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On passe maintenant à une grosse pointure de la soul : Marvin Gaye ! Comme toujours, albums studio et live officiels, pas les best-ofs...

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The Soulful Moods Of Marvin Gaye (1961) : Un premier album passe-partout, pour ne pas dire autre chose de moins gentil à son égard. Avec sa pochette elle aussi passe-partout, The Soulful Moods Of Marvin Gaye (par la suite, un autre album portera quasiment le même titre...) n'offre pour ainsi dire que des reprises. Des reprises de standards tels que My Funny Valentine, How High The Moon, Love For Sale ou How Deep Is The Ocean (How High Is The Sky), avec aussi un titre écrit par Berry Gordy (patron de la Motown, et futur beauf' de Marvin), en l'occurrence Let Your Conscience Be Your Guide. Avec ses 33 petites minutes elles aussi passe-partout, ce premir opus ne s'impose vraiment pas parmi les réussites majeures de Marvin, et ne s'impose même pas, tout simplement. Un disque qui est parfois plus de jazz que de soul, aussi, d'ailleurs, le répertoire est notamment de Cole Porter (Love For Sale) ou Irving Berlin. On passe ?

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That Stubborn Kinda' Fellow (1963) : Pour certains, ça démarre là, avec ce disque lui aussi très court. That Stubborn Kinda' Fellow ("Ce mec un peu têtu") offre une dizaine de chansons et parmi elles, Wherever I Lay My Hat (That's My Home), Stubborn Kind Of Fellow et Hitch Hike. Tout en étant nettement supérieur au précédent album, il faut reconnaître que nous ne sommes toujours pas en présence d'un album digne de concurrencer ce que Marvin fera dans les années 70. Vous me direz arrête de déconner, c'est pas le même style de production, c'est différent dans les années 60, plus simple, moins de moyens, etc. Oui, certes. Mais il faut reconnaître que ce deuxième album, tout en étant correct, n'arrive pas à la cheville des futurs classiques de l'Âge d'Or de Gaye, Âge d'Or qui ne démarre, selon moi, pas dans les 60's, quoi qu'on en dise, et quoi qu'en disent les fans de ses chansons de l'époque. Allez, c'est quand même pas mal dans le genre, et plus soul que le précédent opus (qui était assez jazzy).

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Recorded Live On Stage (1963) : Ce premier live de Marvin Gaye, clairement pas le plus connu, est excessivement court : 25 choupinettes de minutes, pas plus ! On y trouve des versions live de Stubborn Kind Of Fellow, Hitch Hike, Pride And Joy, et de cinq autres chansons, dont une que Gaye enregistrera en studio trois ans plus tard (One Of These Days). Recorded Live On Stage est un live à ne conseiller qu'aux fans absolus de Gaye aimant particulièrement son début de carrière. Au risque de paraître paresseux sur ce coup, je préfère m'arrêter là au sujet de ce disque, que je ne possède pas (je ne sais d'ailleurs pas si on peut le trouver facilement ou pas), l'ayant écouté il y à un bail, et dans mes souvenirs, la prise de son était correcte (pour l'époque). Mais rien à voir avec les classiques live de l'époque, et de la soul, comme le fameux live de James Brown à l'Apollo, de la même année.

Marvin Gaye (1964) - When I'm Alone I Cry

When I'm Alone I Cry (1964) : Ca y est, ça le reprend, Marvin Gaye veut se la jouer crooner de jazz plutôt que chanteur de soul ! Avec ce troisième album studio (et quatrième tout court) intitulé, ça ne s'invente pas, Quand Je Suis Seul, Je Pleure, Marvin nous offre plein de chansons (10) aux titres évocateurs : When Your Lover Has Gone, When I'm Alone I Cry, You've Changed, If My Heart Could Sing, I've Grown Accustomed To Her Face, Because Of You... Dans l'ensemble, cet album est assez, et même plutôt médiocre, en tout cas, je ne l'aime absolument pas, et je ne le conseille à personne. Le pire de Gaye ? Si on peut utiliser le terme de 'pire', oui, même si ça me semble quand même sévère. Disons qu'entre ce disque et le tout premier, je ne sais pas lequel est le moins bon, mais avec eux deux, on tient en effet la partie faiblarde de sa discographie. L'album suivant n'est pas reluisant non plus, d'ailleurs.

