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Malcolm Mac Rebennack, alias, de son nom de scène, Dr. John... Un mec pas commun, originaire de Louisiane (La Nouvelle-Orléans, précisément), ancien musicien de studio dans les années 50/60, ayant oeuvré dans l'ombre, avant de se lancer en solo en 1968 par le biais d'un album atypique, vrai hit underground, Gris-Gris. Un disque de dingues, sorte de rock'n'roll /gospel vaudou teinté de psychédélisme, de blues/soul, sous une pochette montrant Mac dans une sorte de brouillard rougeâtre de fumée, le regard envapé... Dr. John, The Night Tripper, tel était l'intitulé exact du bonhomme sur ce disque qui renfermait quelques grands moments (I Walk On Guilded Splinters, Mama Roux, Gris-Gris Gumbo Ya Ya). L'album ne devait pas fonctionner (Atlantic Records, dubitatif, sortira le disque sous le sous-label Atco, réservé aux albums ne rentrant pas totalement dans leur moule, ainsi qu'à la soul type Otis ou Aretha), il cartonnera cependant. Dr. John (son nom de scène est inspiré d'un ancien sorcier vaudou, apparemment, dont il serait une réincarnation ; Mac Rebennack a le sens du théâtre, mais pour lui, la musique est plus importante, et nul doute que le choix de ce personnage n'est pas à 100% une de ses idées) voit sa carrière lancée. En 1971, il participe rapidement aux sessions de l'album Exile On Main St. des Rolling Stones, et la même année, il enregistre cet album, qui sortira en 1972 (comme le Stones !) : Dr. John's Gumbo, ou,plus sobrement, Gumbo. Rien que le titre est très louisianais, le gumbo étant, si je ne m'abuse, une spécialité culinaire locale... La photo de pochette a été prise en Californie, c'est un mural situé sur un mur d'enceinte d'une usine. Pour l'anecdote, ce même mural est visible dans le film Carrie Au Bal Du Diable de De Palma ! Au dos, on voit Dr. John allongé sur des sièges devant un stand de bouffe typique de la Nouvelle-Orléans (les titres des chansons sont tagués sur la surface inférieure du stand), et à l'intérieur de la pochette ouvrante, une photo en format paysage de Dr. John, debout, avec les crédits.

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Intérieur de pochette

Considéré comme le meilleur album du bonhomme, et son sixième opus si je ne m'abuse, Dr. John's Gumbo est un disque moyennement long, presque 40 minutes (pour 12 titres), et si vous ne connaissez, de Dr. John, que son Gris-Gris, vous allez trouver la musique très changée. Plus accessible tout en étant toujours très fortement sous influence Louisiane/vaudou, Gumbo renferme quelques morceaux de choix du Mac : Junko Partner (une des très nombreuses reprises de l'album) que les Clash reprendront en 1980 sur leur triple album Sandinista !, Iko Iko que Dr. John ne se lassera jamais de chanter sur scène, Tipitina ou un remarquable (mais court : 3,15 minutes, pour les trois morceaux qui s'y trouvent emmêlés !) medley de chansons de Huey Smith. Sans oublier Big Chief, dont l'intro sifflée me fait penser (et je vous jure que je ne plaisante pas !) à une des 'mélodies' d'ambiance des épisodes de la série TV de TF1 Camping Paradis (oui, j'avoue, de temps en temps, je regarde cette merde), et sans oublier, aussi, le mémorable standard de blues Let The Good Times Roll, qui fut notamment popularisé, en 1968, par Hendrix sur son Electric LadylandLittle Liza Jane, en final, assure bien aussi. Blow Wind Blow, qui s'enchaîne quasiment sans pause à Iko Iko, et Somebody Changed The Lock, sont moins abouties, mais c'est quand même pas mal du tout, je ne vois aucune mauvaise chanson ici, d'ailleurs. La seule chose à dire, c'est le timbre de voix de Dr. John, auquel il faut s'habituer : un peu comme celui de Leon Russell, il est éraillé, aigu, un peu une voix de canard de cartoon. Au début, ça fait bizarre, on a l'impression, de plus, à sa manière un peu chaloupée de chanter, qu'il est bourré ou défoncé (de ce fait, Dr. John aura pendant des années, et notamment à l'époque il me semble, des soucis de came). Ca fait rigolo parfois, pénible parfois aussi. Une fois qu'on est habitué, impossible d'imaginer Iko Iko ou une autre chanson de l'album interprétée par un autre que lui !

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Verso de pochette

Et puis, il y à ces arrangements, ces cuivres roublards, ce piano (joué par Dr. John) finaud, ces choeurs créoles, cette ambiance louisianaise, cajun, vaudou et piquante, qui, elle aussi, mérite amplement le coup d'oreilles. Gumbo est un remarquable album, vraiment, un disque qui n'est sans doute pas aussi historiquement important que Gris-Gris pour Dr. John, et qui n'est pas aussi historiquement important que, disons, Exile On Main St. des Stones ou Abbey Road des Beatles, mais c'est un des meilleurs albums de 1972, et un album que tout amateur de blues-rock se doit d'écouter. Production remarquable (même si le CD ne sonne pas splendidement bien  ; ça a été remastérisé, certes, mais pas extraordinairement non plus : en gros, ça sonne bien, mais pas mieux que le vinyle, qui sonnait bien, mais sans que ça soit une production super chiadée), musiciens excellents, interprétation étonnante, mais convaincante, et morceaux de choix, ce disque de blues-rock vaudou est vraiment génial ! Ne serait-ce que pour Iko Iko, un des morceaux cultes du bonhomme, mais tout, ici, est d'un excellent niveau.

FACE A

Iko Iko

Blow Wind Blow

Big Chief

Somebody Changed The Lock

Mess Around

Let The Good Times Roll

FACE B

Junko Partner

Stack-A-Lee

Tipitina

Those Lonely Lonely Nights

Huey Smith Medley :

a) High Blood Pressure

b) Don't You Just Know It

c) Well I'll Be John Brown

Little Liza Jane