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Jean-Jacques Goldman n'a pour ainsi dire jamais quitté le classement des personnalités préférées des Français, et c'est d'autant plus rigolo qu'il n'a rien fait depuis 2001 et son dernier album studio en date, Chansons Pour Les Pieds (un album que j'ai, personnellement, mis du temps à aimer). Peu après la sortie de cet album dont la pochette et le très épais livret étaient dessinés par Zep (et le boîtier, en lourd métal laqué blanc), Goldman entreprend une tournée qui, donc, sera (mais personne, à part lui sans doute, ne pouvait le savoir) sa dernière - pour le moment. La tournée, qui marchera fort, sera immortalisée deux ans plus tard par un double live capté au Zénith de Lille du 17 au 20 juin 2002. Le live, existant aussi en DVD sauf erreur de ma part, sortira quasiment un an après, le 3 juin 2003. Il s'appelle Un Tour Ensemble, c'est, donc, ce live, et c'est le quatrième live de Goldman (en ne comptant que ceux de sa carrière solo), et son sixième si on y rajoute les deux de la période Fredericks/Goldman/Jones. Goldman a toujours (enfin, depuis le début des années 90) aimé proposer à ses fans, aux acquéreurs de ses albums, des boîtiers ludiques, originaux, qui transforment un simple album en un bel objet. Voir les premières versions CD des albums Rouge (de Fredericks/Goldman/Jones, 1993) et du premier live du même trio vocal (Sur Scène, 1992), qui étaient en métal. Voir l'autre live du trio vocal F/G/J, Du New Morning Au Zénith (1995), dont le boîtier proposait, dans sa première version, deux petits instruments en magnet (guitares) que l'on pouvait enlever et repositionner. Voir, aussi, En Passant (1997) et son boîtier plastique avec un gros livret de 40 pages agrafé au centre (quand il sera réédité, Rouge sera refait de la sorte). On a aussi le double live Tournée 98 En Passant, un boîtier plastique double classique, avec feuillets d'inserts transparents afin de voir les disques à travers. Et, bien entendu, Chansons Pour Les Pieds et son boîtier lourd de métal laqué blanc et gros, gros livret de paroles et dessins.

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Pour Un Tour Ensemble, Jean-Jacques a fait dans le très lourd : le boîtier plastique, épais à l'ancienne, et renfermé dans un petit fourreau plastifié à moitié imprimé, propose, d'un côté, les deux disques dans une double sous-pochette de papier souple dessinée par Zep (le gros reproche : le papier de la sous-pochette est trop fin, risque important d'usure, voire de déchirement ; j'ai personnellement glissé les CDs dans des protections plastifiées en plus de la pochette, ils sont plus faciles à sortir et rentrer dans le papier) et aussi, dans une petite pochette, une quinzaine de diapositives, des photos issues du concert (toutes très belles). De l'autre côté, une grosse surface blanche, avec une fente sur la partie supérieure. On soulève le blanc, on a l'envers du décor : des plaquettes de métal sur tout le tour du boîtier, et deux petites piles (du genre de celles que l'on met dans les petites télécommandes) avec deux petites diodes. Si les piles sont en état, le simple fait d'ouvrir en grand le boîtier allume (par contact de métal) les diodes, qui permettent de bien voir les diapos ; bref, c'est une visionneuse. On éteint en refermant le boîtier. Original ! On imagine qu'un petit gadget de la sorte faisait que le live n'était pas vendu à 10 balles à sa sortie, et compte tenu qu'en plus, les albums de Goldman sont souvent vendus cher... J'ai personnellement trouvé ce live à 7 € en magasin, récemment (offre promotionnelle du style 4 CD/DVD pour 20 €, et 7 € l'unité), avec les piles, les diapos, et tout et tout, mais il me semble qu'il fut longtemps commercialisé à un prix avoisinant les 30 €... On paie pour l'objet, pas pour la musique contenue sur les deux disques (et ils sont généreux, les disques : le premier atteint presque une heure, et le second fait 70 minutes ; bref, on a deux heures de live).

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Ci-dessus : le boîtier ouvert, avec les deux CDs. D'un côté, la sous-pochette des disques (les diapos sont derrière) et de l'autre, la visionneuse, avec une diapo glissée dedans