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Hello Broadway (1965) : Un album de reprises de standards, essentiellement de chansons de Broadway, de musicals. A l'époque, Marvin veut être un crooner de jazz/swing et de rhythm'n'blues, plus qu'un chanteur de soul, la preuve en est avec le précédent opus. Hello Broadway est un peu meilleur que When I'm Alone I Cry, mais pas non plus un disque à s'en péter les dents tellement c'est du bonheur auditif. Ici, entre Hello Dolly !, Walk On The Wild Side (inutile de le préciser, même si, comme un con, je le fais, que ça n'a rien à voir avec Lou Reed, qui, en 1965, est encore un inconnu), My Way, What Kind Of Fool Am I ?, The Party's Over et Hello Broadway, c'est un disque sans grande âme, 33 minutes bien enregistrées, bien produites, mais à des années-lumière des futurs grands albums que Gaye fera. Rien, à l'époque, ne permet donc de se dire à quel point Marvin sera grand.

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How Sweet It Is To Be Loved By You (1965) : Retour à de la soul avec ce disque à la pochette et au titre ("Que c'est doux d'être aimé par vous") totalement banals. Plusieurs chansons sont de qualité ici, il faut bien le dire, comme la chanson-titre, Try It Baby, You're A Wonderful One ou Baby Don't You Do It (les quatre premières de l'album, mais pas dans cet ordre-là sur la face A). 12 titres en tout sur ce disque qui ne révolutionnera absolument pas le genre (dans les années 60, dans l'avant-What's Going On donc, Marvin fera nettement mieux, mais il a aussi fait "pire") mais se laisse écouter, à condition d'aimer la soul Tamla/Motown de l'époque, bien sucrée, chansonnettes de 2,30 minutes aux sujets interchangeables et aux orchestrations idem. On n'en est pas encore à parler de sujets graves et sérieux. Pour ça, patientez encore six ans.

 

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A Tribute To The Great Nat "King" Cole (1966) : Ca y est, ça lui reprend encore ! Du jazz, du swing, plutôt que de la soul ! Putain, Marv' ! C'est pas que je n'aime pas le jazz (encore que le jazz vocal, c'est pas mon kif, je préfère le jazz instrumental à la Miles Davis, John Coltrane ou Duke Ellington), mais quand on fait de la soul, on fait de la soul, pas du jazz. Bon, le fait est que ce disque de reprises de standards de Nat "King" Cole (lequel était, dans le genre, un grand) est plutôt bon, pas grandiose, mais cet album est sans aucun doute le meilleur album de Gaye pour l'époque, si, si. A Tribute To The Great Nat "King" Cole, 35 minutes (36, quasiment) offre notamment Mona Lisa, Unforgettable, Ramblin' Rose, Nature Boy ou It's Only A Paper Moon, et si vous aimez le jazz vocal teinté de rhythm'n'blues, vous aimerez sûrement. La pochette est remarquable, pas originale pour un centime d'euro, mais vraiment sympathique (et assez jazzy dans l'âme, les pochettes de jazz sont souvent dans ce genre). Pas un disque à écouter en particulier, surtout si vous ne connaissez pas encore les albums de l'ère 1971/1982, mais c'est quand même pas mal du tout du tout du tout.

