DRAMA

Lorsque j'ai abordé, ici, récemment, la discographie de Yes, il m'a pris l'envie d'aborder deux albums du groupe qui ne l'avaient pas encore été sur le blog : Tormato et celui-ci. Ayant abordé récemment Tormato (album plutôt raté de 1978), place maintenant à Drama, l'album suivant dans la discographie de Yes. Un disque qui a mis du temps, beaucoup de temps, à se faire accepter par les fans, et ce n'est pas encore totalement le cas, on a clairement des pro- et des anti- Drama au sein des fans de Yes. Cet album sorti sous une pochette dessinée par Roger Dean (qui n'avait pas retravaillé avec le groupe depuis Relayer en 1974, et qui continue de travailler pour eux actuellement) est en effet un des plus particuliers du groupe. Peu avant le début des enregistrements de l'album, Rick Wakeman, le claviériste du groupe, présent depuis 1971 et Fragile, se barre. Il s'était déjà barré en 1973, pour revenir en 1977... Plus grave, Jon Anderson, le chanteur présent depuis le début du groupe, se barre aussi, n'aimant pas la nouvelle direction prise par Yes. Le groupe, enfin, les membres restants (Steve Howe : guitare ; Alan White : batterie ; Chris Squire : basse), engagent alors deux musiciens connus essentiellement pour leur boulot de producteurs et leur expérience musicale en tant que groupe new-wave, les Buggles (auteurs du tube Video Killed The Radio Star, 1979). Ces deux musiciens s'appellent Geoff Downes (claviers) et Trevor Horn (chant). Si Downes recollaborera avec Yes par la suite (mais très tardivement : Fly From Here, en 2011, et Heaven & Earth, 2014), Horn, ici, marque sa seule et unique collaboration active (en tant que membre, donc) chez Yes. Il rebossera cependant avec le groupe à trois reprises, en tant que producteur, pour 90125 (1983), Big Generator (1987) et Fly From Here.

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L'artwork de Roger Dean (pochette recto et verso)

Vocalement parlant, Trevor Horn possède un timbre vocal assez proche de celui, haut-perché et facilement reconnaissable, de Jon Anderson. A un point tel que parfois, on croirait entendre Anderson ! Premier des deux albums (l'autre est Fly From Here, avec le chanteur canadien Benoît David) avec un autre chanteur que Jon Anderson, Drama ne sera pas très bien accueilli à sa sortie en 1980. La même année, et quelques mois plus tard (précisément en novembre ; Drama, enregistré entre avril et juin, est sorti en août), le groupe sortira un double live capté entre 1976 et 1978, et intitulé Yesshows, un très très bon live, le deuxième du groupe, et un document de la période Relayer/Tormato. Peu après, dans le courant de l'année 1981, Jon Anderson revient, la tournée de Drama n'ayant pas été concluante pour Trevor Horn, clairement pas bien accepté par les légions de fans de Yes. Il faudra cependant attendre 1983 pour un nouvel opus du groupe. Considéré comme le bâton merdeux de la discographie de Yes (pour l'époque), Drama est pourtant un album un million de fois plus réussi que Tormato. On y trouve 6 titres seulement (pour un total de quasiment 37 minutes), morceaux qui ne seront interprétés live, par le groupe, qu'à deux reprises : pendant la tournée (forcément), et pendant la tournée de Fly From Here en 2011/2012 (celle avec Benoît David, qui a remplacé Anderson après son départ du groupe vers 2008, et avant son retour vers 2013). Vous n'avez jamais entendu Anderson chanter, en live, un seul de ces morceaux, il s'y refuse catégoriquement, c'est à peine si des passages instrumentaux de Tempus Fugit furent, par la suite, imbriqués à un ancien morceau, instrumental, du groupe (The Fish (Schindleria Praematurus) pour ne pas le citer).

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Yes à l'époque de Drama : Trevor Horn avec les lunettes.

Bien que peu apprécié à l'époque, bien que s'étant vendu à peu près aussi bien qu'un vaccin de la grippe périmé depuis 10 ans, bien que sorti sous une pochette ne faisant pas partie des plus belles du groupe ou de Roger Dean (pour les décors, ça passe, mais je trouve les animaux assez ratés, et ce côté très minimaliste, quasiment abstrait dans le dessin fait pâle figure par rapport aux pochettes de Tales From Topographic Oceans, Relayer ou YesSongs), Drama renferme de grands moments : Machine Messiah (10,30 minutes de bonheur qui, à elles seules, sont meilleures que tout Tormato, oui, vous avez bien lu, que tout Tormato), Into The Lens, Tempus Fugit, Does It Really Happen ?, autant de morceaux vraiment excellents, même le très court (1,20 minute ; pour Yes, c'est ultra court !) White Car est réussi. Tout Drama l'est, réussi, de toute façon ; c'est un album mal reçu par les fans, incompris, peu réputé, qui mettra du temps à être réhabilité (aujourd'hui, même si c'est encore un peu un disque diviseur, on a de plus en plus de fans de Yes qui trouvent qu'effectivement, ce disque à part est une réussite, meilleur que le précédent, meilleur que plusieurs des suivants - Big Generator...). Le gros souci de Drama, à l'époque, est d'avoir été enregistré avec un autre chanteur que le chanteur traditionnel du groupe. Un peu comme si Mick Jagger avait quitté la porte desStones, qui auraient enregistré un album avec un autre chanteur, avant que Jagger ne revienne. Les fans auraient eu du mal à voir en ce disque un album des Stones, même si tous les autres membres du groupe avaient été sur le disque ! Hé bien là, et dans de plus petites proportions car il s'agit de Yes, et pas des Stones (si Yes est connu, ce n'est pas comparable, quand même), c'est grosso merdo la même chose. Ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas bon, car, au final, Drama offre vraiment d'excellents moments (Machine Messiah, Into The Lens), et mérite amplement d'être cité parmi les meilleurs albums de Yes ; ou plutôt, mérite d'être placé dans un deuxième Top 5, le premier étant définitivement occupé par (pas forcément dans cet ordre), Relayer, Close To The Edge, Tales From Topographic Oceans, Fragile et The Yes Album. Drama serait sans doute le deuxième album du second Top 5, après Going For The One (1977), ce qui est franchement une bonne place, surtout comparé au nombre d'albums studio (une vingtaine) du groupe !

FACE A

Machine Messiah

White Car

Does It Really Happen ?

FACE B

Into The Lens

Run Through The Light

Tempus Fugit