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En 1971, après un Pawn Hearts dévastateur (la suite A Plague Of Lighthouse Keepers occupant toute la face B...), Van Der Graaf Generator, un des plus puissants groupes de rock progressif de son époque avec King Crimson, décide de raccrocher les gants. Parallèlement à l'album, Peter Hammill, le leader (chant, guitare, parfois un peu de claviers ou de basse) du groupe, se lance en solo, avec Fool's Mate, un album dont la pochette et le titre ne sont pas sans lien avec Pawn Hearts (la symbolique des échecs : 'pawn' = 'pion' en anglais, 'fool's mate' : 'mat au fou', même si le terme anglais pour la pièce du fou n'est pas 'fool' mais 'bishop'). Cette symbolique des échecs est encore une fois présente sur le verso de pochette (on le voit, bien coloré, devant un jeu d'échecs) du deuxième de ses albums solo, sorti en 1973 sous un titre bien alambiqué : Chameleon In The Shadow Of The Night. Compte tenu qu'on considère parfois Fool's Mate comme un album de Van Der Graaf Generator (d'ailleurs, si on prend les rééditions récentes des albums de VDGG, onconstate que Fool's Mate est inclus dans leur catalogue, alors que les albums solo de Hammill ont aussi été réédités à la même époque), il n'est pas exclu de considérer Chameleon... comme le premier vrai opus solo de Peter Hammill, alias le Jimi Hendrix de la voix, selon son surnom. L'album dure 50 minutes, pour 8 titres allant de 4 minutes pour le plus court à 11 pour le plus long. La moyenne va à 6,30 minutes environ. Autrement dit, prenez votre temps pour l'écouter, ne l'écoutez pas entre deux stations de métro sur votre smartphone !

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Chose amusante : Hammill a beau s'être lancé en solo (et il s'est même parfois lancé assez loin, ses albums étant des fois pour le moins complexes : The Silent Corner And The Empty Stage, In Camera...), les musiciens collaborant à ses albums solo sont... les membres de Van Der Graaf Generator. Autrement dit, Guy Evans (batterie), David 'Jaxon' Jackson (saxophones, flûtes), Hugh Banton (claviers) et Nic Potter (basse), qui ne fera pas partie de la reformation de VDGG en 1975 avec le monumental Godbluff. Bref, il s'agit bel et bien d'albums solo de Hammill (qui tient chant, guitares et quelques claviers), mais on est quand même en droit de se demander s'il ne s'agirait pas de virtuels albums solo d'un groupe officiellement en stand-by ! Un peu comme si Waters, Wright et Mason avaient tous joué sur les albums solo de David Gilmour (tous membres de Pink Floyd, on le sait). De plus, un des titres ici, (In The) Black Room/The Tower - le morceau de 11 minutes, par ailleurs -, fut joué live par VDGG pendant leur dernière tournée (en tout cas, la première partie du morceau le fut). Quand VDGG se reformera en live durant 1974, ils ne joueront quasiment que des morceaux des albums solo de Hammill, tels que le monstrueux A Louse Is Not A Home. Hammill et son groupe sont vraiment indissociables. Parlons maintenant de Chameleon In The Shadow Of The Night. C'est un excellentissime album, il faudra juste plusieurs écoutes pour bien parvenir à l'aimer, mais il recèle de vraies merveilles, comme German Overalls (dans le livret de la réédition CD, Hammill pense s'être trompé en enregistrant ce morceau avec une guitare acoustique ; je ne suis pas d'accord avec lui), In The End, (In The) Black Room/The Tower et le sublimissime Slender Threads.

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Le seul truc est que j'ai découvert la carrière solo de Peter Hammill avec l'album suivant, The Silent Corner And The Empty Stage (qui est une sorte de version amplifiée de Chameleon...) et cet album, sorti en 1974 (et sur lequel se trouve A Louse Is Not A Home que j'ai cité plus haut), m'a tellement bluffé queje n'ai pas pu m'empêcher d'être quelque peu déçu par son prédecesseur direct, ce Chameleon In The Shadow Of The Night qui en est une sorte d'avant-goût. Une sorte de brouillon (mais quel brouillon ! beaucoup de groupes ou d'artistes aimeraient un tel brouillon, je peux vous le dire) avant l'indépassable monument, car comme j'ai pu le dire ici, The Silent Corner... est un chef d'oeuvre, un monument, un disque à la Starless And Bible Black ou Red (King Crimson, tous deux, et de la même année 1974, d'ailleurs), qui vous retournera comme un gant usagé, vous fera chavirer pendant 49 monumentales minutes. Je l'adore tellement que je me le suis pris en vinyle (d'occasion) histoire de l'avoir en deux formats, vous dire. A côté, bien qu'étant sublime et rempli de grands moments (Dropping The Torch, German Overalls, Slender Threads), Chameleon In The Shadow Of The Night me semble quand même un peu frustrant, sans doute est-il parfois trop acoustique, pas assez recherché. Hammill se cherchait sans doute un peu... Reste que, comme je l'ai dit, bon nombre de groupes ou d'artistes aimeraient un tel disque dans leur discographie. Et dire qu'Hammill fera mieux par la suite ! Au fond, sans doute ais-je fait une connerie en découvrant la carrière solo de cet artiste (toujours actif) par The Silent Corner And The Empty Stage ; en la découvrant par le biais de son prédecesseur, j'aurais sans aucun doute eu moins de frustration en écoutant Chameleon In The Shadow Of The Night, même si 'frustration' est un bien grand mot quand même... Un album conseillé !

FACE A

German Overalls

Slender Threads

Rock And Rôle

In The End

FACE B

What It's Worth

Easy To Slip Away

Dropping The Torch

(In The) Black Room/The Tower