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Et c'est reparti pour une petite musique de film ! Enfin, petite... pas exactement, pour l'album qui nous intéresse ! Car comme je le disais en introduction de ma précédente (en 2013) chronique sur cet album, car il s'agit ici d'une réécriture, il y à trois catégories de bandes originales : les bandes originales, les bonnes bandes originales, et les chefs d'oeuvres du genre. Un peu facile, je sais, de dire ça. Bon, en tout cas, cette  bande originale fait clairement partie de la dernière catégorie. Cet album est si important et réussi qu'il a été, en 2014, intégré à la sacro-sainte Bibliothèque du Congrès des USA, dans le Registre National des Enregistrements, en raison de son importance musicale, historique ou culturelle. Je ne sais pas si le film dont l'album est la bande-son, film réalisé par Gordon Parks, a lui aussi été inclus dans un des Registres de la Bibliothèque du Congrès (celui consacré aux films), mais je pense que ça doit être le cas, car sans être un chef d'oeuvre absolu, c'est un film important, d'un point de vue culturel, et ça reste, malgré son âge (50 ans cette année), un film super agréable à regarder. Film qui sera suivi de deux suites nettement moins abouties et même d'un remake tardif dans les années 2000, qu'il vaut mieux ignorer. Le film original, c'est évidemment Shaft - Les Nuits Rouges De Harlem, et l'album de sa bande-son, évidemment, Shaft, bande originale sortie à la base sous la forme d'un double album (tout tient sur un CD, ça dure 69 minutes), et signée, intégralement, Isaac Hayes. 

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En quoi ce film est-il important ? C'est un des premiers exemples de Blaxploitation (films se passant dans la communauté noire, interprétés intégralement par des acteurs de couleur, et quand il y à des Blancs dedans, souvent ce sont soit des méchants, soit des personnages tellement secondaires qu'ils ne servent à rien), genre cinématographique qui connaîtra un petit succès dans les années 70 et a aidé à faire évoluer les mentalités. Le film est un polar mettant en scène un détective privé, interprété par Richard Roundtree, qui bosse à Harlem, et qui se fait engager par un chef de gang  (trafiquant de drogue) dont la fille a été enlevée. Il va se retrouver au centre d'une guerre entre ce clan et un gang de mafieux blancs... Pour accompagner ce film radical, violent, engagé et prenant, il fallait une bande-son ad hoc. Quoi de mieux que de demander à celui qui aurait pu (mais Roundtree est imparable dans le film) camper un Shaft hallucinant, ou un Bumpy (chef de gang) magistral, rôle tenu par Moses Gunn, j'ai nommé Isaac Hayes. Le grand Isaac Hayes, dont le look est celui que pas mal de rappeurs américains prendront par la suite, grosse chaîne dorée autour du cou et sur la poitrine, lunettes noires, débardeur ou veste léopard, quand il n'est pas carrément torse nu... La cool attitude absolue. Et une voix presque aussi profonde que celle de Barry White. Même si sa voix, on ne l'entend, ici, que sur 3 des 15 titres : Soulsville, Theme From Shaft et Do Your Thing, monumentale pièce montée de 19:30 minutes occupant pour ainsi dire (on a aussi un The End Theme de 2 minutes) toute la dernière face. 

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Rare exemple (avec les deux bandes originales signées Pink Floyd et celles des Beatles) de bande originale fonctionnant parfaitement en-dehors du film, que l'on peut écouter non pas comme une bande originale mais comme un album, en oubliant pourquoi ces morceaux ont été écrits, Shaft est un authentique monument quasi intégralement instrumental, enregistré avec les Bar-Kays, groupe accompagnateur d'Hayes, qui joue des claviers sur l'ensemble de l'album. Morceaux parfois courts, mais quand même d'une durée moyenne de 3 minutes, ils sont tous, du mélancolique Ellie's Love Theme au fantastique Cafe Regio's, en passant par Bumpy's Blues, No Name Bar et l'ahurissant Do Your Thing bien funky, un régal de soul et de funk, qui donne envie de regarder, ou de revoir, le film, qui serait nettement moins grandiose sans cet accompagnement de luxe. D'ailleurs, le film a super bien marché (on en a fait deux suites, et par la suite un remake, ce n'est pas pour rien), mais ce ne sera rien comparé aux ventes de l'album. Bien que double (et donc, souvent, vendu plus cher), ce pur produit Stax Records sera un triomphe commercial, une des plus grosses ventes (si ce n'est la plus grosse) de ce label remarquable dont Hayes était une des figures de proue. La même année, Hayes a sorti deux autres albums. Avant Shaft, il y à eu ...To Be Continued, très réussi, et après, il y aura Black Moses, double comme Shaft (mais bien plus long, 90 minutes) et renversant. Il a failli jouer le rôle-titre du film dont il signe la musique, il apparaît très rapidement dedans, en caméo, et il finira par faire du cinéma aussi, Les Durs en 1974 (avec Lino Ventura !), et Truck Turner la même année, deux films dont il signera évidemment la musique. Faut dire que tout en ayant un talent dingue de compositeur, ce regretté Hayes, mort en 2008, avait aussi un look parfait pour le cinéma...

FACE A

Theme From Shaft

Bumpy's Lament

Walk From Regio's

Ellie's Love Theme

Shaft's Cab Ride

FACE B

Cafe Regio's

Early Sunday Morning

Be Yourself

A Friend's Place

FACE C

Soulsville

No Name Bar

Bumpy's Blues

Shaft Strikes Again

FACE D

Do Your Thing

The End Theme