Bob_Dylan_-_Saved

Robert Zimmermann, juif de naissance, se convertit en 1979, il devient chrétien. Il enregistre, à Nassau (Bahamas), sous la houlette du légendaire producteur Jerry Wexler (qu'il essaiera de convertir aussi, sans succès !), l'album Slow Train Coming, abum enregistré notamment avec deux membres de Dire Straits (Mark Knopfler, le batteur Pick Withers), lequel groupe venait, au même endroit et avec le même Wexler, d'enregistrer Communiqué. L'album marchera plutôt bien, même si le côté religieux/Jésus-mon-Sauveur-que-j'aime déplaira à pas mal de ses fans (mais en attirera d'autres !). Peu après, toujours sous la houlette de Wexler (et aussi de Barry Beckett), Dylan entre en studio, en février 1980, pour accoucher du successeur, qui sortira en juin sous une pochette qui, dans certains pays, sera remplacée par celle plus bas : on y voit une main, ensanglantée, venir du ciel pour toucher plein d'autres mains dressées vers elle (la main ensanglantée venant des cieux étant, évidemment, celle de Dieu, ou de Jésus). L'album s'appelle Saved, c'est le deuxième opus de la désormais période chrétienne (born-again en anglais) de Dylan. Long de 43 minutes (et 1 seconde !) pour 9 titres, il sera nettement moins bien accueilli que Slow Train Coming, et ce mauvais accueil, cette mauvaise réputation perdure depuis 35 ans (Slow Train Coming, lui, est un bon album, pas le sommet de Dylan évidemment, mais ça reste plus qu'écoutable : Gonna Serve Somebody, Precious Angel, par exemple, assurent). Saved a été enregistré avec Tim Drummond (basse, un fidèle de Dylan, mort il y à quelques jours), Jim Keltner (batterie, idem, autre fidèle dylanien), Spooner Oldham (claviers), Fred Tackett (guitare), et plein de choristes : Clydie King, Carolyn Dennis, Regina Havis, Monalisa Young, Terry Young (aussi aux claviers).

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Pochette alternative (certaines éditions vinyles, rééditions vinyles)

Nul doute que la reconversion au christianisme de Dylan, si elle n'a pas duré longtemps (en 1983, il sort Infidels, lequel semble marquer la fin de cette période, et il se reconvertira au judaïsme à cette époque ; la période chrétienne tient en trois albums, Shot Of Love, 1981, est le dernier), fut sincère. Avec sa citation de la Bible dans sa pochette intérieure (du Livre de Jérémie, 31:31) et ses chansons au style gospellien (nombreux choristes) et aux thèmes et titres éloquents (In The Garden, Saving Grace, Covenant Woman, Saved), Saved est un album de folk-rock (parfois plus rock que folk : Saved est énergique) chrétien, impossible de parler de l'album sans parler de cela. Si Slow Train Coming était réussi, Saved est, lui, franchement médiocre. Dylan fera encore pire un an plus tard avec un Shot Of Love abordé ici il y à longtemps (2009 ou 2010) et que je n'ai pas envie de réaborder, et il fera pire aussi, entre la fin des années 80 (1984 : le nul à chier live Real Live ; 1986 : l'épouvantable Knocked Out Loaded ; 1988 : Down In The Groove ; 1989 : le nullissime live Dylan & The Dead fait avec un Grateful Dead à la ramasse) et le tout début des années 90 (Under The Red Sky, Good As I Been To You, World Gone Wrong, un live MTV Unplugged nullissime), seules exceptions à cette épouvantable période 1980/1995 : Infidels (1983), vraiment correct, et Oh Mercy (1989), immense. Le retour à la grande forme se fera attendre, ça sera Time Out Of Mind de 1997. En attendant, Dylan nous 'régalera' d'albums foirés, et si Saved l'est assurément, croyez-moi, par rapport à tous les albums que je viens de citer (j'ai oublié de citer Empire Burlesque, 1985, qui est certes moins pourri que Shot Of Love ou Knocked Out Loaded, mais n'est pas glorieux pour autant, oh non), il est presque - presque ! - écoutable. Il faut reconnaître que Covenant Woman, Saved, Solid Rock et Pressing On, quand on n'y prête pas trop attention (et je ne parle pas ici des thèmes religieux, mais de la qualité musicale des morceaux), quand on les écoute en fond sonore - il n'y à que là que cet album passe vraiment -, sont écoutables, supportables.

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Intérieur de pochette

Il faut cependant éviter de penser que l'interprète (et avant cela, auteur/compositeur) de ces chansons, de cet album, est le même que celui qui a fait Highway 61 Revisited, Blonde On Blonde, Blood On The Tracks ou Desire. Ou Planet Waves. Ou même Self Portrait, tudieu. Il faut à tout prix éviter de penser à cela, de se dire que c'est un album de Bob Dylan, parce que sinon, l'écoute de ces 9 chansons fait trop mal au coeur. Comment un artiste aussi puissant, aussi talentueux, aussi mythique, important que Dylan a-t-il pu se laisser aller à pareilles merdes ? C'est un fait, si Covenant Woman est pas mal, aucune chanson, aucune, ne peut être qualifiée de classique, contrairement à Slow Train Coming qui a Gonna Serve Somebody, contrairement à Infidels qui a Jokerman, et même à Knocked Out Loaded (cet infâme galette merdeuse) qui a Brownsville Girl (oubliez l'album, mais téléchargez la chanson). Mais aucune chanson de Saved ne fait partie des classiques de Dylan, et je ne sais pas si on en retrouve une sur ses best-ofs les plus récents (après vérification : non, aucune, sur aucune compilation ! Ca veut tout dire, non ?). Je ne conseille ce disque qu'à une seule catégorie de personne : les fans acharnés et complétistes de Dylan, ceux qui veulent tout avoir de lui. Sinon, franchement, même si Dylan a fait encore pire par la suite, Saved n'est vraiment pas un bon album, de Dylan ou en général.

FACE A

A Satisfied Mind

Saved

Covenant Woman

What Can I Do For You ?

Solid Rock

FACE B

Pressing On

In The Garden

Saving Grace

Are You Ready