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Rappelez-vous : c'était en juillet dernier. Je glapissait en intro d'article que je trouvais à chier les albums que Bob Dylan a sorti entre 2015 et 2017, trois albums consacrés exclusivement à des reprises de standards américains des années 40/50, à la sauce d'époque. J'avais abordé le premier opus (que je réaborde ici) en 2015 au moment de sa sortie, en un article dévastateur dans lequel je lui cassais les reins bien comme il faut, en mode Dylan se fout de la tronche de son public. Quand Dylan a sorti son successeur, en 2016, je ne l'ai pas acheté, et pas chroniqué (je l'ai juste écouté après l'avoir emprunté dans une médiathèque, histoire de). Quand il a, en 2017, sorti le successeur du successeur, pareil, pas acheté, pas chroniqué, et pour le coup, même pas écouté, j'avais autre chose à foutre (arroser les fleurs du jardin, faire réchauffer un plat au micro-ondes, me torcher le Q, acheter le pain, quelque chose dans ce genre-là sûrement, mais en tout cas, j'avais autre chose à faire, ça, c'est clair). C'est en gros ce que je disais dans l'intro de ma chronique de Rough And Rowdy Ways, le dernier (en date) de ses albums et son premier de chansons originales depuis 2012. Je disais clairement que je n'achèterai jamais Fallen Angels et Triplicate et n'écouterai jamais le dernier, et donc, pour des chroniques de ces deux albums sur le blog, de ma part, c'est foutu. C'est pour cette raison que je réaborde Shadows In The Night et que les deux autres opus seront chroniqués demain et après-demain, parce que vous savez ce qu'on dit ? Il n'y à que les cons qui ne changent jamais d'avis. J'ai donc, bordel à queue de piano à cul, acheté Fallen Angels et Triplicate, pour pas cher, mais quand même. 

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Mais entre temps, là aussi j'ai eu l'occasion de le dire, j'ai découvert que, putain de zboub, j'aimais tous les albums de Dylan en fin de compte, même les plus embarrassants (Down In The Groove, Under The Red Sky - malgré la chronique assassine que j'ai faite de ces deux albums récemment -, Knocked Out Loaded, Christmas In The Heart), j'arrive à les encaisser. J'ai réécouté Shadows In The Night en août dernier. Pourquoi ? Question suivante. J'avais envie de le réécouter, aussi curieux et même choquant que ça puisse paraître (je n'avais pas réécouté le trucmuche depuis sa sortie le 2 février 2015 !), afin de voir si...si je n'allais pas, au final, apprécier aussi ce disque. Peu de risques, mais mes goûts musicaux ayant pas mal évolué en 5 ans (en 2015, tu me passais Down In The Groove, tu te mangeais une baffe dans la gueule faite avec le boîtier du CD), ça ne coûte rien d'essayer, nicht wahr ? Et puis le disque ne dure que 35 minutes, c'est pas la mort. Allez, je le glisse dans le lecteur CD. M'attendant à m'emmerder aussi sec qu'un boucher-charcutier à un congrès de vegans. Et effectivement, ce ne fut pas totalement la joie dans le calçif, mais moi qui m'attendais à vraiment me faire chier, je me suis rendu compte que je trouvais le contenu musical de ce disque curieusement...apaisant ? Relaxant ? Zen ? En tout cas, correct. Cohérent.

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Vraiment pas ma chope de bière, le Great American Songbook repris à la sauce Sinatra est toujours vivant (de fait, le mafioso de drugstore a chanté certaines de ces chansons), mais je dois reconnaître que l'exercice de style fonctionne, en fait, plutôt bien avec Dylan. S'il avait fait ce disque en 1975 ou même en 1995, ça n'aurait pas été pareil, je pense. Ici, sa voix de 75 ans (à l'époque), moins éraillée que sur les trois-quatre précédents opus, plus voilée, plus basse, fait souvent des merveilles (Autumn Leaves, I'm A Fool To Want You, Some Enchanted Evening). Il est cependant totalement vrai que, sur la longueur, c'est un peu poussif, parfois. Que les arrangements à la sauce old school (beaucoup de cordes, etc, ça dégouline pire que du beurre fondu sur une tartine) sont, à la longue, plombants. Et que l'on préfèrera évidemment de loin, d'au moins 100 kilomètres si ce n'est plus, le Barde quand il chante ses chansons, ou des reprises de classiques folk/blues, plutôt que The Night They Called It A Day et That Lucky Old Sun. Et que si je suis nettement, très nettement plus gentil avec Shadows In The Night (et sa pochette très années 50, et à propos, le livret CD est d'une frustration absolue, un feuillet cartonné rigide simple, non dépliant, avec les crédits, c'est tout) qu'en 2015, je dois dire deux choses : je serai sans doute moins conciliant, demain et après-demain, avec les deux autres (je vais essayer, comme ce fut le cas aujourd'hui, de ne pas les foutre dans les ratages, mais pour Triplicate, ça me semble définitivement compromis), et en règle générale, si je devais établir un classement des albums studio, 39 à ce jour, de Dylan de mon préféré (Desire) à celui que j'aime le moins (Triplicate), ces trois albums de reprises seraient les derniers du classement, indéniablement, et le resteront définitivement. 

I'm A Fool To Want You

The Night We Called It A Day

Stay With Me

Autumn Leaves

Why Try To Change Me Now

Some Enchanted Evening

Full Moon And Empty Arms

Where Are You ?

What I'll Do

That Lucky Old Sun