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Ca y est, le petit cycle Rush, sept albums, est fini. Peut-être qu'un jour, il y aura d'autres albums du groupe ici (il y en à déjà un autre, abordé autrefois comme pas mal de ceux de ce cycle, mais que je ne refais pas, Permanent Waves, sorti en 1980, qui se trouve être le successeur direct de l'album réabordé ici) mais ne vous emballez pas, ce n'est pas encore Noël. Rush a, en 1977, sorti un album que personnellement je trouve sublime (et je sais que dans l'ensemble, les fans du groupe canadien, ce que je ne suis pas - ni fan, ni groupe, ni canadien, ah ah ah - sont du même avis), A Farewell To Kings, un album court, et qui offre une chanson que je n'aime pas trop, mais qui, en dehors de ça, est un régal de rock progressif et hard. Le groupe étoffe de plus en plus ses sonorités, c'est moins heavy, plus recherché. L'album se finissait sur un morceau de 10 minutes, excellente histoire de SF baptisée Cygnus X-1, Book 1 : The Voyage. Avec un titre pareil, on se doute qu'une deuxième partie déboulera tôt ou tard. Ca sera le cas sur l'album suivant, sorti en 1978 (en octobre), enregistré durant l'été de la même année, une année d'ailleurs qui en général (mais surtout en fait pour le rock progressif : ELP, Yes, Genesis, Jethro Tull, Gentle Giant, ont tous sorti des albums épouvantables ou au moins franchement médiocres, cette année-là), ne sera pas un grand cru. Ce nouvel album de Rush est encore une fois un disque court, 36 minutes, et il ne possède que 4 morceaux !! Il s'appelle Hemispheres et sa pochette sent bon Hipgnosis, tout en n'ayant pas été fait par ce fameux studio graphique, mais par le fidèle Hugh Syme. 

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Elle est curieuse, cette pochette : un gigantesque cerveau sur lequel un homme svelte et nu, de dos, tend le bras vers un autre homme, habillé façon personnage d'un tableau de Magritte (d'ailleurs, la référence est volontaire), et situé sur le pôle (ou...hémisphère) opposé du cerveau. Le tout, avec un fond bleu ciel. Au verso, d'autres cerveaux, qui flottent dans le vide au-dessus d'un désert, mais avec personne dessus, contrairement à celui du recto de pochette. Un peu criard, pas vraiment belle, mais elle marque les esprits. Musicalement, Hemispheres marque aussi fortement les esprits. Quatre morceaux, donc. Le premier s'appelle Cygnus X-1, Book 2 : Hemispheres (quand je vous disais !), et, découpé en six parties (situées sur la même plage audio en CD), il occupe à lui seul la totalité de la première face et dure la bagatelle insignifiante de 18 minutes. C'est donc la suite de The Voyage, qui achevait A Farewell To Kings, et c'est en fait plus le prolongement direct qu'une suite. En fait, c'est un morceau de 28 minutes que Rush a découpé en deux parties et placé sur deux albums plutôt que de tout mettre sur un seul album comme l'auraient fait de vulgaires Emerson, Lake & Palmer (Brain Salad Sugery et son Karn Evil 9). Morceau dantesque et de choix, c'est une pièce musicale racontant l'histoire d'un vaisseau spatial franchissant un terrifiant trou noir. Neil Peart en a chié pendant des heures et des heures pour écrire cette seconde partie, prévue dès le départ au moment d'écrire Cygnus X-1, Book 1 : The Voyage. Le résultat comble les espérances tellement c'est remarquable. Rarement n morceau aussi long aura paru aussi court.

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La face B, aussi longue, offre donc trois morceaux. Circumstances (avec sa ligne de texte en français, plus ça change, plus c'est la même chose, expression souvent utilisée, en français dans le texte, par les anglophones) dure un peu moins de 4 minutes et est un excellent morceau de hard-rock progressif, très direct, très efficace. The Trees, qui dure une minute de plus, est peut-être le morceau le moins grandiose ici, mais tout de même d'un excellent niveau, l'histoire, allégorique (on parle en fait de l'emprise du Royaume-Uni sur le Canada), parle d'arbres dans une forêt. Des érables (le Canada) se plaignent parce que les chênes (le Royaume-Uni) prennent trop de place, prennent toute la lumière. Les érables s'unissent pour essayer de réduire la taille des chênes... L'allégorie est plus ou moins subtile. Le morceau est très sympa. Enfin, long de presque 10 minutes, l'instrumental (découpé en 12 parties sur une seule plage audio) La Villa Strangiato, sous-titrée, en anglais dans le texte, "un exercice d'auto-indulgence" (autrement dit, Rush s'est fait plaisir). Petit chef d'oeuvre, le morceau se baserait sur une série de cauchemars faits par Alex Lifeson (guitare), mis en musique, et le morceau aurait pris plus de temps à s'enregistrer que le groupe n'en a pris pour faire tout l'album Fly By Night (1975), ce qui est peut-être exagéré, mais en dit long sur le temps qu'ils ont dû prendre à faire ce morceau sans paroles, et sur lequel les paroles ne se font pas regretter. C'est une mémorable manière d'achever un album qui compte assurément parmi les meilleurs du groupe !

FACE A

Cygnus X-1, Book II : Hemispheres :

a) Prelude

b) Apollo (Bringer Of Wisdom)

c) Dionysus (Bringer Of Love)

d) Armageddon (The Battle Of Heart And Mind)

e) Cygnus (Bringer Of Balance)

f) The Sphere (A Kind Of Dream)

FACE B

Circumstances

The Trees

La Villa Strangiato (An Exercise In Self-Indulgence) :

a) Buenos Nochas, Mein Froinds !

b) To Sleep, Perchance To Dream...

c) Strangiato Theme

d) A Lerxst In Wonderland

e) Monsters !

f) The Ghost Of The Aragon

g) Danforth And Pape

h) The Waltz Of The Shreves

i) Never Turn Your Back On A Monster !

j) Monsters ! (Reprise)

k) Strangiato Theme (Reprise)

l) A Farewell To Things