R10

J'ai découvert Rush sur le tard, il y à une petite dizaine d'années (en fait, même, moins que ça), et ce fut avec leur album studio suivant (par rapport à celui que je réaborde ici, je veux dire). Mais j'avais évidemment entendu parler du groupe depuis bien avant, et je connaissais de vue et de nom certains de leurs albums, pour en avoir vu les pochettes sur divers sites consacrée au rock, certains de ces sites n'existant plus depuis un bail (Destination Rock, c'était bien ; visuellement, c'était aussi moche que tout site web de la préhistoire d'Internet, mais le site était bien malgré tout). Cet album-ci, notamment et surtout. Arrivé à ce stade du cycle, au milieu et même un peu plus (trois articles encore après celui-là), on est donc arrivé au quatrième album des Canadiens. Leur précédent, Caress Of Steel, sorti en seconde moitié de 1975 (la même année, plus tôt, ils sortent leur deuxième opus Fly By Night), était un album sans doute un petit peu difficile à écouter en raison de morceaux assez longs (il n'y en à que 5, dont un de 20 minutes et un de 12), mais c'est quand même une belle réussite de hard-rock progressif. Le groupe commence vraiment à connaître le succès, mais il n'a pas encore sorti l'album fédérateur. Ca sera le cas pour le disque suivant, qui sort en 1976 sous une pochette assez sobre : un fond de ciel noir étoilé, une grosse étoile rouge dans un cercle, façon pentagramme, occupe le bas de l'image. Le nom du groupe et le titre de l'album occupent, en grosses lettres bleues, le haut. Au verso, le trio pose sur fond noir, Neil Peart (batterie, parolier principal) pose inexplicablement en kimono ou peignoir. La pochette ouvrante propose d'un côté les paroles, et de l'autre, trois vignettes des membres du groupe et, en bas, le dessin d'un homme nu, de dos, dans le logo pentagramme du recto. Cette image de l'homme nu servira pour les rééditions CD des premiers albums du groupe, on la trouve dans l'inside tray (sous le disque lui-même de chaque boîtier. On comprend donc que ce quatrième opus est important dans la discographie du groupe. 

R11

Baptisé 2112, ce nouvel album, long d'un peu moins de 39 minutes, contient 6 titres. Dont, sur sa première face, le morceau-titre, 2112, long de 20:35 minutes et, bien que tout soit sur une seule plage audio, découpé en sept parties titrées. Ce morceau-fleuve est signé Peart pour les paroles, et Geddy Lee (basse, chant) et Alex Lifeson (guitare) pour la musique, pour l'ensemble. Il est dédié, ce morceau, au génie d'Ayn Rand. Qui est Ayn Rand ? Une écrivaine américaine d'origine russe, née en 1905, morte en 1982, une auteure de science-fiction que le groupe lisait à l'époque et qui a inventé le concept de l'Objectivisme. Je ne vais pas détailler ce que c'est, c'est compliqué, mais en gros, l'objectivisme dit que la réalité existe indépendamment de l'esprit de l'observateur, que l'existence humaine ne sert qu'à une seule chose, trouver le bonheur, et que le capitalisme est le seul système social pouvant permettre de trouver le bonheur (on comprend qu'elle se soit exilée aux USA...)... Peart, apparemment, a trouvé sa voie dans l'objectivisme, et il a conçu une histoire de SF se passant en 2112 dans la cité de Megadon, et racontant notamment l'histoire d'une rebellion contre des Prêtres du Temple de Syrinx, qui tentent de réprimer violemment toute tentative de créativité et d'individualisme. Là aussi, je ne vais pas rentrer dans le détail de ce morceau musicalement varié, très réussi, très ambitieux, un petit peu trop peut-être, mais qui montre clairement les intentions de Rush : marquer les esprits. 

R12

La face B, tout comme le Tarkus d'Emerson, Lake & Palmer, est construite à partir de morceaux plus courts et totalement indépendants de la suite, 2112 n'est donc pas un album conceptuel. Autant le dire, si la face A est parfaite, la face B, sans être un ratage, est moins explosive, moins marquante. OK, on y trouve de bons moments, comme Something For Nothing (situé en final) ou la ballade romantique Tears. Mais je n'ai jamais été un très grand fan de A Passage To Bangkok, qui parle de drogue (on y parle de tous les endroits où la marijuana est cultivée) et de Lessons, un morceau écrit, paroles et musique, par Lifeson seul, chose assez peu fréquente chez Rush. The  Twilight Zone tire son nom de la fameuse série TV (La Quatrième Dimension en VF) et le groupe, fan de cette série, aurait écrit le morceau en s'inspirant de son ambiance, de certains des épisodes. Notons au passage que le créateur de la série, Rod Serling, est mort en 1975, le groupe n'avait pas encore enregistré l'album, c'est peut-être une manière de lui rendre hommage. Chanson très correcte (tout comme Lessons), et d'ailleurs, la face B de 2112 ne contient rien de mauvais, c'est juste affaire de goût. Immense succès commercial, album préféré des fans (enfin, c'est souvent le cas), album majeur et important dans leur carrière, 2112 est, je trouve, un peu bancal, un peu inégal, c'est dommage que le groupe n'ait pas développé le concept de la face A sur un album entier. Au final, on a un album un peu inégal, une face A conceptuelle terriblement réussie, une face B totalement indépendante et qui alterne réussites et chansons moins marquantes... Dommage, vraiment. Même si ce n'est pas pour autant un album à négliger, vraiment pas. 

FACE A

2112 :

a) Overture

b) The Temples Of Syrinx

c) Discovery

d) Presentation

e) Oracle : The Dream

f) Soliloquy

g) Grand Finale

FACE B

A Passage To Bangkok

The Twilight Zone

Lessons

Tears

Something For Nothing