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Moods Of Marvin Gaye (1966) : Ah-ah. Ca devient intéressant. Oui, parce que ce disque au titre sensiblement pareil à celui du premier opus (faut juste virer le mot 'soulful', les mecs) est une réussite. Si le précédent album était, selon moi du moins, le premier à être un peu plus que correct (pas encore génial, mais plus qu'écoutable), The Moods Of Marvin Gaye est, lui, vraiment bon, réussi. On y trouve I'll Be Doggone, Little Darling (I Need You), Ain't That Peculiar, One For My Baby (And One More For The Road), Take This Heart Of Mine, et la production est signée, notamment, Smokey Robinson, Brian Holland et Clarence Dozier. Ce disque a été conçu afin de faire de Marvin (qui, en cette même année, enregistre une chanson qui ne sortira qu'en 1968 en single, I've Heard It Through The Grapevine) une star de la soul, et la mission est pour ainsi dire accomplie. Cet album est clairement le premier indispensable de l'artiste, si ça vous intéresse !

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In The Groove (1968) : Enregistré entre 1967 et 1968, cet album offre I've Heard It Through The Grapevine (inutile de revenir sur ce hit monstrueux, grandiose, majeur), You, Loving You Is Sweeter Than Ever et Chained, ce qui ne l'empêche pas d'être moins réussi que Moods Of Marvin Gaye. On est ici en présence du syndrôme du successeur d'un carton, un disque attendu, et boosté par une ou deux chansons immenses (You, et le fameux hit cité en premier ici), mais qui, finalement, déçoit un tantinet. Sans aller jusqu'à être aussi anodin que les premiers albums, hein, car In The Groove, parfois renommé I've Heard It Through The Grapevine, est quand même un très bon album. On notera sa courte durée, 27 minutes (le précédent opus en faisait 36 !), ce qui, dans un sens, n'est pas plus mal, car certaines chansons ici auraient souffert d'être plus longues que la sempiternelle durée de 2,20 minutes (sur les 12 titres, 10 font moins de 3 minutes !). A réserver aux grands fans.

Marvin Gaye (1969) - M_P_G_ (A)

M.P.G. (1969) : Le titre est étrange, ce sont les initiales du nom complet de l'artiste, Marvin Pentz Gaye Junior. C'est aussi une abréviation utilisée pour dire miles per gallon, allusion à la consommation en carburant d'un véhicule ! Sous ce titre et cette pochette intimistes (une photo n & b de Gaye, sobre, et le titre en signature) se cache un excellent album, peu connu, moins grandiose que Moods Of Marvin Gaye et que la majeure partie des albums qui suivront, mais tout de même un très bon album de soul (plus ou moins psychédélique, si si). M.P.G. offre notamment, tout du long de ses 36 minutes, Too Busy Thinking About My Baby, That's The Way Love Is (non seulement cette chanson sera recasée sur l'album suivant, mais l'album suivant lui devra son nom !) et This Magic Moment. Encore une fois un disque à réserver aux vrais fans, mais c'est vraiment un album très correct. Meilleur que le suivant, qui est...

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That's The Way Love Is (1970) : Le titre de l'album vient de la chanson du même nom, déjà présente, comme je l'ai dit plus haut, sur M.P.G., et que Gaye a recasée ici, on ne sait pourquoi vraiment (il l'aimait sans doute beaucoup !). Dernier album avant le quintessentiel What's Going On et le début de l'Âge d'Or, ce premier opus 70's de Gaye n'est pas un triomphe, et encore une fois, rien ou presque ne permet de se dire, à l'époque, que la suite sera si grandiose. That's The Way Love Is offre Groovin' (reprise des Rascals), Cloud Nine, How Can I Forget, Yesterday (des Beatles !), That's The Way Love Is, I Wish It Would Rain. Et d'autres reprises, car tout, ici, est constitué de reprises. La pochette est bleutée, un peu comme l'ambiance de l'album, en général. Une très belle pochette, d'ailleurs mais là n'est pas la question. Dans l'ensemble, ce dernier album avant la consécration ultime est un peu anodin, pas désagréable, mais Marvin a fait mieux avant, et il fera tellement mieux après...

