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Ah, que je l'aime, le Johnny... Non, pas ce Johnny. L'autre Johnny. Johnny Winter. Décidément, je ne peux pas dire le contraire, ce mec était un géant, surtout de la guitare, un bluesman furieux, et il a enregistré de ces albums... Qui n'a jamais entendu Second Winter, son deuxième opus, de 1969 (un double album avec trois faces de musique et une quatrième laissée vide, car Johnny avait enregistré, selon lui, trop de bons morceaux pour un disque simple, mais pas assez pour remplir un double album entier), ou Johnny Winter And, de 1970 (avec Rick Derringer), ou Captured Live ! de 1976, ou Still Alive And Well de 1973, Ou John Dawson Winter III de 1974...n'a rien entendu. Je veux dire, dans le registre du blues-rock. OK, Clapton est un grand, il n'a pas chopé son surnom affectueux de God pour rien ; OK, Stevie Ray Vaughan, parti trop tôt ; mais Winter, Winter...Non, vraiment, on en a perdu un bon, en juillet dernier, à l'annonce de sa mort, dans une chambre d'hôtel zurichoise, cause de décès peu établie, décès survenu quelques jours après une ultime prestation au cours d'un festival à Cahors, dans le Lot. On a été les derniers à en profiter, nous, les Frouzes. On a toujours aimé le blues, en même temps. Je me suis rendu compte récemment que mis à part trois albums (Second Winter, Still Alive And Well, Captured Live ! que j'ai réabordé récemment), je n'avais pas abordé beaucoup d'albums de Johnny Hiver. Je rattrape cette erreur illico, en abordant ici, pour la première fois, cet album sorti en 1969, autoproduit par Winter, sorti sous une pochette d'une sobrissime sobriété.

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Verso de pochette vinyle

On peut croire que c'est le premier album de Johnny, car il porte le nom de Johnny Winter, mais en réalité, Johnny avait, un peu avant, sorti un album du nom de The Progressive Blues Experiment, sur un autre label (Imperial Records), qui ne sortira l'album, dans un premier temps - en 1968 - qu'au Texas, Etat de naissance du bonhomme, avant de le ressortir par la suite au niveau national, international. Ce ne fut pas un succès, aussi bien en 1968 qu'après. Winter a signé sur Columbia, et a sorti ce disque éponyme, enregistré notamment avec son frangin Edgar (piano sur un titre ou deux), Tommy Shannon (basse) et 'Uncle' Joe Turner (batterie). On notera la présence du grand bluesman Willie Dixon sur un titre (Mean Mistreater), à la basse acoustique. Court (34 minutes, 9 titres), Johnny Winter est constitué en bonne partie de reprises : du B.B. King (Be Careful With A Fool), du Robert Johnson (référence obligée du blues, ici avec When You Got A Good Friend), du Sonny Boy Williamson (Good Morning Little Schoolgirl, morceau repris avant lui par les Stones), du Lightnin' Hopkins (Back Door Friend), du Henry Glover (I'll Drown In My Own Tears, popularisée par Ray Charles, reprise aussi par Joe Cocker sur son medley de blues du live Mad Dogs & Englishmen)... Winter se taille quand même le luxe de proposer, ici, trois morceaux composés par ses propres soins : le bluegrass acoustique Dallas, Leland Mississippi Blues, et le très rythmé et efficace morceau d'ouverture, I'm Yours And I'm Hers, assurément un des meilleurs morceaux de l'album. Sa voix, quelque peu redneck parfois, sera un peu plus assurée sur les albums suivants (rien que Second Winter, enregistré un peu plus tard dans la même année 1969, et avec les mêmes musiciens, sera un pas en avant indéniable : Memory Pain, Fast Life Rider...), mais il assure quand même bien de ce côté-là, ici. Guitaristiquement parlant, pardon, mais rien à dire, ce mec était vraiment, dans ce domaine, un grand, et sur ce premier 'vrai' album éponyme, on trouvera de tout, ou presque, et du beau, du bon, Dubonnet du lourd.

Johnny Winter - Live in Clearwater

Après, il faut quand même préciser que si ce Johnny Winter éponyme est remarquable, il n'est pas, pour autant, le sommet de la carrière de Winter : il est trop court, parfois un peu prévisible, on sent que Winter ne s'est pas totalement lâché ici. Prévu pour être enregistré en son quadraphonique (ce qui ne fut jamais fait, dommage), cet album, qui sera un beau succès, est certes une réussite dans le genre, et beaucoup d'artistes seraient fiers d'avoir dans leurs discographies un album au moins aussi réussi, mais Winter fera mieux par la suite, avec Second Winter, Johnny Winter And, Still Alive And Well, Saints & Sinners, j'en passe... Son ultime opus, Step Back de 2014, avec les participations de Dr. John, Clapton, Brian Setzer, Billy Gibbons, Leslie West, Joe Perry, Joe Bonamassa ou de Ben Harper, est excellent aussi ; en fait, une grande, grande partie de ses albums (certains faits avec son frangin Edgar : le live Together, par exemple, ou d'autres avec Rick Derringer, en musicien et/ou en producteur) est des plus recommandée. Et je ne parle pas de son boulot de producteur, il a notamment produit, pour Muddy Waters, une petite série d'albums pas piqués des vers, qui ont servi à relancer le vieux bluesman : Hard Again (immense, avec un Mannish Boy d'anthologie), I'm Ready, le moins percutant mais quand même très bon King Bee (qui sera le dernier album de Muddy, mort peu après)... Bref, Johnny Winter, l'Albinos (son frangin Edgar, toujours de ce monde et heureusement, en est un lui aussi ; les deux frangins, outre pour leurs qualités musicales, sont essentiellement connus pour cette particularité physique), était un grand, un Grand même (avec majuscule), et si vous ne le connaissez pas encore, qu'attendez-vous ? Rassurez-vous, d'autres albums de lui vont suivre ici (certains d'Edgar Winter aussi), d'autres preuves de son talent, s'il y avait encore besoin d'apporter des preuves au dossier...

FACE A

I'm Yours And I'm Hers

Be Careful With A Fool

Dallas

Mean Mistreater

FACE B

Leland Mississippi Blues

Good Morning Little Schoolgirl

When You Got A Good Friend

I'll Drown In My Own Tears

Back Door Friend