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Bon...Peter Hammill encore. Mais là, attention : ce disque, sorti en 1974 (son deuxième album de cette année), est radical. Considéré comme un de ses meilleurs albums, il s'appelle In Camera, et fait suite au traumatisant The Silent Corner And The Empty Stage, aussi de 1974, et que je considère (et je ne suis pas le seul dans ce cas) comme son chef d'oeuvre absolu. On voit généralement In Camera comme le dernier volet d'une trilogie d'albums constituée aussi de Chameleon In The Shadow Of The Night (1973, je l'ai abordé récemment ici) et de The Silent Corner And The Empty Stage, justement, trois albums dans lesquels Peter Hammill, ancien leader de Van Der Graaf Generator (groupe qui se reformera au cours de 1974, il avait cessé son activité en 1971), se livre et se permet pas mal d'expérimentations. Le côté expérimental, c'est surtout le cas ici, l'album renfermant quelques unes des plus éprouvantes prestations vocales de ce chanteur hallucinant (le Hendrix de la voix, selon divers avis, comme celui de Robert Fripp, leader de King Crimson, ou de plusieurs journalistes). Comme les précédents (et pas mal des suivants) albums, In Camera, assez généreux (47 minutes, 8 titres), a été enregistré avec l'intégralité des membres de Van Der Graaf Generator : Hugh Banton, Guy Evans, David Jackson, même Nic Potter qui ne fera plus partie du groupe quand celui-ci se reformera dans l'année. Mais c'est bel et bien un disque solo de Hammill, un disque noir d'encre et dédié au jeune frère de Peter, Andrew, renversé par une voiture alors qu'il était à vélo, et dont j'ignore s'il est mort de cet accident (dans le livret CD, il est dit que l'état d'Andrew était préoccupant, qu'il se battait pour survivre pendant qu'Hammill faisait l'album, et qu'Hammill, pour Andrew, voulait tout donner de son côté, mais Hammill n'en dit pas plus ; par pudeur, sans doute).

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8 titres seulement sur cet album, et parmi ces 8 titres, deux sont assez anciens : Tapeworm date de 1971, Ferret And Featherbird de 1969 ; pour l'écriture seulement, Hammill les a sinon bel et bien enregistrés pendant les sessions d'In Camera. Le précédent opus, The Silent Corner And The Empty Stage, était une série de réflexions sur divers sujets tels les antiques citées détruites (Modern), la religion et le sexe (The Lie (Bernini's St Theresa)), la folie (A Louse Is Not A Home), et était un disque riche et éprouvant, déconcertant et ravageur, riche en grands moments ; et un des plus grands albums jamais faits, par quelque artiste ou groupe que ce soit, selon mon humble opinion. L'album m'a tellement heurté, tellement secoué, que j'en ai eu du mal à apprécier pleinement son précédesseur (Chameleon In The Shadow Of The Night) et son successeur, cet In Camera, donc. Mais pourtant, In Camera est sensiblement proche de The Silent Corner... (en plus 'extrémiste'). On a ici de grandes envolées, je pense à (No More) The Sub-Mariner, au traumatisant Tapeworm, au diptyque final Gog/Magog (In Bromine Chambers), le premier de ces deux titres imbriqués l'un dans l'autre (et constituant, sur 17 minutes, quasiment toute la seconde face) étant d'une sauvagerie vocale hallucinante sur 7,40 minutes, et le second, pendant presque 10 minutes, est tout simplement un morceau de musique concrète, expérimentale, quasiment instrumental et prompt à faire frissonner à peu près n'importe qui. Une conclusion d'album renversante et étrange s'il en est. Mais le sommet de l'album se trouve en ouverture de la seconde face, il s'appelle The Comet, The Course, The Tail, et pendant 6 minutes, on est ici en présence du Très-Haut, un morceau majeur, quasiment aussi anthologique que A Louse Is Not A Home et The Lie (Bernini's St Theresa) du précédent opus, et vous pouvez même virer le 'quasiment' de la phrase. Hammill le chante toujours sur scène, du moins, c'est ce qu'il disait en 2006 dans le livret de la réédition la plus récente de l'album.

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D'une manière générale, l'enchaînement Again/Faint-Heart And The Sermon/The Comet, The Course, The Tail (une face sépare les deux dernier, OK, mais ça ne compte qu'à moitié) est un des très grands moments d'une carrière quasiment parfaite et sans concessions. In Camera sera le dernier album expérimental et introspectif de Hammill, qui, dès son opus suivant (Nadir's Big Chance, en 1975), passera à autre chose, l'album étant considéré à juste titre comme un des premiers opus de punk qui soient (comprendre : pas du punk à la Clash/Sex Pistols, mais du proto-punk, un disque précurseur au même titre que le Fear de John Cale ou le Horses de Patti Smith...ou le BBH 75 d'Higelin), un album radical, sans compromis, dans lequel il devient un personnage du nom de Rikki Nadir, teenage-star de 16 ans, avide de gloire, et qui va la connaître aussi rapidement que sa chute. J'ai déjà parlé ici de l'album, un disque musicalement surpuissant (John Lydon, chanteur des Sex Pistols, vouera un culte à cet album et à Hammill, au passage), et aussi éloigné de In Camera que le sel l'est du sucre. Après, Hammill deviendra plus consensuel, voir des albums comme Over ou The Future Now, tous deux très réussis. Personnellement, le Hammill solo que je préfère est celui de sa trilogie de 1973/1974, et s'il n'est pas le sommet de cette trilogie, In Camera en est le final logique. Un disque difficile d'accès, âpre, parfois angoissant (Gog/Magog (In Bromine Chambers), putain !), mais que toute personne ayant écouté (et de préférence, aimé) Chameleon In The Shadow Of The Night et The Silent Corner And The Empty Stage (je ne me lasserai jamais de crier haut et fort à tout le monde qu'il faut écouter cet album au moins une fois dans sa vie) se doit d'écouter.

FACE A

Ferret And Featherbird

(No More) The Sub-Mariner

Tapeworm

Again

Faint-Heart And The Sermon

FACE B

The Comet, The Course, The Tail

Gog

Mago (In Bromine Chambers)