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Attention : chef d'oeuvre total, absolu. Il va être difficile d'en parler. Tout aussi difficile de parler de son auteur, un Américain de 27 ans nommé Ty Segall. Ce mec est hors-normes, sous sa dégaine de Kurt Cobain et sa voix à la Marc Bolan. S'il fallait le comparer à un autre artiste musical, ça serait Todd Rundgren, pour le côté prolifique et touche-à-tout (Ty Segall sort environ deux albums par an !), avec des touches de Bowie par moments, lequel était, dans les années 70, hautement prolifique aussi. Je ne sais pas au juste combien d'albums Ty a sorti depuis son premier, mais Manipulator, sorti il y à quelques mois, et ayant été intronisé disque du mois par Rock'n'Folk à ce moment (ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le magazine sacré Segall, qui a déjà eu droit à au moins une couverture et plusieurs articles dithyrambiques), est son dernier opus en date, lui. Il offre 17 titres, pour 55 minutes. Quand je vous disais qu'on se rapproche de Rundgren (qui, sur certains de ses albums, offrait autant de morceaux, pour autant de durée d'album, et on parlait alors de vinyles, pas de CD, car c'était vers 1973/75 !)... D'ailleurs, à propos de vinyle, Manipulator est très probablement sorti aussi sous ce glorieux format, et quant au CD, sa pochette, cartonnée, est en vinyl-replica, avec une sous-pochette papier pour glisser le disque dedans, bref, un petit 33-tours au format CD ! Je ne sais pas quoi dire au sujet de Ty : ses albums sont bien souvent difficilees à trouver, ils ne sortent souvent qu'en import, en petit nombre, il faut lutter pour les avoir en magasin (les FNAC ? j'en parle même pas, d'ailleurs, ce n'est pas à la FNAC que je l'ai eu, ce Manipulator ; même si certaines grandes FNAC, comme à Paris, Bordeaux, Lyon, Lille...auront peut-être quelques exemplaires en stock)...

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Ce disque a été enregistré avec les musiciens suivants (dans le boîtier cartonné se trouve, au fait, un livret double page avec les paroles et les crédits) : Steve Nutting (batterie sur un titre), Chris Woodhouse (claviers sur certains titres), Mikal Cronin (bass sur un titre), Charles Moothart (guitare sur un titre), Emily Rose Epstein (batterie sur un titre), Brit Lauren Manor (chant sur deux titres), Irene Sazer (violon sur certains titres), Jessica Ivry (violoncelle sur certains titres), Sean Paul Presley (chant sur un titre) et Matthias Macintire (viola sur certains titres). Certains titres, un titre, deux titres ? Mais en général ? Ty Segall, voilà en général qui joue sur l'album. Un vrai whiz kid à la Rundgren, je vous dis, à la Prince, ou un peu comme le leader de Tame Impala (Kevin Parker). D'ailleurs, à propos de Tame Impala, je rappelle le monumental Lonerism de 2012, enregistré essentiellement par Kevin Parker seul, et auquel j'ai pas mal pensé en écoutant Manipulator, qui en est une sorte de version plus musclée et électrique (Lonerism étant assez synthétique, parfois proche d'un ambient rock). Manipulator est un disque parfois très rock, heavy (Who's Producing You ?, The Crawler), parfois très pop (The Singer, It's Over, la chanson-titre, Stick Around), on passe bien souvent d'une ambiance à une autre en changeant de morceau. Assez aventureux, ce disque n'est parfois pas sans rappeler A Wizard/A True Star de...Todd Rundgren, ou le fameux chaudron de sorcière Physical Graffiti de Led Zeppelin. Sous sa pochette psychédélique et underground, assez cheloue, l'album peut aussi bien faire penser à du T-Rex (comme je l'ai dit, la voix de Segall, juvénile, chaude, narquoise et claire, n'est pas sans rappeler celle de Marc Bolan), du Nirvana, du Beatles, du 13th Floor Elevators, du Kim Fowley période International Heroes ou I'm Bad... Non, c'est vraiment difficile à décrire, à classifier.

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Mais, en tout cas, tout du long de ses 17 titres, c'est un Paradis, ça c'est certain. Tour à tour rock, pop, un peu folk, totalement garage, très recherché ou très brut et simpliste, Manipulator est un joyau, un chef d'oeuvre, et le pire, dans tout ça, c'est qu'il ne risque pas de faire parler de lui (sauf chez les purs fans de rock ne se cantonnant pas aux disques best-sellers). Aucun risque que ce disque remporte un Grammy Award, passe à la TV ou à la radio (sauf, éventuellement, des stations très spécialisées), qu'on en parle dans Libé ou Le Parisien. Parlez de Ty Segall dans la rue, quasiment tout le monde vous dira vous parlez de qui ? ; je me souviens d'un courrier d'un lecteur, dans Rock'n'Folk, qui disait qu'apparemment, le magazine avait inventé l'artiste légendaire et inexistant, car les albums de Segall sont bien souvent très difficiles à trouver (et au moment de la publication de cette lettre dans le magazine, le magazine avait, quelques mois plus tôt, voire même le précédent mois, proposé Segall en couv', avec disque du mois, etc, la totale, pour, je crois, l'album Sleeper) ! J'ai moi-même un peu lutté pour le trouver, ce Manipulator (j'aurais pu le trouver facilement sur le Net, je sais, mais je voulais essayer, avant, de le trouver en magasin ; j'ai réussi, mais pas du premier coup). Mais ça valait largement l'effort et les 17 euros dépensés, croyez-moi. On parle ici probablement d'un des sommets de 2014. Grandiose, je vous le dit. Grandiose.

Manipulator

Tall Man, Skinny Lady

The Singer

It's Over

Feel

The Faker

The Clock

Green Belly

The Connection Man

Mister Main

The Hand

Susie Thumb

Don't You Want To Know ? (Sue)

The Crawler

Who's Producing You ?

The Feels

Stick Around