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Nouvelle chronique d'album de Nino Ferrer, et croyez-moi, c'est pas près d'être terminé, ce cycle le concernant (si vous aimez ce chanteur, réjouissez-vous, donc !). Pour cette nouvelle chronique, j'ai décidé d'aborder (pour la première fois) un album faisant partie des plus connus de Nino, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il ait été un gros succès commercial ni qu'on le trouve facilement dans le commerce (exception faite du coffret intégrale sorti cette année, il y à quelques semaines). Mais ce disque est un des plus connus de Nino Ferrer car il contient la version originale d'une chanson que Nino refera un an plus tard, et qui restera à vie son plus gros classique (à son grand dam, car il n'a jamais estimé la chanson convaincante telle qu'elle était, il ne l'estimait pas achevée, et son gros succès ayant éclipsé quasiment tout le reste, il en éprouvait un peu d'amertume) : Le Sud. La chanson telle qu'on la connaît, une pure splendeur qu'on ne présente plus et qui parle en grande partie de la Nouvelle-Calédonie, où Nino a passé une partie de son enfance, la chanson, donc, Nino la sortira en 1975, en single. L'album, lui, date de 1974, et renferme la version originale de la chanson, South, chantée en anglais (comme, d'ailleurs absolument tout l'album). L'album s'appelle Nino And Radiah, car les chansons ont été enregistrées en duo avec Radiah Frye (mère de Mia), laquelle pose aux côtés de Nino dans un jardin, chez Nino. Lui est fringué, elle est nue. La pochette fera parler d'elle, et quand le disque sera édité en CD dans les années 90 (sur un disque le réunissant avec l'album suivant, Suite En Oeuf de 1975, et avec la chanson Le Sud entre les deux, exactement la même configuration que pour le coffret 2013 ; le disque a par ailleurs fait rebaptiser l'album de 1974 Nino And Radiah & Le Sud...), la pochette sera censurée, ça sera une vue du jardin, sans personne, et surtout pas de femme nue ! Dans le coffret 2013, c'est la pochette originale qui a été reprise (petite anecdote sans intérêt sauf pour moi, cet album est le seul de lui que je possède en vinyle, et une pochette sous ce format, c'est zoli tou plein, ah ah ah).

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Comme je l'ai dit, tout le disque est en anglais, une quarantaine de minutes (pour 8 titres) dans la langue de Shakespeare, langue que Nino maîtrisait sans qu'elle en soit sa maternelle (il est né en Italie, a vécu quasiment toute sa vie en France, l'essentiel de ses chansons est dans notre langue, bien entendu). Vu l'ambiance assez bluesy et chaude (dans le sens, sudiste, je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, mais ce disque respire la chaleur), et le fait qu'il interprète ces chansons en duo avec une Américaine (Radiah), l'anglais semblait le choix idéal pour l'album. On notera que le CD a bouleversé quelque peu l'ordre des morceaux, Vomitation et Mint Julep ont été inversés par rapport au vinyle (l'ordre en bas, dans le tracklisting, est celui du vinyle, l'ordre original), ce qui peut sembler étrange, et surtout, inutile. Enfin, bref. L'album, donc, offre South, version anglophone et originale (enregistrée avant la version française, Nino a tellement aimé ce titre qu'il la refait en français, jugeant que ça marcherait bien chez nous, et comment !), musicalement très proche de la version qu'on connaît (même mélodie et manière de chanter, les arrangements sont un chouia différents, et encore), et selon moi, tout aussi belle. Les paroles sont sensiblement les mêmes, le sens n'a pas été paumé entre les deux versions. On passe à Moses, remarquable chanson (Don't do what I do, do what I say), puis Vomitation, chanson rigolote au titre douteux ('vomissement'). Hot Toddy, 8 minutes au compteur (morceau le plus long), suit, et achève la face A, une envolé bluesy riche en orgue électrique, très réussie. Mint Julep (sorti en single) ouvrait la face B, chanson très sympathique qui semblait en effet un beau choix de single (Moses aussi en aurait été un), mais je gage que le succès n'a pas été au rendez-vous... The Garden est une pure splendeur, Looking For You est magnifique, et New York, qui achève le disque, donne sérieusement envie de remettre Nino And Radiah depuis le début. Comme je l'ai dit, le CD fait suivre par Le Sud (et ensuite, par Suite En Oeuf, de 1975, l'album suivant, que j'aborderai ici bientôt), qui n'est pas en intrus ici, c'est même assez logique (l'album s'ouvre et se ferme par la même chanson, dans les deux versions). Si la chanson n'a pas été placée sur le vinyle, après tout, c'est pour une raison bien simple, elle n'a pas été faite en même temps !

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Pour finir, avec Nino And Radiah, Nino Ferrer livre un disque de très haute tenue, sans doute pas son sommet absolu (définitivement, Blanat est N°1), mais assurément un excellent album, très suave (le contrechant de Radiah n'y est pas pour rien) A ce sujet, certains estimeront sans doute un peu rébarbatif d'avoir toujours cette voix féminine en couplé avec celle de Nino, et pas une seule chantée par Nino en solo (sauf la version française de South), mais ça en rajoute au charme de l'album, et c'est un peu le concept explicité par son titre : Nino And Radiah, autrement dit, un disque en duo. Rempli de belles et bonnes chansons comme Moses, South, The Garden, New York et Hot Toddy, cet album de 1974 est vraiment une réussite dans le genre, et un album à conseiller ardemment à tout fan de Nino Ferrer. J'ajoute que le son (la production) est remarquable, et que les musiciens le sont aussi. Un remarquable opus, donc !

FACE A

South

Moses

Vomitation

Hot Toddy

FACE B

Mint Julep

The Garden

Looking For You

New York