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What's Going On (1971) : Que dire ? La quintessence absolue de la soul, et pas seulement de Marvin Gaye. Le meilleur album de soul au monde, 35 minutes de bonheur (même, c'est beaucoup trop court...), un disque sensationnel et, pour l'époque, novateur : de la soul, certes, mais qui réfléchit, un disque engagé, Marvin y parle de came, de la guerre du Vietnam (son frangin y a été), de la religion et de Dieu, de l'écologie, des ghettos, des problèmes raciaux, des enfants qu'on maltraite, de notre société qui part en couilles. A l'époque, un artiste Motown se devait quasiment de ne chanter que des bluettes de 2,30 minutes, avec moult orchestrations, des chansons passe-partout (Marvin en a fait plus que sa part !), et chez Motown, justement, on ne verra pas d'un très bon oeil cet album, considéré comme un suicide artistique. Mais What's Going On sera un succès critique et commercial, et fera date. A noter, le mix original de Marvin Gaye, refusé par la Motown et remplacé par un plus 'policé', est disponible sur l'édition DeLuxe, double CD (sur le CD 1, à la suite du mix définitif ; et le CD 2 offre un live dantesque de 1971 au Kennedy Center de Washington, sur lequel on entend quasiment tout l'album) ! Mais le mix définitif de la Motown est, finalement, meilleur.

Marvin Gaye (1972) - Trouble Man (A)

Trouble Man Soundtrack (1972) : Album remarquablement peu connu, qu'on trouve très facilement, c'est la bande-son (l'unique de Marvin Gaye) d'un film aujourd'hui (très justement !) oublié, Trouble Man, un film de blaxploitation comme il s'en faisait des kilomètres de bobines à l'époque. Certains d'entre eux sont géniaux, d'autres, comme celui-ci, sont vraiment mauvais. Heureusement, l'album est une réussite, 38 minutes efficaces avec notamment Trouble Man, une des meilleures chansons de l'artiste. Fonctionnant totalement en tant qu'album, ce disque est, ne l'oublions cependant pas, une bande originale de film, ce qui signifie des morceaux, des fois, courts, reprenant, aussi, parfois, le même thème musical, en variations. Mais on reconnaît là les grandes bandes originales de film (et dans le même registre et la même période, Superfly par Curtis Mayfield et Shaft par Isaac Hayes sont à écouter obligatoirement) au fait qu'elles fonctionnent aussi parfaitement sans le film qu'elles sont censées accompagner. Trouble Man, bien que peu connu, est donc une réussite de plus pour Gaye, un album coincé entre deux sommets, un peu oublié, mais à redécouvrir urgemment. En revanche, je le redis : oubliez charitablement le film !

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Let's Get It On (1973) : Après l'amour de l'autre (What's Going On) en version morale, place à la version physique. Très court (31 minutes et autant de secondes, enfin, environ, pour les secondes...), Let's Get It On est un album, en effet, très sensuel, et même sexuel. Le premier album authentiquement chaud bouillant de Marvin Gaye, qui, auparavant, faisait certes des chansons parfois sensuelles, mais sages (années 60 oblige). Là, tout du long des 8 titres, c'est un hymne à la grande tringle universelle, des chansons qui suintent les fluides corporels (You Sure Love To Ball et ses choeurs, hmm, suggestifs), et parmi ces chansons, outre celle que je viens de citer (dans le genre, un classique), on a Let's Get It On, Distant Lover, Keep Gettin' It On, Please Stay (Once You Go Away) ou Just To Keep You Satisfied (dans laquelle il semble règler un petit compte avec sa femme Anna, frangine de Berry Gordy, patron de la Motown, et avec qui il finira par divorcer peu après). Pour moi, je vais être clair, c'est le deuxième meilleur album de Marvin Gaye. Et quelle pochette ! Peu originale (au verso, c'est comme au recto), mais elle est très réussie quand même.

