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Petit cycle soul sur le blog, ces prochains jours, cycle déjà démarré, d'ailleurs (n'a-t-on pas reparlé, récemment, d'un certain Marvin Gaye, et de Ray Charles ?). J'ai des envies de soul, en ce moment, je ne m'en plains pas, et je me suis rendu compte avec horreur et consternation qu'Isaac Hayes, ce géant de la soul/funk (mort en 2008), était royalement absent du blog. Erreur réparée dès cet article, et il y en aura au moins deux (voire trois !) autres par la suite, qu'on se le dise. Cet album que j'ai décidé d'aborder en premier, d'Isaac Hayes, est son troisième, il date de 1970 et est sorti sous une pochette très emblématique de son époque. Il n'offre que quatre titres (tout comme l'album précédent, Hot Buttered Soul de 1969, qui sera abordé ici d'ailleurs par la suite), et s'appelle The Isaac Hayes Movement. Produit par ses propres soins, l'album, comme le précédent d'ailleurs, n'offre que des reprises. Mais quelles reprises ! Hayes (claviers, chant, arrangements) y fait preuve d'un talent indéniable dans son registre soul sexuelle et sensuelle, sa voix chaude, grave et posée y fait des merveilles. Il y est entouré des Bar-Kays (section rythmique). L'album est plutôt court, 36 minutes, ce qui signifie quand même que les morceaux sont longs, vu qu'il n'y en à que quatre. Pour info, Hot Buttered Soul, avec le même nombre de titres, durait 45 minutes ! Et le suivant, ...To Be Continued (1971), 42 minutes pour cinq titres. Ne comptez pas sur Hayes pour faire des bluettes sentimentales de 2,25 minutes sur la lune en juinà quel point mon amour pour toi est fort.

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L'album s'ouvre sur un morceau de 11,40 minutes, et se termine sur un morceau de 11,40 minutes. Déjà, ça en impose ! Le morceau le plus court, One Big Unhappy Family, n'est pas loin d'atteindre 6 minutes (et est signé Charles Chalmers), très très bonne chanson, mais sans doute la moins grandiose, sans doute à cause de sa durée, ou du fait qu'elle vient juste après un morceau tétanisant. L'album offre aussi une reprise d'un des standards de Burt Bacharach (que les White Stripes, sur leur Elephant en 2003, reprendront aussi), I Just Don't Know What To Do With Myself (7 minutes), qui est absolument magnifique. Mais les deux longues plages ouvrant et refermant l'album sont clairement les sommets. La première s'appelle I Stand Accused (reprise d'un morceau des Impressions, de 1964), et après un prologue parlé de quelques 5 minutes (avec un accompagnement musical de toute beauté) passe, avec moult choeurs féminins, dans une autre dimension. Ca en devient tout simplement indescriptible. Tout aussi indescriptible est le dernier titre, Something, reprise de la fameuse chanson des Beatles signée George Harrison. Choeurs féminins sublimes, violon sensationnel, ambiance suave et vaporeuse, cette reprise est selon moi une des plus belles de cette chanson (avec celle de Joe Cocker sur Mad Dogs & Englishmen et celle faite, au ukulélé, par McCartney et Clapton en 2002, sur le Concert For George), et elle achève en maestria cet album.

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 Gros succès à sa sortie en 1970, The Isaac Hayes Movement est un excellentissime album de soul (teintée de jazz), et ceci, sans être tout de même le sommet de la carrière d'Hayes (Hot Buttered Soul, le précédent, est encore meilleur, la double (mais simple CD) bande-son du film Shaft - Les Nuits Rouges De Harlem en 1971 est un sommet, le double - toujours en CD - Black Moses en 1971 est terrible aussi), vous dire si ce mec a fait de grandes choses. Mais si vous aimez la soul, c'est un disque qu'il vous faut absolument, au moins, écouter. Rien que pour I Stand Accused et Something, qui représentent 23 minutes sur les 36 de l'album (donc, les 2/3 du disque, et sa moitié en nombre de morceaux), The Isaac Hayes Movement est un album ultra recommandé. De toute façon, je pense que de 1969 à 1973, Isaac Hayes n'a rien loupé. Après, OK, il a certes sans doute fait des trucs moins réussis (je n'ai d'ailleurs pas l'intention de m'appesantir sur ces albums), mais il y à une série d'albums (ils sont 5, 6 en comptant un remarquable double live) qui, chez lui, sont clairement à écouter, et The Isaac Hayes Movement est le deuxième d'entre eux. J'ajoute pour finir qu'Hayes est sans doute un des précurseurs du look bling-bling/tough guy que pas mal de rappeurs, par la suite (50Cent, notamment, ou Snoop Dogg) reprendront, le look torse nu avec chaînes en or et grands chapeaux. Ce look, Isaac l'avait déjà en 1969, les mecs ! Groovy, baby !

FACE A

I Stand Accused

One Big Unhappy Family

FACE B

I Just Don't Know What To Do With Myself

Something