over

Après Nadir's Big Chance en 1975, Peter Hammill se consacre pleinement à Van Der Graaf Generator, son groupe, qui vient d'être relancé via l'album Godbluff. Deux albums du groupe suivront en 1976, le grandiose Still Life et le plutôt médiocre World Record, puis Hammill relancera sa carrière solo en enregistrant, la même année, un disque qui sortira en 1977 : Over. Nadir's Big Chance était un disque sans compromis, protopunk, un album conceptuel sur une jeune star du nom de Rikki Nadir (que Hammill 'ressuscitera' bien des années après en sortant un single sous le nom de Rikki Nadir), personnage sous influence directe du Ziggy Stardust de Bowie. Over, en grande partie inspiré par un divorce douloureux, est, lui, un disque bien plus sobre et consensuel. Généreux comme à son habitude (47 minutes, 8 morceaux), Over est sorti sous une pochette des plus banales : Peter Hammill adossé à une fenêtre, sa guitare électrique à portée de main (recto), ou bien assis, en train d'en jouer (verso). L'ambiance qu'apporte cette double photo est assez intimiste, intérieure, en même temps qu'un peu chaleureuse, du style bienvenue chez moi, un peu comme la pochette de l'album éponyme (1979) de George Harrison.

over2

Le fait est que l'album ne marque pas autant que les précédents. Mais n'allez pas croire que Over n'est pas bon. Au contraire, l'album aligne quelques chansons vraiment sensationnelles, j'avoue être totalement dingue de Lost And Found, et en guise d'ouverture d'album, le très remuant Crying Wolf est d'une efficacité redoutable. Mais c'est aussi un morceau très trompeur : après un tel titre, on est en droit de se dire que Over va être bien rock, mais que nenni, les morceaux suivants, comme le sublimissime Autumn ou Alice (Letting Go), sont au final assez contemplatifs, calmes, tristes, à dominante acoustique. On notera que deux d'entre eux ont une allusion aux romans de Lewis Carroll : Alice (Letting Go) et This Side Of The Looking Glass, allusions dans leurs titres, en tout cas. Peter Hammill, vocalement en forme comme à son habitude (et entouré de ses amis de Van Der Graaf Generator, encore une fois : David Jackson, Hugh Banton, Guy Evans), s'offre quelques revanches sur son ex-femme ici, (On Tuesday's She Used To Do) Yoga, Betrayed, par exemple. Over est clairement son disque catharsis après son divorce, dont il a eu apparemment du mal à se remettre. Le titre de l'album ('terminé') semble un indice de plus, quelque chose s'est terminé pour Hammill, il a fait un disque pour en parler, à mots plus ou moins couverts, et puis bastapute, on passe à autre chose (et cet autre chose sera un disque assez minable pour Van Der Graaf Generator : The Quiet Zone/The Pleasure Dome, et à un album solo efficace, The Future Now). De même, les titres des chansons : 'loup qui pleure', 'le temps guérit', 'trahi', 'Alice (laisser aller)', '(le mardi, elle avait l'habitude de faire du) yoga', 'perdu et trouvé'...

hammill300-211027319c6fbdd5201de036a929f06c427ea9ea-s3-c85

Difficile de préférer cet album aux précédents, mais Over est tout sauf un mauvais album. Je le conseillerais bien pour découvrir la carrière solo de Peter Hammill, je le conseillerais mieux que In Camera, en tout cas (pourtant, In Camera, tout en étant différent, lui est supérieur), car c'est un disque facile d'accès, pas trop complexe (ça reste du Hammill, donc ce n'est pas pop, mais c'est sans commune mesure avec In Camera, encore lui, ni avec les albums de Van Der Graaf Generator). En plus, comme ce n'est en rien le sommet du bonhomme, ça fait que la personne qui va découvrir l'oeuvre solo de Hammill avc Over saura, et ce quel que soit son avis sur l'album, qu'il n'a pas écouté le sommet de l'artiste, qu'il lui reste donc le meilleur devant lui (The Silent Corner And The Empty Stage, encore une fois, est ce meilleur, le meilleur absolu, même). Pour finir, donc, un excellent petit album.

FACE A

Crying Wolf

Autumn

Time Heals

Alice (Letting Go)

FACE B

This Side Of The Looking Glass

Betrayed

(On Tuesday's She Used To Do) Yoga

Lost And Found