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 Place maintenant à Edgar Winter. Vous avez sûrement déjà entendu parler de lui, du moins je l'espère fortement, le bonhomme (toujours de ce monde à l'heure où cet article est publié) n'étant tout de même pas un obscur inconnu, mais je sais que son frangin, décédé en 2014, était, lui, bien plus connu : Johnny Winter. Les deux frangins albinos, qui ont régulièrement bossé ensemble, sont pour l'un, Johnny, une des plus grandes figures du blues, et pour l'autre, un artiste franchement méconnu et dont l'oeuvre 70's mérite franchement la (re)découverte. Edgar, à la fois chanteur, claviériste, saxophoniste et un peu guitariste, a démarré sa carrière en 1970 avec un album étrange, Entrance, offrant notamment une assez étonnante et réussie reprise du Tobacco Road de J.D. Loudermilk, sur laquelle joue son frangin. Un an plus tard, alors que son frangin a fondé l'éphémère groupe Johnny Winter And, Edgar fonde lui aussi son propre groupe : le Edgar Winter's White Trash ("racaille blanche"), qui ne sortira que deux albums, dont un double live (Roadwork en 1972, sur lequel apparaît, le temps d'un morceau, Johnny ; un live absolument monumental, au passage, un de ces albums méconnus que l'on est content de posséder et d'écouter, et on y trouve un Tobacco Road de 17 minutes qui à lui seul justifie l'achat de l'album). Après Roadwork, le groupe se sépare, ne se reformera jamais, Edgar fonde le Edgar Winter Group (dans quel évoluera rapidement un certain Ronnie Montrose, futur guitariste fondateur de Montrose), puis sa carrière évolue discrètement, son implication dans la Scientologie (il fait, en 1986, un album dédié à cette secte, basé sur l'oeuvre de son fondateur L. Ron Hubbard) ne plaisant pas à tout le monde (mais il n'a jamais été un mec à hits mondiaux, de toute façon, l'instrumental Frankenstein de 1973 excepté).

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Et le premier album du White Trash ? Le voilà, il sort en 1971 et est éponyme, Edgar Winter's White Trash donc. Le groupe est constitué d'Edgar (chant principal, claviers, saxophone), Rick Derringer (guitare, choeurs, production), Jerry LaCroix (chant principal, harmonica, saxophone), Bobby Ramirez (batterie), Floyd Radford (guitare), George Scheck (basse), Jon Smith (saxophone)...Johnny Winter apparaît amicalement. La pochette de l'album montre le groupe posant dans la rue, sous un ciel rouge criard, au verso un long poème de Patti Smith, pas encore chanteuse mais déjà poétesse et rock-critic, encense le groupe, on a aussi une citation, traduite en anglais, du poète et criminel français François Villon. Un groupe de racailles blanches qui cite Villon et Patti Smith ? Mais qu'est-ce que c'est donc que ça ? Du rock, tout simplement, à tendance un peu rhythm'n'blues et soul gospellienne (Save The Planet, toujours actuel, seul titre de l'album que l'on entend live sur Roadwork, en bonne partie constitué de reprises), stonien parfois, magnifique toujours (Fly Away, Good Morning Music, Dying To Live sont trois morceaux aussi méconnus que sublimes et touchants).

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Let's Get It On, pas une reprise de Marvin Gaye vu que la chanson de Gaye n'existait pas encore en 1971 (ah ah), est un régal de soul-rock, I've Got News For You est, lui, très bluesy. Quant à Give It Everything You Got, c'est un monstre de rock trippant sur lequel Edgar pousse ses fameuses vocalises stridentes, ses cris edgarwinteriens estampillés, sa marque de fabrique (encore une fois, le Tobacco Road de Roadwork...). L'album dure 43 minutes, qui passent comme si le disque n'était pas plus long qu'un single des Ramones. Il est inutile de dire que ce premier opus ne sera pas un triomphe commercial ; loin de là, même : Edgar Winter's White Trash est le genre d'album que l'on conserve pour soi, secrètement, un disque discret, oublié, mais qui mériterait de figurer au Panthéon. Que la carrière d'Edgar Winter ne soit pas plus connue que ça est presque un affront, et je ne peux que vous conseiller ardemment l'écoute des deux albums de ce groupe mémorable et oublié. Un album studio génial et un album live parfait, une discographie courte, mais idéale...

FACE A

Give It Everything You Got

Fly Away

Where Would I Be

Let's Get It On

I've Got News For You

FACE B

Save The Planet

Dying To Live

Keep Playin' That Rock'n'Roll

You Were My Light

Good Morning Music