Je n'ai pas encore parlé du contenu musical de ce double live. Je vais vous rassurer (à moins que vous ne vous en foutiez commedu temps qu'il va faire en Oklahoma aujourd'hui et en Moldavie demain), c'est d'un excellentissime niveau. Le son est remarquable, l'interprétation, époustouflante (si, si), même si, des fois, Goldman et ses musiciens (dont Michael Jones, évidemment) se laissent aller à des longueurs (la fin d'Ensemble, par exemple), pas mal de morceaux sont longs, 6 à 7 minutes, mais Goldman parle parfois avant ou après tel ou tel titre. Ce mec a d'ailleurs énormément d'humour, voir les quasi-6 minutes de Répétitions situées juste après une sympathique et totalement acoustique version seul à la guitare de Je Marche Seul qui ouvre le bal. Durant les Répétitions, il fait chanter le public (sous prétexte d'un manque de choristes pour le show), leur fait répéter les choeurs pour certaines chansons à venir. Amusant. Nos Mains, qui suit, démarre calmement, en acoustique, avant de virer à l'électrique de groupe en plein milieu. Petite Fille, toujours prétexte à de longues envolées, déboule, puis Encore Un Matin, qu'on ne présente plus, et Poussière, premier morceau issu de Chansons Pour Les Pieds. Je Voudrais Vous Revoir, autre extrait du même album, est très belle, et on a ensuite Juste Après, de Fredericks/Goldman/Jones, avec Goldman chantant les parties de la regrettée (morte en 2001) Carole Fredericks... mis à part sa voix que l'on entend rapidement sur la ligne de texte une cigarette, ce qui la fait acclamer post-mortem par les spectateurs. En Passant et Veiller Tard (on va rester dans la même atmosphère, dit JJG entre les deux titres, qui sont tous deux assez introspectifs et peu joyeux) achèvent magnifiquement le premier disque. Le second démarre par un petit délire de quasiment 3 minutes, Flûtiau Et Violon Approximatif, qui sert d'introduction au morceau suivant, Et L'On Y Peut Rien (issu de Chansons Pour Les Pieds tout comme les deux titres qui suivent ensuite). L'intro, amusante, permet d'entendre Goldman au violon et Christophe Nègre au flûtiau médiéval, les deux font exprès de mal jouer, avant de se ressaisir, et le morceau démarre vraiment, un morceau sympa avec une ambiance très celtique/bretonne/médiévale. Tournent Les Violons, avec son intro tarentelle, suit, je ne suis pas fan de ce morceau (pendant longtemps, il m'a même horripilé), mais c'est bien joué. Ensemble (pareil, pas fan de ce morceau qui m'a rapidement gavé en 2001, au moment de sa sortie), morceau chanté en canon, souffre d'une coda interminable ici, mais on sent l'envie de partage de Goldman, qui fait chanter le public comme jamais. Ce morceau a été fait, on peut le dire, pour être joué live.

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On Ira suit, c'est excellent, et le final, une fois la chanson finie, permet d'entendre Goldman improviser à partir des paroles de Là-Bas (que mis à part ça, il ne chantera pas durant le live), virant rapidement dans un petit délire qui mène direct à une chanson du nouvel album, le remarquable Les Choses. Goldman change un peu le texte (le passage sur Zidane : Je suis un peu lui sans sa blessure au lieu de Je suis un peu lui dans ses chaussures ; on est en 2002). Puis Né En 17 A Leidenstadt, qu'on ne présente plus (et pendant laquelle il chante les parties de Carole Fredericks), puis un petit délire dans lequel il clame c'est la dernière chanson, c'est fini, avant de brailler, avec ses musiciens, C'EST PAS VRAI !!!, manière d'introduire la chanson du même nom, issue de Chansons Pour Les Pieds. Après ce petit délire de chanson, arrive une courte Présentation Des Musiciens entrecoupée de bribes de chansons (Quand La Musique Est Bonne, Je Te Donne, même le classique paillard La Digue Du Cul). Arrive un moment de beauté pure : Nuit, sublime au possible (Michael Jones chante les parties de Carole), puis Envole-Moi, et enfin, Puisque Tu Pars, le concert s'achève magnifiquement. Pour finir, Un Tour Ensemble prouve que Goldman est un remarquable artiste (certes de variété, mais de la variété d'un grand niveau), il parvient ici à transcender des morceaux qui, en studio, sont pas mal, mais sans plus (Ensemble, Poussière, C'Est Pas Vrai) et à faire des versions anthologiques d'autres (Nuit, Petite Fille, Puisque Tu Pars, Juste Après), il partage bien avec son public, met ses musiciens en avant quand il le faut, sait délirer aussi quand il le faut... Bref, il s'éclate, en live. C'est d'autant plus dommage qu'il n'a plus rien fait depuis 2002 (à part les concerts annuels des Enfoirés et des chansons pour d'autres artistes). Les multiples hommages dont il est, on peut le dire, la victime (ces épouvantables reprises par M. Pokora, Tal et autres golios du même genre), et qui cherchent à le faire sortir de sa réserve pour lui faire dire allez, OK, je reviens, mais c'est bien parce que c'est vous, depuis deux-trois ans, n'arriveront pas à le convaincre de revenir, je le crains : s'il devait revenir sur le devant de la scène, avec album et/ou tournée, ça serait déjà fait. Ou alors, un coup en surprise, comme Bowie l'an dernier. J'espère, mais pas trop, pour ne pas être déçu que ce retour ne se fasse pas. En attendant, il a achevé sa carrière, pour le moment, avec un double live vraiment réussi, peut-être même son meilleur !

CD 1

Je Marche Seul

Répétitions

Nos Mains

Petite Fille

Encore Un Matin

Poussière

Je Voudrais Vous Revoir

Juste Après

En Passant

Veiller Tard

CD 2

Flûtiau Et Violon Approximatifs

Et L'On Y Peut Rien

Tournent Les Violons

Ensemble

On Ira

Les Choses

Né En 17 A Leidenstadt

C'Est Pas Vrai

Présentation Des Musiciens

Nuit

Envole-Moi

Puisque Tu Pars