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En 2012, Bruce Springsteen sortait son dernier album, Wrecking Ball, un disque sombre et réaliste sur la crise économico-sociale mondiale et ses ravages. C'était le troisième album de suite qu'il faisait et qu'il dédiait à un de ses proches décédés (après Magic, en 2007, dédié à un de ses assistants et roadies, et amis de toujours, Terry ; et après Working On A Dream, 2008, dédié au claviériste (orgue, essentiellement) et accordéoniste du E-Street Band, Danny Federici, lui auss ami de toujours, mort de maladie peu après l'enregistrement), en l'occurrence, il s'agissait de Clarence Clemons, saxophoniste du E-Street Band, un de ses grands potes, mort brutalement (arrêt cardiaque, je crois) après l'enregistrement de Wrecking Ball. Et voici le nouvel album de Bruce Springsteen. Personne n'est mort, dans ses proches, entre temps, ou si c'est le cas, il n'en parle pas, donc, rassurez-vous. Ce nouvel album du Boss est, selon lui, une sorte d'anomalie : c'est un disque constitué de reprises, de chansons issues de sessions d'autres albums (ce qui explique que Federici et Clemons jouent sur certains titres), et de chansons jouées en studio pour la première fois, mais ayant été auparavant testées en live. On a aussi une reprise d'une ancienne chanson du Boss, The Ghost Of Tom Joad (à la base issue de l'album du même nom, sorti en 1995, un disque acoustique à la Nebraska). Autre chanson déjà bien connue, American Skin (41 Shots), chanson faisant sa première apparition en version studio, mais ayant auparavant été jouée live à de maintes reprises (et pour la première fois, en 2001 ; on peut l'entendre sur Live In New York City. La chanson parle de la mort brutale (abattu de 19 balles, mais on en a tiré 41 !) d'un jeune immigrant guinéen, Amadou Diallo, tué par la police new-yorkaise en 1999, il n'était pas armé, n'avait rien à se reprocher (pas de casier...), une grosse bavure. Durant le Wrecking Ball Tour, le Boss la rejouera souvent, pour protester à sa manière contre un autre fait divers, la mort de Trayvon Martin.

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Ce nouvel album de Bruce Springsteen, je vais donc en parler dès à présent après cette petite intro qui expliquait vaguement en quoi c'est un disque à part. Déjà, donner son nom : il s'appelle High Hopes. Il dure 56 minutes, pour 12 titres, et on peut le trouver, chez certains magasins ou sur certains sites (sur Wikipédia, il est dit que c'est exclusivement sur Amazon.com, mais c'est faux, car je l'ai acheté récemment dans un magasin culturel du nom du Grand Cercle, à Eragny dans le 95, et j'ai chopé cette édition collector sans problème, c'est même la seule qu'ils avaient), dans une version collector avec, glissé avec la pochette, un DVD musical proposant 66 minutes de live enregistré à Londres en 2013, et proposant, dans l'ordre, les 12 titres de l'album mythique de 1984 Born In The U.S.A., chouette accompagnement. Niveau accompagnement, justement, le Boss est bien entouré, sur High Hopes, il a repris celui qui avait collaboré sur certains titres sur Wrecking Ball et avait été aussi sur la tournée de l'album, le guitariste Tom Morello, ancien leader de Rage Against The Machine. Il tient la barre sur un plus grand nombre de titres (un peu plus de la moitié de l'album : 7) que sur le précédent opus. On a aussi le E-Street Band (Roy Bittan, Max Weinberg, Garry Tallent, Nils Lofgren ; Steve Van Zandt, ancien guitariste du groupe, est là aussi, mais essentiellement dans des choeurs vocaux), ainsi que la femme du Boss (Patti Scialfa) dans les choeurs. Le producteur de l'album est Ron Aniello (le Boss co-produit) et est, musicalement, aussi là, à la basse, la guitare, l'orgue, des choeurs... ça dépend des titres.On a aussi deux-trois titres produits par celui qui, à de nombreuses reprises, a assuré la production de Springsteen (et aussi de Pearl Jam, notamment, ou de Rage Against The Machine) : Brendan O'Brien.

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Lancé par High Hopes, reprise d'une chanson de Scott O'Connell (très efficace) et que le Boss avait déjà faite en 1995 pour un EP, l'album est franchement remarquable. Reprises d'autres artistes (peu au final : trois en tout) ou chansons jouées live et présentes pour la première fois en album (ou chansons inédites et issues d'anciennes sessions), quasiment tout est d'un niveau sublime. Je n'aime absolument pas Heaven's Wall, chanson très (trop) religieuse, christique, au refrain répétitif et usant, mais mis à part ça... Les deux autres reprises de chansons d'autres artistes sont Just Like Fire Would, des Saints (groupe de punk australien), très efficace et mainstream, et Dream Baby Dream, de Suicide, groupe minimaliste proto-punk dont est fan le Boss, notamment (chez nous, Christophe, notre fameux moustachu, est un fan déclaré depuis des années), et qu'il reprenait en live assez souvent, une reprise qui achève le disque avec émotion, très belle (et, comme toujours avec les chansons de Suicide, troublante). Après, il y à les deux chansons déjà bien connues que sont American Skin (41 Shots) et The Ghost Of Tom Joad, toutes deux, ici, longues de plus de 7 minutes. La première est ici pur la première fois en enregistrement studio, et est tout aussi percutante que ses versions live. La seconde existait déjà en studio (1995, album du même nom que la chanson) et est ici en une version absolument tétanisante, très rock (Tom Morello, qui chante une partie de couplet, est en forme !), on en sort groggy. Pour moi, le sommet de l'album. Lequel album contient quand même de vraies merveilles, rock (Harry's Place, High Hopes) ou plus calmes (The Wall, This Is Your Sword aux accents celtiques, Down In The Hole avec les enfants Springsteen aux choeurs). Au final, je ne vous qu'une seule mauvaise chanson ici, et le reste est d'un excellent niveau, faisant de cet High Hopes un très très bon cru de Springsteen, peut-être pas son meilleur album, mais un album du niveau, selon moi, de Wrecking Ball, le précédent opus, et il faut savoir que ce dernier était vraiment, vraiment bon (à deux chansons près). Si vous aimez le Boss (qui mérite vraiment ce surnom affectueux), vous savez ce qu'il reste à faire. Personnellement, je sens que, comme c'était déjà le cas des deux précédent opus (Wrecking Ball et, avant, Working On A Dream), cet album va rester longtemps dans ma tête, concernant Springsteen, que je vais plus souvent l'écouter que les classiques écoutés et appris par coeur de la glorieuse période 1974/1984. Ah oui, ça, je le sens gros comme un centre commercial parisien.

High Hopes

Harry's Place

American Skin (41 Shots)

Just Like Fire Would

Down In The Hole

Heaven's Wall

Frankie Fell In Love

This Is Your Sword

Hunter Of Invisible Game

The Ghost Of Tom Joad

The Wall

Dream Baby Dream