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Marvin Gaye Live !  (1974) : 43 petites minutes (pour un live, c'est toujours quelque chose de dramatique, je trouve...), et c'est selon moi le seul défaut de ce Marvin Gaye Live ! (OK, le titre aussi est un défaut, qu'il est banal...) mis à part ça franchement grandiose. Le meilleur live de Gaye ? Le double de 1977 est selon moi plus réussi encore (parce que double, gnia gnia gnia), mais ici, sur ce live enregistré pendant la tournée de Let's Get It On, on a du lourd : Trouble Man, Keep Gettin' It On, Let's Get It On, Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) , What's Going On, un medley de 11,30 minutes de ses anciennes chansons (et caustiquement nommé Fossil Medley !)... A l'époque peu confiant en lui-même sur ses capacités à assurer en public (il doutait beaucoup de lui, et je crois que le concert donnant lieu à ce live, donné à Oakland en Californie, sera annulé, puis, finalement, donné, Marvin ayant changé d'avis), Marvin Gaye, devenu un dieu de la soul, livre le meilleur de lui-même.

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I Want You (1976) : Let's Get It On était sexuel, I Want You, sous sa sublime pochette, ne le sera pas moins. Un grand disque de plus pour Marvin, qui livre ici quelques chansons tout simplement tuantes (Come Live With Me Angel, I Want You, After The Dance, Feel All My Love Inside). Inspiré par sa relation avec Janis Hunter, Marvin est encore une fois en état de grâce, on lui pardonnera juste ces quelques titres très courts (les Intro Jam de I Want You, I Wanna Be Where You Are) qui rajoutent certes trois morceaux à l'album, mais ne changent pas trop sa nature ; l'album serait selon moi tout aussi bon sans ces courts titres ! Il serait un peu plus court, certes (il dure, déjà, un peu moins de 38 minutes), mais pas moins bon. Beau succès commercial à sa sortie, sans être aussi mythique que les deux précédents opus studio (je ne compte pas Trouble Man parmi eux, il est un peu à part), mais il se vendra très très bien (un million rien qu'aux USA, ça vous semble correct ? ah ah !), et il reste, après toutes ces années, un des meilleurs albums de soul qui soit, un chef d'oeuvre de plus pour Marvin Gaye.

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Live At The London Palladium (1977) : Enregistré en 1976 durant la tournée de I Want You, ce double live de 71 minutes (tout tient donc sur un seul CD de 13 titres (12 sur le vinyle, car une courte plage audio d'une minute constitué de Marvin remerciant le public et ses musiciens est sur le vinyle, mais pas séparée du reste). Morceaux tuants (Let's Get It On, Come Get To This, Trouble Man) et présence de trois medleys : deux sur la face 2 (chacun dure presque 10 minutes !) et un de 11,40 minutes sur la face 3. Le premier medley est centré sur des anciennes chansons telles Pride And Joy ou You, le second, sur l'album What's Going On, et le dernier, sur d'autres anciennes chansons, comme Ain't No Mountain High Enough qu'il chantait avec la regrettée Tammi Terrell (morte en 1970). On notera une face 4 entièrement constituée d'un morceau de 11,50 minutes (face 4 très courte, donc !) du nom de Got To Give It Up, sorti en single dans une version considérablement raccourcie (4 minutes !). Premier double album de Gaye, Live At The London Palladium sera un gros, très gros succès, plus qu'I Want You, pour tout dire (en ce qui concerne l'accueil critique, car I Want You, commercialement, avait bien marché). Essentiel.

