LC1

On peut parler de curiosité que cet album dans la discographie de Nino Ferrer. Sorti en 1981 sous une pochette noir & blanc très classe (Nino, souriant, lunettes noires, chapeau blanc, écharpe blanche) et un titre qui augure d'ambiances latino (il n'en sera absolument rien...), La Carmencita est un des albums les plus à part de Nino Ferrer avec le live Rats And Roll's de 1970 (sorti exclusivement en Italie à l'époque, il proposait des versions embryonnaires de l'album Métronomie que Nino fera un an plus tard) et l'album de reprises de ses  propres chansons, en duo avec certains de ses proches, La Vie Chez Les Automobiles (1993). La Carmencita est plus ou moins à rapprocher de ce dernier, car on y trouve essentiellement des nouvelles versions d'anciennes chansons de Nino (mais interprétées seul, avec un petit groupe accompagnateur du nom de Rock Ferrer, jeu de mots sur Rockfeller), et juste trois nouvelles chansons. Des chansons, il y en à 9 ici, même si l'une d'entre elles ne fait que 15 secondes (c'est l'une des trois chansons inédites, et j'ai envie de dire qu'en fait, elle ne compte pas, et que La Carmencita ne contient donc que deux chansons inédites), et l'album ne dure que 35 petites minutes, un chouia moins, même.

LC2

On se demande vraiment pourquoi Ferrer a perdu son temps à réenregistrer certaines de ses anciennes chansons, entre 1980 et 1981 (peu après, il tournera dans le film Litan de Mocky, son seul rôle au cinéma, film sorti en 1982 et dont il signe la bande-son, des morceaux au nombre de deux et présents sur l'album suivant, Ex-Libris de 1982), plutôt que d'enregistrer un album entier de nouvelles chansons. Et s'il n'a réussi à écrire que deux nouvelles chansons durant cette période, pourquoi ne pas les avoir laissées de côté en attendant d'en écrire davantage et de faire un album plus consistant ? On va parler tout de suite des nouvelles chansons : La Carmencita (au climat assez étrange, sombre, et certainement pas latino en dépit de son titre ; avec le même titre de chanson, mais il s'agira d'une autre chanson que celle de Nino, Lavilliers fera un morceau bien rythmé et latino, en 1984 !) est probablement la plus réussie, sans toutefois aller tutoyer les sommets ; c'est une chanson assez efficace dans le genre. On a aussi La Maison Tontaine Et Tonton, assez sympa, mais moins durable (aucune chanson, ici, ne l'est, de toute façon ; je ne classe pas ce disque en 'ratages', mais c'est tout juste). Quant au Prélude Et Mort De Mirza, de 15 secondes, c'est hilarant, mais, aussi, totalement débile et inutile : on entend, en son assez lointain et radiophonique, le début de la chanson Mirza (Z'avez pas vu Mirza ? Oh la la la la la), suivi d'un aboiement, d'un coup de feu, et de sale cabot, vous voyez le délire. Si c'était pour faire ça (on dirait un interlude comique d'album de Thiéfaine de la période 1978/1980), Nino pouvait aller se recoucher en prenant un somnifère, moi, j'vous le dis.

LC3

Le reste de l'album est donc constitué de nouvelles versions d'anciennes (parfois pas si anciennes que ça !) chansons de Nino. Les Cornichons, Je Veux Être Noir, Pour Oublier Qu'on S'Est Aimé sont les plus anciennes. Les plus récentes sont Michael Et Jane et Petite Lili, tout simplement des version en français de Michael And Jane et Little Lili, deux chansons issues de Blanat (1976 pour l'enregistrement, 1979 pour la publication), l'album précédent de Ferrer. On a aussi L'Angleterre, reprise écourtée (deux fois plus courte que l'originale, qui durait 7 minutes) du morceau qui introduisait Nino Ferrer And Leggs de 1973 (1972 pour l'enregistrement). Que dire ? Petite Lili est pour moi quasiment aussi bonne que l'originale (moins rock et bluesy, mais cette version française n'est pas honteuse), mais le reste... Pour Oublier Qu'On S'Est Aimé (étendu jusqu'à plus de 5 minutes, alors que la chanson, dans ses versions ultérieures - car Nino la réenregistrera souvent - , dépasse rarement les 3,20 minutes !) n'apporte rien par rapport à ses anciennes versions, Michael Et Jane possède des paroles assez connes - sans doute est-ce aussi le cas de la version anglaise, mais comme c'est en anglais, on s'en rend moins compte - , et quant au reste, je ne préfère pas en parler... Tout le côté rhythm'n'blues des Cornichons et de Je Veux Être Noir a disparu, pouf, par maléfice, dans ces versions plus rock et mouvementées, mais sans âme. Au final, La Carmencita est un disque médiocre (chronologiquement parlant, c'est le premier de Nino au sujet duquel on peut dire ça), et, surtout, ce qui est pire, inutile. Autrefois, en CD, il était commercialisé avec Ex-Libris situé sur le même disque, à la suite. Dans le coffret intégrale, il est situé, sur le même CD, à la suite de Véritables Variétés Verdâtres (1977). Ca, c'était pour le détail dont on se cogne un petit peu, mais fallait bien que je trouve quelque chose de marrant à dire pour finir ma chronique.

FACE A

Les Cornichons

Petite Lili

La Carmencita

Prelude Et Mort De Mirza

Michael Et Jane

FACE B

Pour Oublier Qu'On S'Est Aimé

L'Angleterre

Je Veux Être Noir

La Maison Tontaine Et Tonton