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Leader chanteur/guitariste/pianiste/compositeur des White Stripes, cofondatteur du super-groupe The Raconteurs, Jack White a lancé sa carrière solo en 2012 avec un album à la pochette bleutée (compte tenu que le rouge et le blanc étaient les couleurs dogmatiques des White Stripes, ça avait, quelque part, de quoi marquer), Blunderbuss. Deux ans plus tard, il sort un nouvel album, encore une fois sous une pochette aux teintes froides et bleutées. Son nom ? Lazaretto. Le titre de l'album est assez étrange, et signifie 'Lazaret', un endroit dans lequel on mettait en quarantaine les marins et passagers (et marchandises) en provenance de ports où sévissait la peste. En russe et en allemand, ce mot, sous un orthographe sans doute différent, signifie 'hôpital militaire'. Pourquoi White a-t-il choisi un tel titre (aussi celui de la seconde chanson de l'album) ? De plus, couplé à une pochette certes belle, mais assez étonnante, le montrant, tout de bleu vêtu, assis au milieu de statues d'anges, dans un petit cimetière (on aperçoit une stèle ou deux, et la grille d'enceinte), ambiance gothique assurée. Au dos du boîtier, une photo noir & blanc représente un enfant d'une douzaine d'années, qui semble éploré, fatigué, habillé dans la plus pure tradition du petit pauvre, le visage sale, une expression indéfinissable dans le regard... une photo prise, autrefois, dans un lazaret ? Quoi qu'il en soit, je pense (mais je peux me tromper) qu'il s'agit d'une ancienne photo réutilisée pour l'occasion et pas d'une photo prise pour l'album et virtuellement vieillie comme on sait le faire de nos jours.

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Revenons à l'album. Il offre 11 titres, dont un instrumental, et est, il faut le dire, assez court : à peine 40 minutes. Lazaretto est étonnant à plus d'un titre (sa courte durée ne fait pas partie des éléments étonnants, je le précise) : on sent que White a abandonné les teintes rouge et blanc de son groupe les White Stripes pour du bleu froid, comme s'il voulait s'affranchir de son passé (comme je l'ai dit, Blunderbuss, son premier opus solo, avait aussi une pochette aux teintes bleutées), et musicalement, avec sa quasi-absence de guitare électrique (sauf sur quelques titres comme le très bluesy Three Women, That Black Bat Licorice qui fait très White Stripes ou l'instrumental High Ball Stepper), il sonne plus comme un disque de folk/country/blues-rock que comme un disque de rock un peu garage, style musical qui était celui des Stripes. Vous me direz que Blunderbuss aussi était dans ce registre un peu roots, et on y trouvait déjà certains musiciens oeuvrant sur Lazaretto, comme Brooke Waggoner (claviers), Bryn Davies (upright bass) ou Carla Azar (batterie, percussions sur certains titres), mais on pouvait prendre Blunderbuss comme une sorte d'exercice de style, derécréation, alors que Lazaretto, lui, sonne plus comme une confirmation : Jack White veut changer d'air, de style, de musique.

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Les gros fans des White Stripes (soit dit en passant, tout en appréciant ce groupe et aimant vraiment beaucoup leurs albums White Blood Cells, De Stijl et Elephant, je ne suis pas ce qu'on appelle un fan des Stripes ; dans le même registre garage/blues-rock minimaliste, je préfère les Black Keys, de loin, et les Kills) seront sans doute déçus, écoeurés même, devant Lazaretto, album assez déprimé (j'ai pas dit 'déprimant', hein), mais musicalement, on y trouve de vraies merveilles : Lazaretto (et son solo, officiellement crédité dans les paroles de la chanson), Three Women, Alone In My Home, High Ball Stepper, I Think I Found The Culprit, Entitlement... Si vous aimez le croisement entre musique roots et rock, avec plus de piano que de guitare électrique, cet album devrait vous plaire. Je ne dis pas que c'est le sommet de 2014, ni le sommet de Jack White (entre nous, je me fiche un peu de la carrière solo de White, j'ai acheté Lazaretto en grande partie sur un coup de tête - je ne le regrette pas du tout - et pas parce que je suis fan du bonhomme ; ceci dit, je respecte le mec et sa carrière), mais c'est un très bon album, ça, vous pouvez en être sûrs. Bref, sans exiger de vous que vous vous ruiez dans les magasins (surtout un week-end de fête nationale...) pour l'acheter séance tenante, je conseille, au moins, son écoute. Lazaretto est un très bon album.

Three Women

Lazaretto

Temporary Ground

Would You Fight For My Love ?

High Ball Stepper

Just One Drink

Alone In My Home

Entitlement

That Black Bat Licorice

I Think I Found The Culprit

Want And Able