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Il fallait bien que, tôt ou tard, ça arrive, et c'était déjà arrivé en 1980 : un mauvais album de Nino Ferrer. C'était La Carmencita, album inutile constitué essentiellement de reprises de ses anciennes chansons (et de chansons inédites, moins nombreuses, et vraiment pas glorieuses). Puis Nino s'était quelque peu refait une santé via Ex-Libris en 1982 (très bon), avant de légèrement replonger en 1983 avec Rock'N'Roll Cowboy, album sympatoche, mais vraiment mineur. Puis, plus rien. Ou presque : Nino entreprendra de monter un spectacle musical sur le Déluge, mais ce projet, apparemment, capotera. Trois chansons écrites pour ce spectacle se retrouveront, en 1986, sur un album au titre vraiment banal (mais disant vrai), vu que l'album s'appelle 13ème Album. Et que c'est son treizième album studio. Si. Sous sa pochette toute noire au lettrage sobrissime et avec, au centre, une banane à moitié pelée dans une sorte de petit halo de lumière se cache un disque méconnu, autrefois commercialisé, en CD, en pack avec l'album précédent (Rock'N'Roll Cowboy, donc ; les deux albums sur un seul CD), et qui, dans le coffret intégrale de 2013, a droit à son petit CD pour lui tout seul (contrairement aux précédents opus), un des rares albums de Nino, avec La Désabusion, La Vie Chez Les Automobiles et le live Concert Chez Harry (tous sortis après 1986), a avoir droit à ce traitement de faveur. 13ème Album sent bon le milieu des années 80, les production assez musclées, riches, et qui, autant le dire, vieillissent très mal. Autant le dire aussi, mais vous avez dû vous en rendre un peu compte en lisant la première phrase de l'article ("c'était déjà arrivé..."), cet album de 1986 est le moins réussi, et de loin, de toute la carrière de Nino Ferrer. Il est tellement mauvais que je le classe dans les ratages, ce que je n'avais pas fait pour le pourtant très médiocre La Carmencita (mais pour lui, c'était de justesse).

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Une chose amusante avec cet album : il se termine par une reprise d'une ancienne chanson de Nino (c'est pas la première fois que Nino plaçait, sur un nouvel album, une reprise d'une de ses anciennes chanson, d'ailleurs), L'An 2000. Cette chanson a d'abord été enregistré en 1972 et se trouve sur l'album Nino Ferrer & Leggs (sorti en 1973). Au moment de sa création, il restait 28 ans avant d'arriver en l'an 2000. La seconde version, elle, date de 1986, soit 14 ans après la première, et 14 ans avant l'an 2000, pile poil au milieu. Comme si Nino s'était dit on est à mi-parcours, je vais donc refaire la chanson pour le coup. Sinon, c'est une sacré belle concordance de date, non ? Pile poil au centre, en terme de nombre d'années, entre la première version et le temps qu'il restait alors avant d'arriver à l'an 2000 (année que Nino ne connaîtra jamais, il s'est donné la mort en 1998) ! Cette reprise est moins bonne que l'originale, mais pas honteuse, et elle finit bien l'album, d'autant plus que le morceau précédent, L'Arche De Noé (une des trois chansons dont j'ai parlé plus haut, issues d'un spectacle qui ne se fera pas, du moins, il me semble), est excellent. Quant aux deux autres chansons issues du spectacle, ce sont les deux chansons d'encore avant (bref, quasiment toute la face B, excepté L'An 2000, est constituée de ces chansons issues d'un spectacle avorté), à savoir Création (8,30 minutes interminables sur la Genèse) et Chita Chita (épouvantable chanson au sujet de laquelle je me refuse à dire un mot de plus).

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Le reste de l'album, la face A, donc, est dans l'ensemble assez, voire même franchement, médiocre : Sigaro Blu, qui s'inspire de l'air de Figaro (Le Barbier De Séville, je crois) est ridicule, L'Homme Qui A Vu L'Homme Qui A Vu L'Homme Qui A Vu Le Blues est aussi con que son titre à rallonge, New York 85 est la moins atroce du lot, mais rien de vraiment réjouissant non plus (disons que sur cette chanson assez calme, Nino est plutôt convaincant, sauf quand il braille va me chercher du chocolaaaaaat !), Sodome Et Gomorrhe et L'Année De La Comète sont interprétées par un Nino Ferrer légèrement psychotique sur les bords par moments (sa voix en devient hystérique, hargneuse comme rarement, L'Année De La Comète en devient limite flippante vers la fin), et ces deux chansons aussi ne sont pas abominables, mais clairement pas d'un bon niveau. 13ème Album est donc, dans l'ensemble, tout du long de ses 38 minutes, un album hautement médiocre, très très mineur, et je ne le conseille qu'à celles et ceux qui ont écouté et étudié le reste de ses albums, et n'ont pas peur de se retrouver, une fois n'est pas coutume, avec du mauvais Nino Ferrer. Car, vraiment, mis à part deux titres convaincants et un autre qui l'est à peu près, c'est vraiment mauvais, ici. A oublier, quoi. Mais on pardonne à Nino, car son album suivant, qu'il ne fera cependant pas avant 1993 (La Désabusion), sera, lui, un authentique chef d'oeuvre méconnu.

FACE A

Sigaro Blu

L'Homme Qui A Vu L'Homme Qui A Vu L'Homme Qui A Vu Le Blues

New York 85

Sodome Et Gomorrhe

L'Année De La Comète

FACE B

Création

Chita Chita

L'Arche De Noé

L'An 2000