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On le sait tous, dimanche dernier, le 27 octobre pour être précis, Lou Reed nous a quittés brusquement. Ce fut, et cela reste, un choc parmi les fans de rock qui risquent de mettre pas mal de temps à tourner la page. Mais Lou Reed n'est malheureusement pas la seule figure marquante à nous avoir quitté cette année: nous avions déjà perdu JJ Cale, célèbre guitariste de blues, connu entre autre pour avoir collaboré avec Eric Clapton; nous avons aussi perdu Ray Manzarek, claviériste des Doors qui est parti rejoindre Jim Morrison; Sans parler de Richie Havens, ou encore Trevor Bolder, bassiste ayant notamment travaillé avec Bowie sur Hunky Dory, The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars et Aladdin Sane. Pourquoi commencer cette chronique en citant les musiciens rocks décédés cette année me direz vous? Pour deux raison: vous miner le moral par pur sadisme, et vous faire ressentir en partie toute la noirceur qui transpire de cet album, dont le chanteur est également mort cette année. L'album, c'est Seppuku, le groupe Taxi Girl, et le chanteur Daniel Darc. La plupart d'entre vous connait certainement Taxi Girl par le biais d'une seule chanson: Chercher le garçon. Une chanson pop- New- Wave fort sympathique, mais à l'opposé de ce qui se cache au cœur de Seppuku.

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Qu'on se le dise, Daniel Darc n'avait rien à envier aux anglo- saxons en terme de rock'n'roll attitude: drogue, alcool, et il s'ouvre le veines sur scène en 1979. Après Taxi Girl il fera une très longue traversée du désert de plus de 10 ans avant de revenir en 2004 avec Crèvecoeur, disque s'apparentant plus à la chanson française à textes qu'au rock, et réussite totale ayant permis à Darc de revenir sur le devant de la scène via des chansons comme La pluie qui tombe ou Je me souviens, je me rappelle. Par la suite Daniel Darc sortira encore un album en 2008 Amours Suprêmes, puis en 2011, avant de s'éteindre à l'âge de 53 ans le 28 février dernier. Un album posthume, Chapelle Sixteen, est sorti récement, je l'aborderai sans doute dans les jours à venir. Mais revenons à l'album qui nous intéresse, à savoir Seppuku. L'album dure environ 45 minutes (un chouia moins) pour neuf chansons et est d'une noirceur absolu. Qu'on se le dise, ce disque limite cold- wave n'a rien à envier aux classiques du genre, et il fait parti de la poignée de chef- d’œuvres de cold- wave française au côté de Alambic/ Sortie-Sud, Play Blessures ou encore Rue de Siam.

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Déjà, rien que la pochette donne le ton: on y voit une jeune japonaise dans un décor sombre s’apprêtant à pratiquer le Seppuku ou hara- kiri qui est une forme de suicide traditionnel japonais. Ambiance... Rien que le mot, Seppuku est sombre puisqu'il signifie littéralement "coupure au ventre". Et le contenu est encore plus sombre, des chansons comme Viviane Vog, les armées de la nuit ou encore avenue du crime sont toute des perles cold- wave qu'il vaur mieux ne pas écouter quand on a des idées noires. Les textes, tous signés daniel darc, sont d'une noirceur extrême, et son chant est froid, clinique, ce qui en rajoute au côté "difficile d'accès" de l'album. " Et dans ses yeux fermés, dans son corps brisé que restera-t-il?" chante-t-il sur Viviane Vog. Pourquoi sortir un album si sombte, si extrême alors que le groupe avait la france à ses pieds avec chercher le garçon? Et bien déjà parce que pour le groupe et surtout pour darc, il était important d'avoir une crédibilité rock, plus encore que le succès commercial. Et c'est avec Seppuku que le groupe va avoir cette crédibilité De plus quelques ois avant la sorti de l'album, leur batteur pierre wofsohn décède d'une overdose de cocaïne. Ça, plus une avalanche de classiques cold- wave venu d'outre- atlantique, on comprend que le groupe n'était pas d'humeur à rire.

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Bref, pour conclure, si vous aimez la cold- wave, je vous conseille très fortement cet album, qui est cependant difficile à dénicher (sur le net ça doit être possible, mais en magasin bonne chance). Le sommet de Taxi Girl, et sans doute avec Crèvecoeur dans un autre registre, le chef d’œuvre de Daniel Darc. Non pas que le reste de l'oeuvre de Darc, avec Taxi Girl ou en solo, soit mauvaise, certainement pas! Mais ces deux disques constituent les piliers d'un homme torturé, qui fut pendant longtemps un des chanteurs les plus sous- estimés en france. Pas un performer vocal, mais un homme sincère, qui ne se cachait pas derrière un masque et avec une plume d'une richesse longtemps insoupçonnée. Durant les dernnières années de sa vie il avait, selon ses propres mots, retrouver une forme d'équilibre, et il est évident qu'il n'avait pas encore tout dit, son dernier album, Chapelle Sixteen, en est la preuve. Encore un qui va cruellment manquer, mais rien que pour Seppuku et Crèvecoeur, merci Daniel, repose en paix.

Les armées de la nuit

Viviane Vog

La femme écarlate

N'importe quel soir

Avenue du crime

Musée Tong

John Doe

Les damnés (chant des enfants morts)

Treizième section