Renaissance - Scheherzade And Other Stories - Front

Vous aimez le rock progressif ? Le vrai ? Le pur et dur ? Dans le style du premier opus de King Crimson, des meilleurs opus de Genesis et Yes ? Dans le style des albums d'Ange (mais pas dans la langue de Molière) ? Alors cet album de Renaissance, sorti en 1975, est fait pour vous. Mais avant d'en parler, parlons un peu du groupe. Renaissance, vous connaissez ? Les fans de prog doivent, à mon avis, avoir déjà (au moins) entendu parler d'eux, mais sinon, dans l'ensemble, Renaissance ne fait pas partie des groupes les plus réputés, connus, du rock, et c'est bien dommage. Ce groupe a eu plusieurs vies, il a subi plusieurs (ah que c'est drôle, fin, spirituel) renaissances. A la base, le groupe a été fondé en 1969 par deux anciens membres des Yardbirds : Keith Relf (qui en était le chanteur, il est mort par électrocution en 1976) et Jim McCarty (batteur), avec aussi un ancien des Nashville Teens (le pianiste John Hawken), mais aussi la soeur de Relf, Jane, au chant, et le bassiste Louis Cennamo. Renaissance première mouture (deux albums, en 1969 et 1971 : Renaissance et Illusion) était un croisement entre folk-rock et classique/symphonique, une sorte de croisement entre Fairport Convention et les Moody Blues. En 1972, le troisième album, Prologue, sort, et avec lui commence la deuxième mouture du groupe, celle qui est la plus connue, la classique (celle ayant fait le disque dont je vais parler ici dans quelques lignes), avec la chanteuse Annie Haslam, le chanteur et bassiste John Camp, le claviériste John Tout... Ashes Are Burning en 1973, Turn Of The Cards en 1974 seront d'assez beaux succès. Et en 1975, le groupe publie, toutes périodes confondues, son sixième opus, cet album donc, intitulé Scheherazade And Other Stories. Un disque qui n'offre que quatre morceaux, pour 45 minutes. On se doute bien que les chansons sont longues, et surtout la dernière, qui occupe la totalité de la seconde face, avec pas moins de 24 minutes au compteur !

4009910508022

Verso de pochette

Heureusement, cette longue chanson, Song Of Scheherazade, est le sommet de l'album. Imaginez un peu si ce morceau-fleuve, conceptuel et en neuf parties (tout tient sur une seule plage audio), vraie viande de l'album, en était le maillon faible ! Sur ce morceau (qui, en live, voir le double live de 1976 au Carnegie Hall, atteindra quasiment la demi-heure), le chant est alterné entre la magnifique voix d'Annie Haslam et celle de Camp, mais on a aussi des passages purement instrumentaux. L'histoire ? Elle est résumée sur la pochette, il s'agit tout simplement du postulat de base des 1001 Nuits : le sultan qui, suite à une profonde déception amoureuse, multiplie les épouses d'un soir, qu'il fait éxécuter le lendemain matin, jusqu'à ce qu'il épouse la jeune Schéhérazade, qui, pour éviter la mort, raconte, le soir, à son sultan de mari, une histoire qu'elle interrompt avant la fin ; le sultan, désireux de connaître la suite, l'épargne, et elle récidive, de soir en soir, pendant 1001 nuits, jusqu'à ce que le sultan ne décide de la laisser en vie pour de bon et de reprendre confiance en l'amour. L'alternance de chant est excellente, les passages instrumentaux sont sublimes, ce morceau peut faire penser, parfois, de part son atmosphère, au Lizard de King Crimson (1970, sur l'album du même nom). La pochette en enluminure aussi peut y faire penser (celle de Lizard étant, dans son genre, un vrai modèle, indépassable). Autant le dire tout de suite, Scheherazade And Other Stories mérite l'achat rien que pour ce long et quasi morceau-titre, un fleuron du rock progressif et de la chanson-fleuve. Rarement un morceau aussi long, occupant une face entière de vinyle, n'aura été aussi passionnant (en concurrence avec Lizard, mais aussi le Echoes de Pink Floyd, sur Meddle en 1971) !

renaissance-scheherazade-other-stories-1508075

Et l'autre face, la A ? Rassurez-vous, elle est sublime. Intégralement chantée par Annie Haslam, elle contient donc trois titres, pour environ 20 minutes, et ces trois titres sont autant de pures petites merveilles, chacune dans une ambiance distincte. Trip To The Fair, quasiment 11 minutes (le second morceau le plus long de l'album et, de surcroît, le plus long de la face A), possède une atmosphère digne du Cirkus de King Crimson (aussi sur Lizard, comme le long morceau-titre cité plus haut), c'est à dire une atmosphère à la fois agréable, enchanteresse et quelque peu oppressante, pleine de mélodies un peu eerie (comme on le dit en anglais), louches...et le chant d'Haslam, sa voix angélique, est à tomber par terre, littéralement. Quand le chant déboule après quelques minutes instrumentales, c'est, aucun autre mot ne convient, enchanteur. La voix d'Annie Haslam possède vraiment quelque chose qui vous touche au plus profond, une émotion, une mélancolie, c'est juste...beau. The Vultures Fly High, 3 petites minutes seulement, est, lui, un morceau plus mouvementé, énergique, pas vraiment rock, mais on n'en est pas loin. Très sympa et efficace, tout en étant le morceau le moins époustouflant du lot. Enfin, les 7 minutes d'Ocean Gypsy sont à tomber par terre, encore une fois, mélodiques au possible. Les 21 minutes de la face A sont vraiment époustouflantes, et dire que la face B, qui suit, et dont j'ai parlé en premier, enfonce totalement le clou ! Voilà de quoi faire de ce Scheherazade And Other Stories non seulement le meilleur opus du groupe (je ne les connais pas tous, mais j'en connais quand même quelques uns, et s'ils sont dans l'ensemble très bons, celui-ci est vraiment le meilleur), mais aussi et surtout un des joyaux du rock progressif 70's et tout court. Essentiel si vous aimez le rock progressif !

FACE A

Trip To The Fair

The Vultures Fly High

Ocean Gypsy

FACE B

Song Of Scheherazade

a) Fanfare

b) The Betrayal

c) The Sultan

d) Love Theme

e) The Young Prince And Princess (As Told By Scheherazade)

f) Festival Preparations

g) Fugue For The Sultan

h) The Festival

i) Finale