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On a souvent dit qu'une des plus grosses influences vocales de David Bowie était le grand, l'illustre Jacques Brel (qui dira une fois, au sujet de Bowie, je ne vois pas en quoi ce pédé pourrait penser que j'ai envie de le rencontrer), ce qui est évident car non seulement Bowie a repris du Brel (Port Of Amsterdam), mais en a repris des gestuelles, intonations (Five Years, par exemple). Mais une autre grande influence de Bowie, pour la voix, n'est autre qu'un certain Noel Scott Engel, alias, de son nom de scène, Scott Walker. Bowie s'inspirera de sa manière de chanter aussi, voir Word On A Wing, que Walker (qui est toujours en activité) aurait pu chanter. Bowie a repris, aussi, du Walker : Nite Flights, sur Black Tie White Noise. Scott Walker, de nationalité américaine, est un grand, un Grand, même, avec un G majuscule. Que rien de lui, aucun album, n'ait jusqu'à présent été abordé sur Rock Fever est impardonnable. D'autant plus qu'il a sorti quelques excellents disques, comme son album de reprises de chansons de...Brel (que j'aborderai ici un de ces jours, je pense). Et, évidemment, son quatrième album solo, sorti en 1969 : Scott 4. Un titre con (ses trois précédents opus, devinez comment ils ont été titrés ? Bravo, vous avez deviné, Scott, Scott 2 et Scott 3), surtout qu'en fait, c'est son cinquième opus solo (juste après Scott 3, il sortira un album du nom de Scott : Scott Walker Sings His Songs From His TV Series) ! L'album sera un bide retentissant à sa sortie, il sera même apparemment retiré des ventes assez rapidement, difficile à trouver pendant des lustres.

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Court (32 minutes, 10 titres), sorti sous le vrai nom de Walker (Noel Scott Engel, donc) et non pas sous son pseudonyme scénique, possédant une citation d'Albert Camus sur sa pochette (on trouvera difficilement référence plus littéraire), il est le premier album de Walker entièrement constitué de chansons écrites par Walker, aucune reprise ici. Et niveau musical, rien à redire, c'est une claque qui en précède une autre, et suit une autre, bref, 10 chansons absolument tétanisantes (les textes sont remarquablement bien écrits). J'ai eu un peu de mal à classifier l'album sur le blog : ce n'est certainement pas du rock pur et dur, et je ne vois pas dans quelle catégorie affiliée au rock le ranger ; ce n'est pourtant pas de la pop non plus. Compte tenu qu'il n'y à pas de catégorie 'chanson internationale' (ce que ce disque est, assurément : tout simplement de la chanson à la Brel, mais anglophone), je l'ai rangé en 'blues & soul', ce qui ne va pas non plus, mais bon, c'est par défaut, donc désolé pour ça. En fait, c'est de la chanson pop baroque. Vocalement, Walker me scie le cul en petites tranches, c'est du grand art, on comprend aisément que Brel est une de ses références absolues, et à quel point lui et Brel seront des références absolues pour Bowie. Sans Walker, Bowie aurait eu sans doute un peu de mal à s'affirmer (il y serait parvenu quand même, on parle de Bowie, après tout). Scott 4, sous sa sobre pochette, recèle de grands moments qui ne passent jamais en radio, ne sont jamais cités par les amateurs de chanson (sauf les très pointus), mais n'en demeurent pas moins ahurissants : The Old Man's Back Again (Dedicated To The Neo-Stalinist Regime) se passe de commentaire, tout est dans le sous-titre de la chanson, et est assurément une des meilleures ici ; The Seventh Seal, la plus longue (un peu moins de 5 minutes), s'inspire du film de Bergman, on trouve d'ailleurs une photo du film sur la pochette intérieure. Hero Of The War, Get Behind Me, Rhymes Of Goodbye ou Angels Of Ashes sont également des moments de grâce absolue.

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Intérieur de pochette vinyle

Acclamé par Bowie, par Radiohead aussi (si, si !) comme étant un album indépassable, inoubliable et essentiel, Scott 4 est effectivement un joyau brut, un disque magnifique que ses arrangements baroques (le producteur est John Franz) n'alourdissent pas, contrairement à d'autres albums produits de la même manière (comme, par exemple, de la même année 1969, l'album éponyme d'Elton John, celui avec Your Song, un remarquable album, mais parfois un peu pâteux ; ou les productions bien luxuriantes, terriblement lourdes, de David Axelrod, type Songs Of Experience). Il s'agit du meilleur album de Scott Walker, un disque n'ayant pas eu de bol à sa sortie (échec commercial cinglant, retrait des ventes, tout ce qu'il faut pour en faire un album maudit, ou un album culte, et heureusement, ce fut un album culte plutôt que maudit) et qu'il faut à tout prix découvrir. Comme il n'est généralement pas vendu très cher, vous n'avez aucune excuse, aucune !

FACE A

The Seventh Seal

On Your Own Again

The World's Strongest Man

Angels Of Ashes

Boy Child

FACE B

Hero Of The War

The Old Man's Back Again (Dedicated To The Neo-Stalinist Regime)

Duchess

Get Behind Me

Rhymes Of Goodbye