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 Place maintenant à un tournant dans la carrière, alors relativement jeune (c'est son deuxième album), d'Edgar Winter. L'autre jour, j'ai abordé ici Entrance, son premier album, un disque vraiment bon, mais très étrange, inclassable mélange entre rock, jazz et soul, assez expérimental parfois, et pas des plus faciles d'accès. Un album imparfait, un peu too much, mais qui a le mérite d'être original et aventureux. Peu de temps après, Edgar changera complètement d'horizon : le petit frère (pas plus jeune de beaucoup, seulement de deux ans) de Johnny, claviériste et saxophoniste, recrutera six musiciens afin de fonder un groupe, qu'il baptisera Edgar Winter's White Trash. Leur premier album, et par ailleurs, donc, le deuxième album d'Edgar en tout, sortira en 1971, il est éponyme. Voici donc Edgar Winter's White Trash. Le groupe est constitué d'Edgar, donc (chant, saxophone, claviers), de Rick Derringer (guitare, chant, choeurs), Jerry LaCroix (chant, saxophone), Bobby Ramirez (batterie), George Sheck (basse), Mike McClellan (trompette) et Jon Smith (saxophone). Participent aussi à l'album le guitariste Floyd Radford et Johnny Winter (guitare aussi). L'album est produit par Rick Derringer, et sera un gros succès commercial. Peu après la sortie du disque, le White Trash se lance en concerts, et il en résultera un double live du nom de Roadwork, en 1972 (auquel Johnny Winter participe), puis, après ce live qui, lui aussi, marchera fort, Edgar splitte son groupe pour en fonder un autre, The Edgar Winter Group, avec lequel il connaîtra encore une fois un beau succès (They Only Come Out At Night, en 1973, avec Free Ride et l'instrumental Frankenstein). Mais revenons à ce premier (et unique enregistré en studio) des deux opus de White Trash (l'autre a été abordé ici récemment, au fait).

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Verso de pochette

Comment le définir ? C'est un savant mélange entre rock parfois hard et bluesy, soul, funk et gospel (beaucoup de choeurs), sorti sous une pochette représentant le groupe dans une rue enneigée (la photo a clairement été colorisée  après avoir été prise en noir & blanc, un peu comme celle du The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars de Bowie), avec, au dos, parmi les crédits, un poème signée d'une certaine Patti Smith, la future rockeuse de Horses et Radio Ethiopia, alors rock-critic et poétesse, et amie de tout un aréopage de musiciens rock issus de la scène East Coast : Todd Rundgren, Rick Derringer, Blue Öyster Cult... Edgar Winter, lui, comme son frangin (logique), vient du Texas, ce qui se ressent quand on écoute les albums de Johnny, mais pas du tout quand on écoute ceux d'Edgar. Le bonhomme, qui a signé, avec le Louisianais Jerry LaCroix, une bonne partie des morceaux de l'album (certains, trois pour être précis, ont été composés par Edgar seul, un seul morceau, I've Got News For You, est une reprise, de Ray Alfred), ne se restreint pas du tout au blues, contrairement à son regretté frère. Qui joue de la guitare sur la reprise citée plus haut, d'ailleurs, apparemment la seule participation de Johnny à Edgar Winter's White Trash. Sinon, tout ce que l'on entend sur cet album de 43 minutes est franchement réjouissant, que cela soit du pur rock assez musclé (Give It Everything You Got, Keep Playin' That Rock'n'Roll, I've Got News For You), de la ballade (Fly Away, Dying To Live) ou de la soul (Save The Planet, qui peut sembler caricaturale, mais est en même temps très efficace, et le sera encore plus sur Roadwork ; le seul morceau de l'album présent sur le live). A noter que Let's Get It On n'est pas une reprise de Marvin Gaye, pour une raison très simple : la chanson homonyme de Gaye ne sera faite que deux ans plus tard !

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Ce premier opus du White Trash est donc une réussite, un excellent petit album de rock, un disque peu connu, ce qui est dommage, mais ça lui confère aussi un statut un peu culte. Combien de personnes connaissent ce disque et le live qui s'en suivra ? Beaucoup, évidemment, mais par rapport à ceux qui connaissent les albums des, disons, Who, Stones ou Led Zeppelin, bien peu. Histoire de rattraper un retard, je ne peux donc que conseiller aux personnes ne connaissant pas encore le boulot d'Edgar Winter de se pencher sur cet album et le live qui suit, dont le seul défaut (le live) est de ne pas durer très longtemps, malgré qu'il soit double en vinyle (plus en CD) : 66 minutes. Pour en revenir à Edgar Winter's White Trash, cet album offre tout ce qu'un amateur de rock peut espérer d'une bonne production du genre : de l'énergie à en revendre, une excellente production, d'excellentes chansons, une ambiance du feu de Dieu, l'envie de remettre le couvert une fois le disque achevé. En plus, la durée de l'album est tout ce qu'il y à de correcte (pour moi, un album studio, sous le format vinyle, possède une durée parfaite si elle est entre 38 et 46 minutes ; en-dessous, c'est souvent trop peu, et au-delà, c'est souvent trop ; pour un album studio sorti directement en CD, 50 à 55 minutes, c'est l'idéal, et pour un live sorti en vinyle, s'il ne contient qu'un seul disque, c'est trop peu, même si la musique y est de grande qualité). Voici donc un album méconnu et à découvrir !

FACE A

Give It Everything You Got

Fly Away

Where Would I Be

Let's Get It On

I've Got News For You

FACE B

Save The Planet

Dying To Live

Keep Playin' That Rock'n'Roll

You Were My Light

Good Morning Music