Live At Carnegie Hall

Il y à quelques mois (vers juin ! Oui, je sais, ça remonte un peu !), j'avais abordé ici un album de rock progressif qui me tenait (et me tient toujours) particulièrement à coeur : Scheherazade And Other Stories, un album paru en 1975, indéniablement le chef d'oeuvre du groupe l'ayant sorti, à savoir un groupe du nom de Renaissance. Un groupe anglais qui, comme Van Der Graaf Generator ou Gentle Giant, aura eu plus de succès ailleurs que dans son propre pays (VDGG, ce fut en Italie, Renaissance et Gentle Giant, ça sera aux USA). Renaissance mérite bien son nom, car le groupe en a connu plusieurs, de vies : d'abord crée, à la fin des années 60, par un ancien membre des Yardbirds (le chanteur blondinet, sorte de Brian Jones bis, Keith Relf) et sa soeur Jane (et aussi Jim McCarty, qui fut batteur des mêmes Yardbirds), le groupe sera ensuite, après deux albums au succès commercial des plus mitigés, remanié. Un tout nouveau line-up, avec notamment la chanteuse Annie Haslam (à la voix enchanteresse, douce, aérienne, fragile) et le bassiste Jon Camp, et dès lors, Renaissance...renaît. Prologue, Ashes Are Burning, Turn Of The Cards, les trois albums suivants (les trois  premiers du nouveau Renaissance, en fait), avec leur style bien à eux (beaucoup de piano, de longues plages instrumentales pleines d'émotions, pas ou peu de guitare électrique, pas ou peu de claviers électroniques à part des mellotrons), posent les bases du son Renaissance. On y trouve déjà des morceaux de choix, mais il faudra attendre 1975 et le mirifique Scheherazade And Other Stories (qui contient quatre morceaux, dont un de 24 minutes) pour vraiment parler de chef d'oeuvre. L'album a été enregistré en mai, et un mois plus tard, alors qu'il n'était pas encore sorti (il sortira en juillet), le groupe passe au mythique Carnegie Hall de New York. Un album live, double (toujours en CD : chaque disque dure dans les 48/50 minutes), sera enregistré entre les 20, 21 et 22 juin.

Renaissance - Live at Carnegie Hall (Japan) - Booklet

Pochette dépliée

C'est bien évidemment cet album, connement intitulé Live At Carnegie Hall. Il dure la bagatelle de 100 minutes (et des poussières) pour seulement 8 titres. Le second disque à lui seul contient deux de ces titres, un par face. Je ne connais pas suffisamment la carrière de Renaissance pour l'affirmer, mais certains le disent, cet album est une sorte de mini best-of d'époque du groupe d'Annie Haslam, on y trouve leurs meilleurs morceaux, comme Carpet Of The Sun, Mother Russia, Ocean Gypsy... La seule chose de négative qui sera dite au sujet de l'album est qu'il est, un peu comme le double live Paris de Supertramp (1980), très très proche des albums studio, trop proche, même : le groupe, dans  l'ensemble, n'improvise pas trop, c'est un peu trop lisse. Le son est excellent (par rapport à un autre live enregistré au même endroit, le fameux quadruple live de Chicago de 1971, c'est le jour et la nuit, et pourtant, le Carnegie Hall n'est pas un lieu de concerts de rock, c'est plus pour la musique classique, le jazz et le chant), un peu trop, de là à accuser Renaissance d'avoir triché en studio, je n'irai pas franchir ce pas, mais ça ne m'étonnerait pas non plus, le son étant vraiment trop bon, et un peu lisse. Annie Haslam et Jon Camp (surtout Haslam, la chanteuse du groupe, Camp posant des voix de temps en temps, comme au début de Song Of Scheherazade, qui, de 24 minutes, en dure ici 29) chantent exactement comme sur les albums studio, on a l'impression qu'ils ont passé les bandes des albums sur scène et mimé en playback. Evidemment, ce n'est pas le cas, mais c'est à la fois admirable et gênant : ça respire le professionnalisme à plein nez, dans un sens ; et le bidouillage, dans l'autre. L'autotune n'avait pas encore été inventé, sinon, on en aurait certainement parlé à demi-mot. 

carnegiegatefold

Intérieur de pochette

Bon, oublions ce détail d'audiophile : que Live At Carnegie Hall (que je possède en vinyle, mais pas en CD) ait été refait, un peu ou beaucoup, en studio, on s'en contrefout, car si c'est le cas, ce n'est pas le seul, loin de là. Musicalement, même si dans l'ensemble ça sonne un peu mou par rapport à d'autres groupes de rock progressif type Yes, Emerson, Lake & Palmer ou Genesis (et ne parlons pas de King Crimson, vraiment pas amateurs de mollesse musicale !), la faute à un piano très présent et bavard, à une chanteuse incroyablement compétente, mais qui n'est jamais dans le registre 'énervé' et à une absence quasi-totale de guitare électrique (et on peut virer le 'quasi'), ce double live de Renaissance, constitué de morceaux assez longs (Ashes Are Burning dure 24 minutes...), est une réussite dans le genre. A ne pas écouter trop souvent sous peine de finir neurasthénique, car ce n'est vraiment pas violent (mais musicalement parlant, c'est très joli, Ocean Gypsy, issue de l'album de 1975, est une putain de merveille), et puis, c'est un peu long, écouter d'une traite les deux derniers titres, de 29 et 24 minutes, c'est épuisant. Mais c'est vraiment réussi aussi. Dommage seulement que le mémorable Trip To The Fair, de l'album de 1975 (mon morceau préféré de l'album Scheherazade And Other Stories, 10 minutes de bonheur), ne soit pas présent ici, soit qu'il n'a pas été joué live, soit par manque de place sur l'album !

FACE A

Prologue

Ocean Gypsy

Can You Understand

FACE B

Carpet Of The Sun

Running Hard

Mother Russia

FACE C

Song Of Scheherazade

FACE D

Ashes Are Burning