LONDON HOWLIN' WOLF

Voici un disque remarquable. Sans doute même est-ce le meilleur de l'artiste concerné, à savoir un des plus grands bluesmen de l'Histoire, à savoir Chester Burnett, à savoir le Loup Hurleur, à savoir Howlin' Wolf, à savoir, j'viens d'vous l'dire. Mort cinq ans après cet album (donc, en 1976 ; ce disque étant sorti en 1971, et enregistré en 1970), il doit son nom de scène à sa manière de chanter, de hurler comme un loup affamé sous la lune. C'est un des plus grands, avec Muddy Waters, B.B. King, Buddy Guy, Robert Johnson... Cet album est un des plus grands de l'artiste, et un des plus grands de l'histoire du blues. Il s'appelle The London Howlin' Wolf Sessions, ou bien The London Sessions comme je l'ai titré sur le blog. Comme son nom l'indique si fortement, cet album a donc été enregistré à Vancouver...euh, non, à Los Angeles...rhaââ non, à Paris... nan, je sais, j'déconne : à Londres. La pochette cartonnesque et ma foi très sympathique et réussie met aussi en avant un fait non négligeable : ce n'est pas un album classique du Wolf. Il a été enregistré avec une foule de musiciens rock (l'un d'entre eux est affilié au blues, aussi) de l'époque, des talents, des valeurs sûres : Steve Winwood (claviers, ex- du Spencer Davis Group, de Traffic, de Blind Faith, supergroupe fondé avec le suivant de l'énumération), Eric Clapton (guitare, ex- des Yardbirds, Bluesbreakers de John Mayall, Cream, Blind Faith, supergroupe fondé avec le prédécesseur dans l'énumération), Charlie Watts, Bill Wyman (respectivement batteur et bassiste des Rolling fuckin' Stones), et on peut aussi citer Ian Stewart (pianiste des Stones) sur un ou deux titres.

Howlin Wolf (2)

Verso de pochette gatefold

Produit par Norman Dayron, long de 41 minutes pour un total de 13 titres (en réalité, 12, car on a deux versions de The Little Red Rooster : une version de 2 minutes qui est en fait un faux-départ acoustique suivi d'un peu de répétitions, et une version électrique, immédiatement après, d'environ 4 minutes ; sur deux plages audios distinctes), The London Sessions est un killer du genre. On y trouve des versions à tomber d'un cocotier en flammes (ce qui est toujours mieux que d'y rester suspendu) de The Little Red Rooster, Sitting On Top Of The World (chanson que Cream magnifiera en 1968 sur Wheels Of Fire), Built For Comfort, Rockin' Daddy, I Ain't Superstitious ou Wang-Dang-Doodle. Tout l'album n'est pas du blues électrifié à la Hard Again (Muddy Waters produit par Johnny Winter, 1977) ou à la The Howlin' Wolf Album, ce disque de 1969, blues psychédélique et électrique, fait par un Wolf totalement largué et mécontent du projet final (voir sa fameuse pochette), ce qui n'empêche pas l'album d'être réussi. Cet album (on reparle, maintenant, de The London Sessions) est parfois très électrique, à la limite du rock (Rockin' Daddy, qui envoie le bois sévère en introduction), parfois très classique (Built For Comfort, Sitting On Top Of The World). Le Wolf chante comme jamais, son harmonica est géant, et les musikos étaient peut-être impressionnés par cette légende vivante du blouze, mais ils n'en laissent rien paraître (cette fameuse morgue britannique, cette suffisance !). Clapton connaît son blues, il l'a déjà prouvé plein de fois à l'époque (Blind Faith, son premier opus solo éponyme, Cream, l'album des Bluesbreakers de Mayall), le reprouvera encore plein de fois par la suite, entre Derek & The Dominoes, From The Cradle, Slowhand, E.C. Was Here, ses collaborations avec J.J. Cale ou B.B. King... Ici, il est égal à lui-même, ce qui veut dire, en bon frenchy : whoah putain la vache, hé.

Howlin Wolf (3)

Intérieur de pochette

Cet album est, au final, un régal absolu pour amateurs de blues, pour fans du Wolf, de Clapton, pour fans de ce genre de projets. On sent que les musiciens se sont bien éclatés, Howlin' Wolf aussi (et le succès de l'album ne sera pas pour lui déplaire, cet album a quelque part relancé sa carrière, l'a repopularisé, l'a fait découvrir à des auditeurs plus jeunes), la production est géniale, les morceaux, bien choisis (les sessions complètes existent en édition collector double-disque, sortie en 2003, il n'y à en réalité que trois nouveaux titres : Killin' Floor, I Want To Have A Word With You et Goin' Down Slow, le reste est constitué de prises alternatives des morceaux de l'album original), sont superbement interprétés...Bref, c'est du lourd dans le genre !

FACE A

Rockin' Daddy

I Ain't Superstitious

Sitting On Top Of The World

Worried About My Baby

What A Woman !

Poor Boy

FACE B

Built For Comfort

Who's Been Talking ?

The Little Red Rooster (false start & rehearsal)

The Little Red Rooster

Do The Do

Highway 49

Wang-Dang-Doodle