Blue Oyster Cult - Club Ninja remaster 2012

Dans le cas de cet album, il va être difficile de ne pas le juger par le biais de sa couverture, ou tout du moins, de ne pas faire entrer sa pochette dans les critères de critique. Pensez donc : l'espace intergalactique ; un immense vaisseau spatial (ou plutôt, une station spatiale) en forme de croix Kronos, soit le logo du groupe (Blue Öyster Cult), avec un gros bouton-pressoir rouge au centre, et des teintes parfois vertes ou jaunes, assez hideuses ; des navettes spatiales en veux-tu-en-voilà-p'tit-saligaud, et au verso, un robot-ninja faisant plus penser à Goldorak, Iron Man ou un des Transformers qu'à ce qu'il est censé être. Pour ne rien changer, le robot lance un nunchaku en forme de Kronos, et on a, retour au recto, un lettrage nipponisant en jaune sur fond vert (le tout, ces deux couleurs, dans des teintes évidemment fluo), surmonté d'un fin trait rouge pour le nom du groupe, et le nom de l'album sur les parois de la station spatiale : Club Ninja. Difficile, surtout quand on sait que a) le disque date de 1985 ; b) il a été enregistré par un groupe tellement remanié que, des cinq membres, seuls trois sont des originaux ; et c) le groupe était alors dans une passe commercialement difficile, voire même critique ; difficile, donc, de ne pas se dire qu'on tient entre les mains une authentique, véritable merde musicale comme certains artistes/groupes en sortent de temps en temps, souvent dans la décennie 80. Fire Of Unknown Origin, ce chef d'oeuvre de 1981 (qui est bien loin !), avait été composé en partie en ayant en tête le film d'animation Métal Hurlant (alors qu'au final, seule une chanson de l'album, et non composée en fonction du film, en fera partie), Club Ninja, lui, à voir sa pochette, semble avoir été conçu avec les jouets Mattel et les mangas japonais type Goldorak en référence. Ce qui n'est pas la meilleure des références.

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Verso de pochette

Entendons-nous bien : le Cult a déjà eu l'occasion de sortir de mauvais albums : Mirrors en 1979 est le genre de disque qui, de même que le Emotional Rescue des Stones ou le Somwhere In England de George Harrison (deux albums bien différents de lui musicalement parlant, je sais), possède cette faculté rare de faire chier son auditoire en un temps record : rien à en tirer, c'est mauvais, médiocre, sans âme. Et le Cult, en 1983, livra aussi The Revölution By Night, un album possédant certes le mégatonnique Take Me Away (régal de hard-FM), mais étant, dans l'ensemble, d'une platitude sans bornes. On peut aussi citer Spectres (1977), meilleur que ces deux albums et que Club Ninja réunis, mais tout de même, malgré Godzilla, assez faible. Bref, le BÖC sait sortir de mauvais albums. Mais en 1985, avec seulement trois de ses membres originaux (le chanteur et guitariste Eric Bloom, le guitariste et chanteur Donald (Buck Dharma) Roeser et le bassiste et chanteur occasionnel Joe Bouchard), ils ont fait fort. Club Ninja est indéniablement la pire merde que le groupe ait jamais pondue, un album immonde de son artwork à sa production très hard-FM/synthés à gogo (même pas joués par le claviériste attitré du groupe, le regretté - mort en 2013 - Allen Lanier : cet album est le seul et unique de leur discographie à avoir été fait sans lui, il était temporairement parti du groupe et remplacé par un certain Tommy Zvoncheck ; quant au batteur, c'est un certain Jimmy Wilcox, qui remplace Rick Downey, qui, en 1982, remplaça le batteur originel, Albert Bouchard), sans parler de ses morceaux (il y en à 9, pour environ 45 minutes ; je n'ai le disque qu'en vinyle).

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Bon, en fait, des morceaux, j'en sauve trois, parce que je suis généralement magnanime les mardis d'avril à 16h00. Je sauve tout d'abord White Flags, l'ouverture, qui fonctionne vraiment bien. En fait, ce morceau fonctionne tellement bien, malgré sa production datée, que la première fois que j'ai écouté le disque (il y à environ un an ; je connaissais déjà sa réputation, mais je l'avais quand même emprunté en médiathèque ; je me suis offert le vinyle récemment, pas très cher, je n'allais pas passer à côté, ne serait-ce que pour rajouter un BÖC dans ma collection de vinyles), je m'attendais à trouver un album immonde, mais cette chanson inaugurale m'a fait éphémèrement croire qu'en fait, Club Ninja allait être plus réussi que prévu. Erreur, la suite est en effet d'une platitude, d'une nullité qui confine au cosmique (d'où la pochette ?), entre un Dancin' In The Ruins fortement niais, un Rock Not War (ou Make Rock Not War, selon les éditions ; mon vinyle le crédite Rock Not War, et contrairement au visuel plus haut, les morceaux ne sont pas indiqués dans l'ordre et avec la distinction des faces, sur le verso) bourrin et sans subtilité (les choeurs virils et velus), un Spy In The House Of The Night ridicule, un Beat 'Em Up très bourrin... Heureusement, la face B offre, en final, deux morceaux au moins aussi bons que White Flags : Shadow Warrior  (co-écrit par un écrivain de SF, Eric Van Lustbader) et Madness To The Method, qui dure 7 minutes (morceau le plus long). Là, à défaut d'être immense (aucune chanson des trois que je sauve, et dans l'ensemble aucune des neuf chansons, n'est ne serait-ce qu'excellente), c'est du très bon, du très écoutable malgré la production mid-80's franchement embarrassante désormais (en fait, trois-quatre ans plus tard, elle sera déjà quelque peu embarrassante). Certains sauveraient probablement aussi Perfect Water, personnellement je ne le fais pas, mais je peux comprendre : cette chanson de la face A, située en quatrième position, m'a fait légèrement sourciller alors qu'après deux  chansons minables, je commençais doucement à désespérer. Mais au final, il n'y à bien que pour sa première et ses deux dernières chansons que Club Ninja est, à la rigueur, écouable une ou deux fois, le reste étant vraiment trop mauvais. Le nadir du groupe.

FACE A

White Flags

Dancin' In The Ruins

Rock Not War

Perfect Water

Spy In The House Of The Night

FACE B

Beat 'Em Up

When The War Comes

Shadow Warrior

Madness To The Method