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Attention, ceci n'est pas une chronique des deux derniers albums d'Alice In Chains, donc Black Gives Way To Blue et The Devil Put Dinosaurs Here. Il s'agit plutôt d'un article portant sur la seconde partie de carrière du groupe le plus "métalleux" (et sans aucun doute le plus brillant) de la vague grunge. Pour comprendre de quoi il en retourne, il est nécessaire de rappeler un peu les faits.
Après la mort du chanteur du groupe, Layne Staley en 2002, tout le monde croit Alice In Chains mort et enterré. Après un album éponyme en forme d'épitaphe en 1995, même si Staley rendra l'âme sept ans après, la messe semble avoir définitivement sonné pour "Alice l'enchaînée".

Pour Jerry Cantrell et les siens (Mike Inez et Sean Kinney), les choses semblent évidentes. Impossible de continuer l'aventure Alice In Chains sans leur leader emblématique. C'est mal connaître Jerry Cantrell. En effet, le guitariste et la seconde voix du groupe a sorti deux albums solos, Boggy Depot et Degradation Trip. Deux disques par ailleurs très sous-estimés, surtout Degradation Trip.
Fort de cette expérience, une évidence s'impose: certes, Jerry Cantrell hésite à continuer son aventure solo. Oui mais voilà, le son d'Alice In Chains est toujours présent sur ses deux albums solos. Mais comment poursuivre l'aventure sans Layne Staley ?

En effet, jusque-là, le groupe a toujours fonctionné sur un duo vocal d'exception, donc Layne Staley/Jerry Cantrell. Si Alice In Chains doit reprendre et/ou se reformer, il faut donc trouver une seconde voix toute aussi exceptionnelle, et non pas un clone de Layne Staley.
Qu'à cela ne tienne, au milieu des années 2000, Jerry Cantrell rencontre William Duvall, qui fait figure de quasi inconnu dans le monde du rock. Celui-ci est d'origine haïtienne et surtout, il possède une voix assez proche de celle de Staley. Cette fois-ci, Jerry Cantrell détient la nouvelle formule d'Alice In Chains.

Seule différence et pas des moindres, Jerry Cantrell est et sera la voix principale du quatuor, William Duvall faisant figure de second couteau, sans pour autant faire illusion. Encore une fois, le but n'est pas de remplacer Layne Staley. De ce fait, il faut changer la formule d'Alice In Chains mais sans trahir le son d'origine, à savoir une musique à la fois metal, tétanisante, sombre et torturée.
En 2009, Jerry Cantrell annonce non seulement la reformation d'Alice In Chains mais aussi la sortie d'un nouveau disque, donc Black Gives Way To Blue. Le monde du rock et la presse se foutent royalement de ce retour. En effet, depuis quelques années, le rock est en proie à une nouvelle mode: le retour d'anciennes formations aux affaires sérieuses.

La plupart de ces reformations ont déçu. Ensuite, Alice In Chains a triomphé dans les années 90, mais sa musique est-elle encore d'actualité aujourd'hui ? Fin 2009, au moment de la sortie de Black Gives Way To Blue, Jerry Cantrell et sa bande délivrent la meilleure des réponses.
Black Gives Way To Blue est tout simplement une claque monumentale et s'affirme comme le meilleur disque de grunge depuis le fameux album éponyme d'Alice In Chains. Certes, Layne Staley n'est plus là et il est remplacé (encore une fois) par un quasi inconnu. Pourtant, le son est toujours là et ce, dès l'introduction du disque, le superbe et entêtant All Secrets Known.
Le reste du disque est du même tonneau (façon de parler...): le Titan du grunge est de retour !

Certes, l'univers d'Alice In Chains est toujours le même et ne devrait pas décevoir les fans de la première heure. Pourtant, quelque chose a changé. Pas seulement le groupe, pas seulement le fait que Layne Staley ne soit plus là (je sais, je me répète...).
Alice In Chains a indéniablement évolué vers quelque chose de plus mature. La formule de Black Gives Way To Blue est plus qu'évidente. On note cette alternance entre des morceaux sombres et torturés et des titres beaucoup plus acoustiques, par ailleurs fort réussis (le superbe Your Decision).

Reste à savoir si le groupe va confirmer ou non cette nouvelle formule avec The Devil Put Dinosaurs Here, sorti en 2013, donc quatre ans après Black Gives Way To Blue. Peu avant la sortie de ce second disque sous l'ère William Duvall, Jerry Cantrell annonce la couleur: "ce sera du Alice In Chains, pour sûr !". Autrement dit, et surtout comme le dirait notre ami Clashdoherty: "c'est du Alice In Chains pur jus fait avec amour par votre grand mère !".
En résumé, pas ou peu de surprises au tableau de bord. Aux premières écoutes, c'est du Alice In Chains, quoi !

Pourtant, au fur et à mesure des écoutes, une nouvelle évidence s'impose: The Devil Put Dinosaurs Here reprend exactement la même formule que son prédécesseur, à savoir cette fameuse alternance entre des morceaux sombres et torturés et des titres beaucoup plus acoustiques.
De ce fait, The Devil Put... apparaît comme la suite logique de Black Gives Way To Blue. On peut alors parler d'une sorte de diptyque. Toutefois, résumer The Devil Put... à une suite logique de son prédécesseur est un peu réductif. L'air de rien, le son d'Alice In Chains a encore évolué, à l'image de la pochette du disque, moins sombre qu'à l'accoutumée.

Certes, le désespoir et le son torturé sont toujours présents. Pourtant, l'ensemble est tout de même plus calme, plus apaisé mais aussi plus abouti que par le passé, comme si Alice In Chains empruntait (l'air de rien) une nouvelle direction, avec des nouveaux morceaux nécessitant une certaine attention pour être appréciés à leur juste valeur. Plus que jamais, Jerry Cantrell s'impose comme le ou l'un des meilleurs compositeurs rock du moment avec des mélodies magistrales, des morceaux entêtants et des arrangements qui ne le sont pas moins.
Impossible de ne pas écouter en boucle des morceaux tels que Voices, Breath on a window et son final époustouflant, le remarquable (et le mot est faible) Scalpel, le superbe Hung On A Hook ou encore Choke, qui conclut magnifiquement l'album.

The Devil Put Dinosaurs Here se divise en deux parties très distinctes. La première est de facture assez classique mais d'une redoutable efficacité (Hollow, Stone et le morceau titre sont autant de réussites).
En revanche, la seconde partie du disque se permet quelques libertés assez étonnantes, avec des morceaux à la fois assez proches et assez éloignés de ce qu'a été Alice In Chains par le passé. En vérité, les meilleurs moments de The Devil Put... sont étrangement les moments les plus acoustiques et les plus apaisés. Vous l'avez donc compris: The Devil Put... mérite plusieurs écoutes pour être apprécié pour ce qu'il est, à savoir un très grand disque de grunge.
Plus que jamais, la discographie d'Alice In Chains ressemble à un livre divisé en plusieurs chapitres. Et c'est ce qu'a parfaitement compris Jerry Cantrell. Bref, vivement le nouvel album d'Alice In Chains !