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Si un jour quelqu'un me pose la question qui tue, quel est, selon toi, le meilleur album live de rock ?, ma réponse serait soit Made In Japan de Deep Purple, soit At Carnegie Hall de Chicago, soit At Fillmore East des Allman Brothers. Pour le premier (1972), parce qu'il est brut de chez brut, rien n'a été modifié en studio, aucun overdub, aucun rajout de public, pas de remontage studio du style on prend une partie de cette version de la chanson et le reste est issu d'une autre version, d'un autre soir, pour la même chanson. Le groupe a enregistré ses concerts nippons, a choisi les meilleurs moments (sans oublier de le préciser sur la pochette, c'est du no shit), les a mis sur album, l'a sorti, point barre. Pour le Chicago (1971), c'est parce qu'il est gigantesque, quatre disques vinyle (et trois CDs, depuis, enfin non, 4, mais le quatrième est constitué de prises bonus, l'album original étant sur trois CDs) proposant une grande partie du catalogue du groupe à l'époque. Le son est parfois un peu fin, mais il respire vraiment le naturel, rien n'a été retouché apparemment en studio (le son des cuivres, primordiaux chez Chicago, posera un problème au groupe, mais n'a pas été boosté en studio pour autant). C'est un concert (ou un mélange de plusieurs soirs au mythique Carnegie Hall, Chicago s'y étant produit une semaine environ) de quasiment 3 heures, mythique, imposant, peut-être pas parfait, mais il en jette. Enfin, le Allman Brothers Band At Fillmore East (1971) pour sa technicité totale, l'entente télépathique des six membres du groupe, la prouesse absolue du son, des solos d'enfer, une ambiance de feu, aucune minute à retirer. Certes, le groupe et le producteur de l'album (Tom Dowd) ont pioché dans plusieurs soirs pour faire l'album, et il y à au moins un morceau pour lequel Dowd a pris une partie issue d'un soir, et le reste issu d'un autre soir, mais il l'a fait sciemment, avec l'accord du groupe, et le résultat est éblouissant. Bien que j'adore ls deux autres lives que je viens de citer (je les adore plus que d'autres lives tels How The West Was Won de Led Zeppelin ou Live And Dangerous de Thin Lizzy), c'est probablement, au bout du compte, ce live du Allman Brothers Band que je citerais en premier, et que j'adore le plus. Le groupe lui-même, enfin ce qu'il en reste, estiment tous que ces concerts donnés en mars 1971 (et juin de la même année pour un autre qui, cependant, ne fut pas représenté sur l'album original) au Fillmore East de New York sont tout simplement le plus grand moment de leur entière carrière de musiciens.

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Sorti il y à quelques mois, ce coffret de 6 CDs, dans un beau boîtier digipack en format paysage, un livre disque d'une petite quarantaine de pages richement illustrées et avec un long texte inédit sur les coulisses des concerts du Fillmore East, ce coffret, donc, que je viens de me payer, propose la quasi-totalité des concerts du Fillmore. 5 shows différents (le quatrième show est sur les CD 4 et 5, les autres shows sont sur un seul CD à chaque fois), le dernier provenant de juin 1971, trois mois après les autres, et il est historique en celà qu'il propose ce qui restera éternellement comme le tout dernier concert donné au Fillmore East, Bill Graham, légendaire organisateur de concerts et producteur, propriétaire des deux Fillmore (le West à San Francisco, le East à New York), ayant décidé de fermer les deux salles, il n'en pouvait plus de passer d'une côte à une autre des USA en fonction de la demande. Pour le dernier concert du Fillmore East, il fit passer notamment Zappa, Lennon (qui, le temps de quelques morceaux, seront ensemble sur scène), et le Allman Brothers Band, qu'il voulait absolument en clôture de show. C'est ce concert qui est sur le dernier disque, des bribes de ce concert étaient déjà disponibles sur diverses éditions collector de l'album At Fillmore East (la DeLuxe). Les autres disques proposent les deux shows des 12 et 13 mars. Le groupe était aussi passé le 11 mars (en faisant, là aussi, deux shows), mais l'ingénieur du son et producteur, sur l'album, Tom Dowd (qui fut rappelé en urgence par un des pontes d'Atlantic Records, Jerry Wexler), trouvera le résultat détestable, l'utilisation d'un petit orchestre de cuivres n'y étant pas pour rien : selon lui, et le groupe se rangera de son avis après avoir écouté les bandes des deux shows, les cuivres ne passent pas bien avec l'ensemble. Pour le lendemain 12 mars, les cuivres dégagent, seul Thom Doucette et son harmonica reste avec le groupe. Et là, la magie opère totalement. Pour les fans de l'album original, ce coffret est un objet indispensable, rempli de morceaux inédits (autrement dit, des versions inédites de morceaux, eux, connus). L'album original est là, bien sûr, mais réparti sur les disques 2 à 4, Dowd et le groupe ayant choisi le meilleur de tous les concerts pour faire le meilleur album possible (mission accomplie au-delà de toutes les espérances les plus folles).

