est donc pas originale, on peut même dire que Manset va en terrain connu ici, mais c'est sinon une sublime, intense (et triste) chanson, qui achève idéalement Prisonnier De L'Inutile, album remarquable, donc, comme toujours avec ce chanteur si particulier (je ne reviendrai pas encore une fois sur ses idées sur la musique et la manière de gérer son catalogue). Trois chansons, notamment, sont absolument intouchables, donc, et rien que pour elles, je conseille fortement ce disque qui ne paie pas de mine avec sa pochette sobre et même peu réussie (le lettrage, etc), mais cache de vrais trésors.

FACE A

Et L'Or De Leurs Corps

Prisonniers De L'Inutile

Mauvais Karma

Les Enfants Des Tours

FACE B

Chambres D'Asie

Deux Voiles Blanches

Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Meurent