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Here, My Dear (1978) : Marvin Gaye fut marié à Anna Gordy, soeur de Berry, patron de la Motown. Ils ont divorcé en 1975, Gaye s'est ensuite mis avec Janis Hunter. En 1977, l'avocat de Marvin parvient à convaincre les deux parties (Marvin et Anna) d'arrêter les frais (le divorce étant difficile, coûteux, il s'éternise), et Marvin accepte de reverser une partie des royalties du futur album qu'il fera à sa femme (qui réclame de l'argent en pension alimentaire pour leur fils, Marvin Jr). L'album en question, double (tout tient sur un seul CD de 73 minutes), sort en 1978, et s'appelle Here, My Dear (traduction "Prends-Ca, chérie"). Anna et son frangin Berry n'apprécieront pas l'album, qui est un règlement de comptes de Marvin à leur égard. Un album remarquable et amer, qui sera très sévèrement accueilli par la presse et les fans, l'album sera un échec commercial (ulcéré par ce bide, Gaye refusera de le promouvoir plus que nécessaire), et il lui faudra du temps pour être réhabilité. Pourtant, il y à de grands morceaux ici : Here, My Dear, par exemple, ou le grandiose A Funky Space Reincarnation, qui sera immortalisé, il y à quelques années, dans la pub pour le parfum "J'Adore", de Dior (Charlize Theron marchant, en se désapant, dans un grand couloir style Versailles), ou bien encore When Did You Stop Loving Me, When Did I Stop Loving You et Anna's Song. A l'arrivée, le dernier chef d'oeuvre de Marvin, et un album sensationnel.

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In Our Lifetime (1981) : En 1979, Marvin Gaye avait l'intention de faire un album de disco/funk qu'il aurait appelé Love Man. Des pochettes existent, on connaît les chansons qu'il y aurait eu dessus (Ego Tripping Out  notamment), mais l'album sera avorté, ne sortira jamais. A l'époque, Gaye est dans une merde noire : au bord de la faillite, accro à la coke, en mal-être personnel suite au four commercial et critique de son Here, My Dear (sa charge anti-Anna Gordy, qu'il a fait afin de la remercier d'avoir divorcé d'avec lui, et pour lequel il lui offrait de toucher la moitié des royalties). En 1981, il sort son nouvel album, ce disque, In Our Lifetime, un album aujourd'hui très difficile à trouver (pas réédité depuis des lampions, bonne chance pour le trouver, et pas la peine d'aller à la FNAC pour ça, ça serait vain), un album méconnu, quasiment oublié. Oubliez le 'quasiment', en fait. 8 titres dans sa version originale (parmi eux, Far Cry ou Love Me Now Or Love Me Latter), et 9 sur sa réédition 1994 qui rajoute Ego Tripping Out en premier titre. En 2007, l'album a été réédité en double CD, mais même cette édition est dure à trouver désormais, je crois. L'album est pas mal, pas aussi réussi que le suivant, et largement inférieur à tout ce que Marv' a fait depuis 1971. Un disque, cependant, vraiment bon, à découvrir.

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Midnight Love (1982) : Marvin Gaye est mort en 1984, tué par son pasteur de père (dans un accès de colère, ils s'engueulaient) la veille de son anniversaire. Sinistre cadeau. Deux ans plus tôt, il livrait ce qui restera donc comme son ultime album (par la suite sortiront des compilations posthumes, lives et studios), enregistré en à Ohain, en Belgique (essentiellement), et offrant notamment un de ses plus gros hits, Sexual Healing. Midnight Love (c'est son titre) est un disque sensuel, sexuel, très pop aussi, l'album sera un gros hit, mais sera un peu mal accueilli (en raison de son côté très commercial). Pourtant, bien qu'étant inférieur aux albums de la période 1971/1978 (mais supérieur au précédent), Midnight Love est vraiment un cru correct de Marvin Gaye, un disque de soul de qualité, avec d'excellentes chansons (Midnight Lady, Joy, Sexual Healing). A noter que l'album est sorti sur le label Columbia, et pas sur Motown, qu'il a quitté après In Our Lifetime (vu ce qui s'était passé pendant la période Here, My Dear, ce n'est pas étonnant que Marvin soit parti). Au final, ce dernier album (hélas...) de Gaye est tout sauf honteux, il souffre d'une réputation assez moyenne (commercial, pop, toussa...) mais ça ne signifie pas pour autant que c'est effectivement moyen.Commercial, oui, mais qui a dit que ça signifiait raté ? Après, oui, en effet, Marvin a fait mieux.