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Duane Allman

You Don't Love Me, qui sur l'album original dure 19 minutes, n'est pas totalement présent ici dans la même version, Dowd ayant, avec l'autorisation du groupe, pris les 7 premières minutes d'une version et les 12 minutes d'une autre, afin d'en faire la version ultime. Ici, vous avez l'intégralité des deux versions, vous avez même plus que deux versions de ce morceau. Stormy Monday (que le groupe n'a joué qu'une fois durant ces shows proposés) dure ici 10 minutes 30, soit 2 minutes de plus que la version de l'album. Les autres morceaux issus de l'abum original sont ici dans les mêmes versions, en revanche. On a des choses absolument inoubliables, les différentes versions de l'instrumental In Memory Of Elizabeth Reed sont toutes tuantes : la version utilisée pour l'album (13 minutes), celle du dernier show de juin (11 minutes), celle du premier show du 12 (quasiment 18 minutes ; à ce sujet, le CD 1, celui du premier show du 12 mars, est intégralement inédit dans le commerce)... Whipping Post est terrible aussi (la fameuse version de 23 minutes de l'album original, à laquelle faisait suite, durant le concert, 33 minutes de Mountain Jam, est la meilleure, mais les autres versions, plus courtes, sont remarquables ; à noter que Mountain Jam, collé immédiatement à Whipping Post au cours du dernier show du 13 mars, est cependant, pour des raisons de taille, séparée de Whipping Post par un changement de disque ; sur la réédition DeLuxe de l'album, on avait les deux longs morceaux à la suite, ce qui était mieux, mais bon, ce n'est pas trop grave non plus, cette séparation... Dans l'ensemble, entre la qualité audio exceptionnelle (tout fut remastérisé) et la prestation éblouissante, durant ces différents soirs, du groupe, ce coffret est une tuerie dans le genre, et je ne regrette pas les 45 € dépensés pour l'obtenir !

CD 1 : 12 mars, premier show

Statsboro Blues

Trouble No More

Don't Keep Me Wonderin'

Done Somebody Wrong

In Memory Of Elizabeth Reed

You Don't Love Me

CD 2 : 12 mars, second show

Statesboro Blues

Trouble No More

Don't Keep Me Wonderin'

Done Somebody Wrong

In Memory Of Elizabeth Reed

You Don't Love Me

Whipping Post

Hot'lanta

CD 3 : 13 mars, premier show

Statesboro Blues

Trouble No More

Dont Keep Me Wonderin'

Dome Somebody Wrong

In Memory Of Elizabeth Reed

You Don't Love Me

Whipping Post

CD 4 : 13 mars, second show

Statesboro Blues

One Way Out

Stormy Monday

Hot'lanta

Whipping Post

CD 5 : 13 mars, second show (suite et fin)

Mountain Jam

Drunken Hearted Boy

CD 6 : 27 juin

Introduction by Bill Graham

Statesboro Blues

Don't Keep Me Wonderin'

Done Somebody Wrong

One Way Out

In Memory Of Elizabeth Reed

Midnight Rider

Hot'lanta

Whipping Post

You Don't Love Me