DG1

En 1978, David Gilmour, guitariste de Pink Floyd, décide de se lancer en solo. Si on excepte Syd Barrett (qu'il a définitivement remplacé au sein du groupe en 1968) qui, en 1969/70, a accouché dans la douleur (problèmes psychologiques, etc) de deux albums studios, fortement aidé en cela par Gilmour, justement, et si on veut bien excepter et oublier l'album fait par Roger Waters et Ron Geesin (spécialiste de la musique contemporaine ayant bossé avec le Floyd en 1970 sur Atom Heart Mother) en 1970 (Music For The Body), c'est la première fois qu'un membre du Floyd se lance ainsi en solo. Enregistré en 1977, à l'époque où le groupe sort Animals, ce premier album de David Gilmour s'appelle, sobrement, David Gilmour. C'est le premier album d'une série de trois, faits avec un très grand laps de temps entre chaque (About Face, le deuxième de ses albums, date de 1984, et On An Island, son troisième et à ce jour dernier, date de 2006). Ce premier album a été enregistré entre décembre 1977 et janvier 1978 (il sortira en mai) dans un studio que le groupe, par la suite, occupera pour faire The Wall (qui, au moment de l'enregistrement de ce premier opus de Gilmour, est encore un projet enfoui dans le crâne de Roger Waters) : le studio Super Bear, situé dans les hauteurs de Nice, en France. Gilmour a toujours adoré la France, d'ailleurs About Face aussi sera enregistré en France (et avant de faire partie du Floyd, Gilmour a un temps bossé en France). David Gilmour offre 9 titres, pour un total de 46 minutes dans sa version vinyle. Car ce qu'il faut savoir, c'est qu'en 2006, l'album sera réédité, et que c'est réédition CD offre des versions légèrement plus longues de certains titres, faisant passer l'album à 48 minutes.

DG2

Pour ce disque, Gilmour s'est fait plaisir : il a enregistré l'album avec deux musiciens peu connus, mais ayant, autrefois (dans les années 60, avant Pink Floyd), fondé un éphémère groupe de rock avec lui, Jokers Wild : le bassiste Rick Wills et le batteur Willie Wilson. Si ce dernier est vraiment peu connu, l'autre se fera un nom, temporairement, en faisant partie, dès 1979, de Foreigner, jusqu'en 1991. Il a aussi fait partie des Small Faces (1977/78), de Bad Company, Roxy Music (en live seulement : Viva ! en 1976), et a accompagné Peter Frampton. Bon, l'album, maintenant. Autant le dire, si About Face est réussi et On An Island magnifique, David Gilmour, pour un premier album, en jette, largement. S'ouvrant sur un instrumental mélodique (Mihalis) et offrant par la suite de pures pépites blues/progressives telles que Cry From The Street ou le définitivement trop court (3,40 minutes) I Can't Breathe Anymore, ce premier opus, sorti sous sa sobre pochette (Gilmour et ses copains, posant devant une maison, dans un jardin, sous la neige), est quasiment parfait. Musicalement parlant, David Gilmour est limite plus en forme, niveau guitare (notamment sur trois instrumentaux saisissants, Mihalis, donc, mais aussi Raise My Rent et Deafinitely),qu'au sein du Floyd à l'époque (Animals, 1977) ! Certains titres sonnent totalement comme du Floyd, d'ailleurs, en plus sobre, mais dans l'ensemble, on sent que Gilmour a essayé de faire son truc, de se lâcher, de quitter un peu la sphère floydienne. Un morceau comme So Far Away aurait très bien pu se retrouver sur un disque du groupe, moins There's No Way Out Of Here ou No Way.

DG3

Ce premier opus solo est donc une totale réussite, le genre de disque qui ne devrait logiquement pas payer de mine, mais qui, au final, s'impose comme un des meilleurs albums de Gilmour, Pink Floyd et carrière solo compris. Si vous aimez ce guitariste de grand talent, si vous aimez Pink Floyd (et même si vous n'êtes pas particulièrement fanatique du groupe, d'ailleurs), je vous conseille l'écoute de ce disque qui, à sa sortie, fut d'ailleurs très bien accueilli par la presse. Ce disque était de plus, pour Gilmour, l'occasion de renouer avec ses deux anciens complices de l'aventure Jokers Wild, petit groupe à la carrière éclair fondé avant qu'il ne rejoigne Pink Floyd. C'est étonnant, d'ailleurs, qu'il n'ait pas sorti le disque sous le nom de son ancien groupe ! David Gilmour, pour finir, est donc un excellentissime album solo, et sans doute un des meilleurs premiers albums qui soient.

FACE A

Mihalis

There's No Way Out Of Here

Cry From The Street

So Far Away

FACE B

Short And Sweet

Raise My Rent

No Way

Deafinitely

I Can't Breathe Anymore