BS1

Allez y comprendre quelque chose. Pendant des années, des années, j'ai d'abord chié sur ce disque, puis l'ai considéré comme un semi-ratage (ma précédente chronique à son sujet, de 2014, qui était la première sur l'album sur le blog, était classé en 'ratages'), avant que, finalement, en 2018, il ne me saute dans les bras comme un vieux pote pas revu depuis 25 ans et que je croyais mort ou en Nouvelle-Guinée. Moi qui suis fan de Bruce Springsteen (je vous avais d'ailleurs offert, en fin d'année dernière, une série d'articles le concernant, vous vous en souvenez ? Jours de gloire, comme il le chantait en 1984, jours heureux pré-Covid-19...), j'ai mis un certain temps, pour ne pas dire un temps certain, avant de finalement accrocher bien comme il faut à trois de ses albums, trois albums qui se suivent dans sa discographie : celui-ci, et les deux suivants, tous deux sortis en 1992 (le même jour), Human Touch et Lucky Town, dont je pense que je réaborderai le cas, parce que je ne me retrouve absolument plus dans mon ancienne chronique (les deux albums sur un seul article) les concernant, chronique datant de 2014 aussi, si je ne m'abuse. D'ailleurs, je ferai un article par album, en octobre ou novembre (vous saurez patienter ?), ils le méritent quand même. Mais avant de parler de cette paire maudite de 1992, parlons de l'album de 1987 : Tunnel Of Love.  

BS3

Sorti sous une belle pochette photographique montrant le Boss en costard noir et chemise blanche (au verso, il a laissé tomber la veste et est en bras de chemise) posant devant une belle bagnole, Tunnel Of Love ne semble pas payer de mine, au premier abord. Si la photo de pochette est belle, elle est aussi peu originale, elle n'appelle pas vraiment l'attrait des yeux. Elle fait très passe-partout. Le titre de l'album (aussi d'une des chansons) aussi : non seulement c'est assez banal ("le tunnel de l'amour", nom d'une fameuse attraction de fête foraine, généralement), mais ça a déjà été fait en 1980 par Dire Straits pour une de leurs meilleures chansons. Bon, OK, c'est vrai que le précédent album, Born In The U.S.A., on ne peut pas dire que le titre était d'une originalité dinguissime. D'ailleurs, à propos de ce précédent album (1984), il fut un succès monumental et mondial, parlez du Boss (qui n'a jamais aimé ce surnom) à quelqu'un, nul doute qu'il commencera à brailler Booooooorn in'zeu youhéééésssaiiiii en se prenant pour un dockeur du Havre en grêve. A moins de tomber sur un fan absolu du Boss qui, pour faire le subtil, citera Darkness On The Edge Of Town, The Ghost Of Tom Joad ou The Wild, The Innocent & The E Street Shuffle, ça ne peut pas louper. L'album de 1984 fut un traumatisme, un sommet de pop/rock 80's produit comme un malade, jouissif, rempli de hits, et qui sera suivi d'une tournée triomphale. En 1986, le Boss sort un coffret de 5 vinyles (ou 3 CDs), Live/1975-1985, qui regroupe le meilleur de 10 années de présence scénique (même si, en fait, l'album aurait mieux fait de s'appeler Live/1978-1985, vu qu'il n'y à qu'un seul titre issu de concert de 1975 dessus). Malgré un prix d'achat aussi élevé qu'un ordinateur, le coffret, génial, sera une grosse vente.

BS2

 

On attend l'album studio suivant avec impatience depuis 1985. Il sort en 1987, dure 46 minutes, est produit par le Boss, Jon Landau et Chuck Plotkin, et a été enregistré entre Los Angeles, New York et le New Jersey, avec le E-Street Band qui, depuis 1985, a Nils Lofgren (guitare) en remplacement de 'Miami' Steve Van Zandt. L'album marchera bien, on parle de Springsteen et son aura n'est pas retombée (elle le sera après le disque et les 5 ans d'attente avant les deux suivants cités plus haut). Mais Tunnel Of Love a beau offrir des chansons purement exceptionnelles (il m'aura fallu du temps pour l'admettre), il n'est pas exempt de défauts. Le principal, le plus lourd, le plus dommageable, c'est la production. On est en 1987, ça s'entend à moooohooort. Synthés, drum machine, son de casserole cabossée, le seul truc qui nous est évité ici est la programmation, l'album étant, dans l'ensemble, constitué de chansons musicalement assez rock, certaines sont même calmes, tristes : Tougher Than The Rest, Valentine's Day, When You're Alone, Walk Like A Man. Pourtant, le premier morceau, le très court (à peine 2 minutes) Ain't Got You, mène sur une fausse piste. On dirait du rockabilly décomplexé, léger comme une bulle de savon, trépidant et mid-tempo en même temps, assez réjouissant. Produit à l'ancienne, qui plus est. Mais Tougher Than The Rest, triste et pesant comme c'est pas permis (mais sublime aussi, et malgré les synthés peu subtils) va remettre les pendules à l'heure. Cet album est curieux. C'est à la fois Born In The U.S.A. et Darkness On The Edge Of Town (qui était le pendant sec comme un coup de trique de Born To Run le surproduit), c'est à la fois un disque qui veut sonner à la page (la production, en 1987, ne semblait certainement pas aussi moyenne qu'en 2020) et faire plus sérieux, plus mûr, plus adulte que la collection de hits pop/FM du précédent album (même si le morceau-titre n'était pas aussi con-con qu'imaginé, loin de là même). 

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C'est amplement réussi : Brilliant Disguise, Spare Parts, Cautious Man, All That Heaven Will Allow, le morceau-titre sont de parfaites petites tueries rock ou pop, calmes ou nerveuses, avec plus de sens qu'une sempiternelle chanson sur le thème il fait beau, c'est chouette la vie, viens on va danser. Bon, un exégète en Boss me dira que ce n'était pas vraiment le thème de la majeure partie, voir l'ensemble, des chansons du précédent opus, c'est vrai. Mais c'est le thème de pas mal de tubes FM de l'époque, et on voit donc que tout en sacrifiant à la mode musicale, le Boss a su éviter les écueils comme un fier marin-pêcheur morbihanais. Il aurait pu sombrer dans la mélasse avec Tunnel Of Love, il n'en est rien. Les 12 chansons de cet album qui prend son temps pour se faire aimer, et qui est malheureusement en partie miné par ses sonorités tu sais de tous ces jours y'à rien que je regrette mais parfois je retourne en 1987, les 12 chansons sont toutes vraiment remarquables. Il y à la Springsteen Touch ici, et rien que Brilliant Disguise fait que l'album mérite amplement la (re)découverte, c'est un des plus attachants, au final, du Boss. Un disque qui fut fait sans qe trop de morceaux soient composés durant les sessions, d'ailleurs, à peine une vingtaine comparé aux 80 du précédent opus. Le Boss a eu un peu de mal à le faire, apparemment, tout comme on a parfois un peu de mal à l'aimer, j'en témoigne. Mais finalement, quel album !

FACE A

Ain't Got You

Tougher Than The Rest

All That Heaven Will Allow

Spare Parts

Cautious Man

Walk Like A Man

FACE B

Tunnel Of Love

Two Faces

Brilliant Disguise

One Step Up

When You're Alone

Valentine's Day