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Depuis des années que je vous bassine (probablement) en répétant, ici, à longueur de chroniques, que Miles Davis est un génie, qu'il n'a rien raté à l'exception de ses derniers albums, des années 80, vraiment médiocres (You're Under Arrest, Decoy, ce genre), mais que tout ce qu'il a fait depuis les années 50 jusqu'à Get Up With It en 1974 (dernier vrai album qu'il sortira avant une pause de sept ans, pendant laquelle ne sortiront que des lives et compilations d'inédits) est immense. En fait, non : il y à quand même, pendant cette longue période, un mauvais album de Miles. Je ne le place pas, ici, dans la catégorie redoutée des 'ratages musicaux', bien que j'ai quand même décidé de mettre cette précision infâme dans les tags, parce que j'ai tellement de respect, d'admiration pour Miles que je pense que ça serait vraiment trop infâmant, justement. Mais le fait est que ce disque au demeurant assez peu connu, le dernier des albums que Miles Davis a faits avec l'arrangeur Gil Evans (Sketches Of Spain, Porgy And Bess...), n'est vraiment pas un disque que je conseillerais pour découvrir Miles, ou pour aller plus en avant dans la découverte. Une fois que vous aurez écouté les grands opus de Davis, une fois que vous en aurez écouté, disons, une bonne vingtaine (oui, je sais, ça fait beaucoup) et que vous aurez toujours envie d'en écouter davantage, une fois que vous serez, donc, accro, Miles-addict, alors là, OK, vous pourrez vous pencher sur ce Quiet Nights, car tel est son nom. Il date de 1964, se trouve sandwiché, dans la discographie studio de Miles, entre le très bon (et relativement méconnu lui aussi) Seven Steps To Heaven (1963) et le grandiosissime E.S.P. de 1965.

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Une chose importante, cruciale même pour la bonne compréhension de ce qu'est ce disque, est de savoir que là où une grande partie des albums de Miles Davis sont longs (45/50 minutes, parfois même bien plus que ça), ce disque, dans sa version CD actuelle, ne dure que 39 minutes, pour 8 titres. Mais j'ai bien dit, dans sa version CD (datant de 1997, la plus récente à ce jour). Car la version vinyle, elle, ne contient que 7 titres, pour un total de 27 minutes ! Oui, 27, à peine la durée d'un album de Gainsbourg ou des Beach Boys ! Si certains parmi les premiers-premiers albums de jazz faisaient une durée équivalente, c'était rapport au format vinyle d'époque, le 33-tours de 20 cm de circonférence. Quiet Nights, lui, est de format 33-tours 30 cm de circonférence, le format définitif, quoi, et pour un album de son époque, surtout de jazz, c'est vraiment peu. D'autant plus que le morceau rajouté sur le CD, Time Of The Barracudas, fait quasiment 13 minutes, et est vraiment réussi, plus que pas mal d'autres morceaux de l'album original. L'album aurait apparemment été enregistré en plusieurs sessions, sur quatre mois, mais seulement une vingtaine de minutes furent posées sur bande (précisons au fait que le plus long morceau de l'album original dure 6 minutes, et est le plus long de vraiment beaucoup, le second plus long morceau faisant 4,18 minutes ; et le plus court, 1,40 minute), suffisant pour une face, pas pour un LP entier. Miles et Evans, et leurs musiciens (Bill Barber, Bernie Glow, Ernie Royal, Paul Chambers, Jimmy Cobb...), sentant le projet tout bon pour partir en couilles, ont donc remisé Quiet Nights. Teo Macero, producteur fidèle de Miles, a repris les bandes, et rajouté un morceau issu de sessions de 1963 (le dernier titre, Summer Night, le plus long de l'album, issu des sessions de Seven Steps To Heaven), et a décidé de sortir l'album tel quel, 27 petites minutes, vraiment peu, mais quand même suffisant pour un LP, un petit LP, mais un LP quand même. Il paraît que Miles était furieux en apprenant la sortie de l'album, qu'il n'estimait pas apte à sortir, un projet inachevé. Comme on peut s'en douter, l'album se vendra à peu près aussi bien que des congélateurs sur la banquise. En représailles, Miles ne retravaillera avec Macero que dès 1966 et l'album Miles Smiles. Il ne lui en tiendra pas longtemps rigueur, donc, les deux compères ayant, par la suite, fait, ensemble, tous les grands albums du trompettiste, comme Bitches Brew ou On The Corner.

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Quiet Nights n'est pas à chier, mais il faut bien reconnaître que non seulement le bonus-track CD est meilleur que les sept morceaux originaux, mais que Summer Night, le morceau de 1963 rajouté par Macero aux morceaux enregistrés en 1964, est lui aussi le meilleur des sept titres originaux ! Le reste... Corcovado, Aos Pes Da Cruz (deux morceaux très bossa nova dans l'âme) sont corrects, mais dans l'ensemble, l'album se laisse écouter, certes, mais avec un ennui poli. Même sans le comparer avec les autres albums de Miles de l'époque, même si ça serait le premier opus de Miles qu'on écouterait, difficile de trouver quelque chose de positif à dire dessus. Miles, comme d'habitude, joue bien de sa trompette, mais Quiet Nights, dans l'ensemble, est vraiment une production mineure, médiocre même, du bonhomme. Jusqu'à présent, des albums de la période 1955/1974, le seul que je n'avais pas totalement apprécié était Nefertiti, de 1968, mais Nefertiti est quand même un bon opus, c'est jusque que je le sentais (et le sens toujours) moins abouti que les autres albums faits à la même époque (1967/68), soit Sorcerer et Miles In The Sky. Ca reste (Nefertiti) un album totalement appréciable, écoutable. Quiet Nights, lui, n'apporte qu'un ennui poli, comme je l'ai dit, on l'écoute parce que c'est du Miles, et on essaie de se dire que, compte tenu que c'est Miles, ça ne peut pas être raté. Mais, hélas, si. A réserver, donc, aux vrais fans, pas pour découvrir le bonhomme ou le jazz. Pour finir, finalement, ce n'est peut-être pas si mal que ce disque ne dure que 27 petites minutes...

FACE A

Song N°2

Once Upon A Summertime

Aos Pes Da Cruz

Song N°1

FACE B

Wait Till You See Her

Corcovado

Summer Night