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Je vais être clair comme de l'eau de roche : ce live, malgré quelques défauts, est un monstre du genre. Il fait d'ailleurs bien souvent partie des meilleurs albums live jamais enregistrés, on le retrouve dans divers classements du genre, et assurément, quand on parle de ce groupe, Cheap Trick, c'est pour parler, toujours, de cet album sorti en 1979 : At Budokan. Ce live a donc été enregistré au Budokan, fameuse salle de spectacles située à Tokyo, Japon. Le Japon, terre d'accueil d'albums live de légende, tous genres confondus : Miles Davis y a enregistré, notamment, les bandes ayant donné les doubles albums live Agharta et Pangaea, Deep Purple y a fait son Made In Japan, Judas Priest Unleashed In The East, Scorpions les Tokyo Tapes, Bob Dylan At Budokan, Santana son triple Lotus, et il y en à indéniablement d'autres, moins connus, des lives enregistrés au pays du Soleil Levant (citons encore un album : Maiden Japan, un live de 1981, non réédité depuis lors, unique live officiel de la période Paul Di'Anno). Le Japon a toujours adoré le rock, le hard-rock en particulier, Kiss et Iron Maiden y sont, là-bas, des dieux vivants (Alain Delon, Jean Reno et Mireille Mathieu aussi, je sais, hélas). Un groupe comme Cheap Trick ne pouvait qu'y casser la baraque, et il suffit d'entendre les clameurs hystériques de la foule (parmi les gens, on soupçonne une forte, très forte majorité féminine) durant les 10 titres de ce live At Budokan pour en avoir la preuve. On croirait entendre un live capté pendant un concert d'un boys band français des années 90, pendant un concert des Beatles dans les années 60, pendant un concert de Bruel en 1989... Ca en devient limite usant à force d'écoutes, et on aurait envie de se foutre de la gueule de ce live et du groupe plutôt qu'autre chose.

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Verso de pochette

Cheap Trick, c'est quoi ? Un groupe de rock à tendance punk-hard, mais en soft, de la power-pop à la Nerves, à la Plimsouls, à la Romantics (vous vous souvenez sûrement de ces derniers pour leur tube Talkin' In Your Sleep). Un chanteur et guitariste blondinet chevelu ; un batteur au look de comptable binoclard et moustachu, un peu rondouillard ; un guitariste arborant une casquette pré-hip-hop, préfigurant les Beastie Boys ; un bassiste au look de total hard-rockeur, cheveux longs et noirs... Des looks pas possibles, un groupe de djeun'z de l'époque (le groupe s'est fondé en 1973, leur premier album date de 1977, le second aussi, et ce live sorti en 1979 (capté au cours de concerts donnés en 1978, les 28 et 30 avril) est, en tout, leur quatrième opus, et leur plus grosse vente), dont le succès fut colossal, Cheap Trick, vraiment, ce fut quelque chose. Le groupe est toujours en activité, son guitariste casquetté, Rick Nielsen, est toujours de la partie, le chanteur Robin Zander aussi. A noter, le batteur s'appelle Bun E. Carlos, et le bassiste, Tom Petersson, pour les citer. Sur la photo de pochette, c'est Zander et Petersson qui apparaissent au recto. Et Nielsen et Carlos au verso, voir ci-dessus. Le live est court, trop court : il dure, en tout et pour tout, et à la seconde près, 42 minutes. Tout rond. Le chanteur, en plus de son look improbable, possède une voix sympa, mais qui peut sembler un peu trop minet sur certains morceaux (le très pop I Want You To Want Me). Le guitariste, avec son look d'ado attardé, fait franchement sourire, heureusement qu'il assure vraiment sur sa gratte. Malgré la trop courte durée, un peu foutage de gueule en 1979, alors que tout le monde faisait déjà des double lives depuis belle lurette (la même année, Dylan sortira son live At Budokan, qui est double ; on notera que la manière d'agencer le titre de l'album sur la pochette est identique que pour le live de Cheap Trick, comme si les lives au Budokan étaient une série, une collection ; le lettrage est différent, en revanche), et malgré le côté trop pop pour minettes de l'ensemble, Cheap Trick ("astuce bon marché") assure vraiment ici.

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Intérieur de pochette

C'est sans aucun doute un gros coup commercial que ce groupe qui n'a pas fait grand chose de vraiment remarquable, mis à part ce live et une chanson présente ici (Surrender, annoncée en avant-première, inédite alors), chanson qualifiée comme étant une des 500 meilleures du rock par ailleurs. Tout du long de ce live, le groupe balance d'excellentes chansons, comme cette remarquable reprise du Ain't That A Shame de Fats Domino ouvrant la face B, ou les 9 minutes de Need Your Love, ou Surrender qui dépote grave, un Big Eyes génial, sans oublier ce final dantesque Clock Strikes Ten, une tuerie qui donne envie de réécouter tout l'album d'une traite, et qui fait vraiment regretter sa courte durée (en 1994, un At Budokan Vol. II sortira, proposant d'autres extraits live de concerts de 1978, mais ce deuxième live, un peu plus généreux - 54 minutes -, ne sera pas aussi immense). Bien qu'un peu caricatural (comme le groupe), bien que trop court, bien qu'un peu ruiné, des fois, par les clameurs hystériques de la foule (ce qui, cependant, prouve bien la popularité ahurissante, du moins au Japon, de Cheap Trick), ce live At Budokan est une tuerie, et probablement un des meilleurs lives qui soient malgré tout, hé oui. Vraiment, j'adore ce live, il ne m'a pas donné envie de poursuivre l'écoute de la discographie du groupe, mais en tant que tel, il fonctionne parfaitement, et c'est toujours un plaisir de l'écouter. Que demander de plus ?

FACE A

Hello There

Come On, Come On

Lookout

Big Eyes

Need Your Love

FACE B

Ain't That A Shame

I Want You To Want Me

Surrender

Goodbye

Clock Strikes Ten