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Ca y est, ne cherchez plus : voici le pire étron jamais chié par Bob Dylan, vous m'avez bien lu : le pire. Oubliez donc les pourtant horribles Knocked Out Loaded, Shot Of Love, Down In The Groove ou les albums en concert Real Live et Dylan & The Dead. Place à un OMNI (Objet Musical Non-Identifié) sorti en 1973 et qui, à l'heure actuelle, est le seul et unique album officiel de Dylan à ne pas avoir été édité en CD, Dylan lui-même s'y refusant catégoriquement. Cet album s'appelle tout simplement Dylan, c'est un de ses albums les plus courts car, pour 9 titres, il ne dure que 33 petites minutes (c'est déjà bien assez, croyez-moi), et il est sorti sous une pochette éminemment abominable montrant Dylan de profil, et sérigraphié en couleurs chatoyantes et criardes (au dos, la même photo, mais sans les effets colorés). Avec la bande-son du film de Sam Peckinpah (dans lequel il jouera un rôle secondaire) Pat Garrett & Billy The Kid, album et film sortis la même année, ça sera le dernier album de Dylan pour Columbia Records, il partira pour Asylum peu après, fin 1973 (il reviendra chez Columbia fin 1974, pour ne plus en partir ensuite), sortira, sur ce label dirigé par David Geffen, les albums Planet Waves et Before The Flood (ce dernier est un double live), deux albums faits, d'ailleurs, avec The Band. On peut considérer ce changement de label comme une sorte de revanche de Dylan sur Columbia, après le traitement que ces derniers lui ont infligés via ce Dylan atroce. Car cet album, le Barde ne voulait pas le sortir, il ne l'envisageait pas. Dylan est sorti sans son accord, de manière officielle (campagne de pub, voir plus bas), mais sans son accord, et rien que pour ça, on comprend que Dylan se refuse à le sortir en CD (il doit exister en CD, mais de manière officieuse, en bootleg, mais bonjour pour en trouver un exemplaire !), et que ce disque n'ait pas été réédité en vinyle contrairement aux autres albums de Dylan.

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Publicité Columbia pour l'album

Cet album sans vrai titre est intégralement constitué de chutes de studio issues des sessions 1970 ayant donné Self Portrait (Dylan est essentiellement constitué de chutes de studio issues de ces sessions, 7 titres sur 9) et New Morning (2 morceaux sur 9). Autrement dit, et ce même si New Morning a ses fans, pas les meilleurs albums de Dylan, pas sa meilleure période. Faut savoir que Self Portrait, un double à l'époque, fut accueilli avec à peu près autant de joie qu'Ebola, l'album fut incendié (Greil Marcus, rock-critic fan absolu de Dylan, un vrai passionné qui lui a pardonné pas mal de choses, commencera sa chronique de l'album, dans Rolling Stone, par cette accroche devenue culte : C'est quoi cette merde ? - en anglais, évidemment). 24 chansons, dont 4 morceaux issus d'un concert donné à Wight (un concert peu réussi, de plus), et parmi les 20 morceaux restants, pas mal de reprises. Et Dylan qui se la joue crooner folk/country, un peu comme sur Nashville Skyline (1969), mais en pire. Faut l'entendre chanter Blue Moon, Take A Message To Mary, I Forgot More Thant You'll Ever Know, c'est éloquent... Personnellement, j'aime bien Self Portrait, je l'aimais mieux avant, mais je l'aime bien. Mais, oui, en effet, ce n'est pas un grand cru ; c'est un album sans doute sous-estimé quand même, il vaut mieux que sa réputation de bâton merdeux, mais ce n'est pas un grand cru. New Morning, artistiquement plus abouti (If Not For You offert à George Harrison, Went To See The Gypsy, New Morning), qui suivra plus tard dans la même année, semble montrer un Dylan qui se reprend en main, mais pas suffisamment. Dylan voulait, en 1969/70, briser sa réputation de prophète folk, il en avait marre de passer pour un Messie, il voulait retomber dans l'anonymat, faire qu'on n'achète plus ses albums, crise de conscience ; ceci explique le double album Self Portrait, ainsi que New Morning, ainsi que son retrait de la vie publique (hormis le Concert For Bangla Desh d'Harrison en 1971) pendant quasiment trois ans, jusqu'à la bande-son du Peckinpah (album correct, mais pas très dylanien, malgré Knockin' On Heaven's Door) et, évidemment, le film de Peckinpah dans lequel il joue un petit rôle.

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Oui, il y à même eu un single !

Coincé entre un Planet Waves remarquable sorti en 1974 sur Asylum et la bande-son, qui ne sera pas bien accueillie et reste encore aujourd'hui un album à part, Dylan fait office, lui, de vrai bâton merdeux. Comment un album constitué de morceaux (uniquement des reprises) que le Barde n'estimait pas suffisamment bons pour être placés sur des albums qu'il désirait indignes de lui, comment un tel album pourrait-il être autrement que totalement nul ? Aucune des 9 chansons de l'album n'est limite digne d'être citée ici, je vais quand même le faire, mais sachez que ni le long (5,30 minutes) Mr. Bojangles, ni Spanish Is The Loving Tongue, ni The Ballad Of Ira Hayes, ni Lily Of The West ne méritent l'écoute. Le reste non plus (Can't Help Falling In Love, plus mièvre encore que l'originale chantée par Elvis). 33 minutes absolument épouvantables. Oui, Bob Dylan a bien raison de ne pas vouloir la sortie CD de ce Dylan épuisant de nullité. Mais encore une fois, et pour finir, comment un disque constitué d'outtakes d'albums médiocres (car si j'ai beau aimer Self Portrait, je sais qu'au fond, il ne vaut pas grand chose ; en revanche, même si je sais que New Morning est meilleur, lui, je ne l'aime pas), de morceaux jugés indignes de lui par le principal intéressé, comment un album sorti en loucedé, sans son accord, comment un tel album pourrait-il être digne d'intérêt ? Allons, oublions ce Dylan ; Dylan lui-même l'a oublié ! Je ne mettrai pas de clip pour la peine, pas la peine de vous rendre sourds.

FACE A

Lily Of The West

Can't Help Falling In Love

Sarah Jane

The Ballad Of Ira Hayes

FACE B

Mr. Bojangles

Mary Ann

Big Yellow Taxi

A Fool Such As I

Spanish Is The Loving Tongue