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J'ai l'impression que Bob Dylan se fout de plus en plus de nous. Tant du point de vue du contenant que du contenu, ce disque, qui vient de sortir (today, 2 février ; chapeau l'actualité, sur le blog, non ?), est un bon gros foutage de gueule. Durée insignifiante (35 minutes ; après coup, cette durée est probablement la meilleure chose ici, en fait...), pochette de daube (teintes noir et mauve hideuses, artwork type années 60), absence totale de livret dans le boîtier (un feuillet rigide de carton, et puis c'est tout, point barre), et, niveau contenu, 10 titres, et autant de reprises. C'est le quatrième ou cinquième album de reprises de Bob Dylan (un artiste qui, tout en ayant fait des reprises, n'en a pas pour autant fait son fonds de commerce en général, contrairement à feu Joe Cocker, pour ne citer que lui), et son premier datait de 1973 et n'était pas sorti avec le consentement de Dylan (sa maison de disques, Columbia, le sortira en représailles, car Dylan venait de signer sur Asylum Records). L'album en question, que j'ai abordé ici il y à quelques semaines, s'appelait Dylan, et tout en n'étant constitué que de reprises, il était aussi et surtout, constitué de morceaux issus des sessions des albums Self Portrait et New Morning (1970), des morceaux (des reprises) que le Barde n'avait pas estimé bons, et qu'il avait foutu dans des tiroirs. Jamais sorti officiellement en CD (Dylan s'y refuse), cet album est redoutable, il faut l'entendre brailler des lalalalalalalala joyeux sur Sarah Jane, chantonner des vocalises hispanisantes (accompagné de choristes féminins en faisant trop) sur Spanish Is The Loving Tongue, reprendre - mal, mal, si mal - la scie Can't Help Falling In Love popularisée par Elvis, ou s'égosiller dans le registre pleurez dans vos chaumières mal chauffées sur The Ballad Of Ira Hayes. Un tel naufrage artistique ne pouvait qu'avoir été fait sans son accord, ce qui est, heureusement, le cas.

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Ce n'est pas le cas de Shadows In The Night, sorti donc hier, ce disque de reprises de chansons des années 50 et d'avant, des standards pop jazzy tels que I'm A Fool To Want You (popularisé, dans une version dantesque présente sur Lady In Satin, par Billie Holliday), Some Enchanted Evening, The Night We Called It A Day ou le cultissime Autumn Leaves (La Chanson De Prévert à la base). Pendant 35 minutes, Dylan, accompagné de ses requins de studio habituels (Tony Garnier, George C. Receli, Stu Kimball, Donny Herron, Charlie Sexton), et produisant lu-même sous le pseudo de Jack Frost, pendant 35 minutes, donc, Dylan démantibule, avec sa voix de canard enrouré qui ne ressemble plus trop à ce qu'elle était avant (il vieillit, normal), des chansons qui n'en demandaient pas tant et ne lui avaient rien fait. En même temps, pourquoi ne suis-je pas surpris du naufrage de ce nouvel opus dylanien, ce successeur au remarquable Tempest de 2012 ? Je ne sais pas pourquoi, mais je le sentais pas, ce disque. Se la jouant Ringo Starr période Sentimental Journey (1970, son premier album solo, entièrement constitué de reprises de vieux standards qui n'en ressortiront, là aussi, pas grandis : Night And Day, etc...), le Zimm' ne semble pas à l'aise, ici. Pourtant, ce n'est pas un disque de commande, il l'a voulu, ce Shadows In The Night, il l'a fait parce qu'il voulait le faire (idem, en son temps, pour Ringo). Mais on a l'impression qu'il se préfère en tant que chanteur de The Times They Are A-Changin' ou de Like A Rolling Stone (ou autres) plutôt qu'en tant qu'enième interprète, et pas le meilleur, de standards popularisés, pour certains d'entre eux, en leur temps, par, excusez du peu, Frank Sinatra.

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Pas la peine de le dire, Dylan n'est pas Sinatra, il n'est même pas Sinatra avec la grippe et un sac de jute sur la tête pour masquer la voix. Réinventant, après Tony Bennett et, par chez nous, Vincent Niclo (rien qu'à écrire ce nom, j'ai un sale goût dans la bouche), le disque pour vieux (ce n'est pas un hasard si Dylan a annoncé que 50 000 personnes de plus de 50 ans, aux USA, recevraient gratuitement ce disque ; heureux gagnants pris parmi les lecteurs abonnés d'un magazine américain), Dylan n'est que l'ombre de lui-même (un peu comme le titre de l'album, une ombre dans la nuit, quoi) sur ce disque que, personnellement, je n'hésite pas à qualifier de minable. Un de ses pires albums, oui. Je l'ai acheté, car fan de Dylan, mais je sens que ce disque va prendre rapidement la poussière, coincé après Tempest dans mon étagère CD, rayonnage dylanien... Ah oui, et au fait, pour l'anecdote, les autres disques de reprises de Dylan, que ce soit World Gone Wrong, Good As I Been To You ou Christmas In The Heart, ne valent pas grand chose aussi...

I'm A Fool To Want You

The Night We Called It A Day

Stay With Me

Autumn Leaves

Why Try To Change Me Now

Some Enchanted Evening

Full Moon And Empty Arms

Where Are You ?

What I'll Do

That Lucky Old Sun