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Pour ce nouveau track-by-track, je vous propose de décortiquer en long et en large No Code, le quatrième album de Pearl Jam, abordé récemment (le 24 septembre 2013) sur ce blog. Après trois albums quasi irréprochables et un succès qui semble largement dépasser le groupe de Seattle, Eddie Vedder et les siens veulent continuer leur bonhomme de chemin.
Finis les tubes comme Alive et les clips sur MTV. Désormais, Pearl Jam veut afficher sa marginalité et passer à autre chose. C'est dans ce contexte que sort No Code.

Cette quatrième livraison marque une étape importante dans la carrière du groupe. Premièrement, il sort deux ans après la mort de Kurt Cobain. C'est plus ou moins la fin du grunge. Alice In Chains est en stand-by pour un moment. Soundgarden vient de signer son dernier album avant de se séparer pour un long moment. Quid alors de Pearl Jam ?
Le groupe peut-il survivre à la fin de la vague grunge ? La réponse tient en deux mots: No Code. Par là, entendez que ce nouvel album ne suit aucune ligne directrice.

Il marque également le début d'un long conflit entre Pearl Jam et Ticketmaster. Désormais, pour Eddie Vedder et les siens, rien ne sera plus jamais pareil. Au niveau de la tonalité, il n'est plus question de satisfaire la maison de disques ou encore les sponsors.
Donc, pas de promotion particulière pour ce disque. D'ailleurs, il se vendra beaucoup moins bien que ses prédécesseurs. Toutefois, No Code se vendra tout de même à plus de 350 000 exemplaires. C'est un album qui a le mérite de provoquer la polémique chez les fans, avec ceux qui adorent et ceux qui détestent. J'appartiens clairement à la première catégorie.
Mieux encore, je considère No Code comme le meilleur album de Pearl Jam, en tout cas, le plus varié musicalement parlant. 

Sometimes ouvre les hostilités. Premier constat: voilà un morceau introductif pour le moins culotté. Clairement, Sometimes étonne par sa mélancolie et par ce refus de céder à toute tendance commerciale. Plutôt difficile d'accès dans un premier temps, Sometimes nécessite plusieurs écoutes pour s'apprécier sur la durée. C'est vraiment un titre mélancolique, calme et porté la voix magnifique d'Eddie Vedder. 

Hail, hail: Pearl Jam revient à une formule beaucoup plus classique avec ce morceau énervé, grunge et qui a le mérite de surprendre après un premier morceau (encore une fois) très calme. En même temps, Hail, Hail annonce la formule de No Code, à savoir cette alternance entre des titres mélancoliques et des titres beaucoup plus furieux. Du tout bon, donc.

Who You Are sera le premier single choisi pour représenter No Code. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'un choix culotté, destiné à faire reculer ceux qui attendaient un nouvel Alive, donc un morceau hard rock et bien grunge comme Pearl Jam sait en composer à la pelle. 
Who You Are marque aussi une nouvelle tendance, à savoir un album porté vers des ambiances plus recherchées et une atmosphère quasiment tribale. Dans un premier temps, difficile d'apprécier Who You Are. Clairement, on se demande s'il s'agit bien d'un morceau de Pearl Jam.
Pourtant, au fil des écoutes, la magie et le charme opèrent rapidement. Pearl Jam a réussi son pari, à savoir varier son répertoire musical vers de nouvelles contrées.

In My Tree s'inscrit dans la même lignée que Who You Are, à savoir que Pearl Jam semble se foutre de tout. Nouveau moment de pause pour le groupe et nouvelle ambiance tribale avec ce quatrième morceau, certes difficile d'accès. Mais encore une fois, l'évidence se fait rapidement.
D'ailleurs, je trouve In My Tree encore plus abouti que le titre précédent. Du tout bon encore une fois !

Quant à Smile, il s'agit d'un bon vieux morceau de rock classique, qui n'est pas sans rappeler les meilleurs moments de Neil Young. A se demander si le Loner n'est pas passé dans les studios de Seattle tant son ombre semble omniprésente sur ce titre.
Sans être forcément génial, Smile vient renforcer cette impression de diversité musicale. A défaut d'être réellement excellent, Smile est tout simplement un très bon morceau. C'est déjà pas mal !

Off He Goes: retour encore une fois au calme avec cette balade purement springsteenienne. Off He Goes annonce également une nouvelle tendance chez Pearl Jam. Le groupe devient de plus en plus doué pour composer des balades. C'est une tendance qui se confirmera avec les albums suivants. 

Habit: Après un titre très très calme (mais alors très calme hein...), Pearl Jam surprend à nouveau avec ce titre très bourrin, mais d'une redoutable efficacité. C'est très simple, on passe de la complainte douloureuse à l'énervement le plus complet. 
On croit alors tenir le morceau le plus bourrin de l'album. Erreur... mais j'y reviendrai.

Red Mosquito: Nouveau morceau très rock, mais moins bourrin tout de même (pas trop difficile en même temps) que son prédécesseur. C'est encore une fois une nouvelle réussite. C'est un nouveau morceau rock à ranger parmi les classiques du groupe.
Personnellement, je le préfère même à Hail, Hail, déjà excellent.

Lukin: Souvenez-vous... Avec Habit, j'avais dit qu'on tenait probablement le morceau le plus énervé du disque. C'est faux. Lukin bat donc Habit par K.O. Lukin se démarque également par sa courte durée et par la voix criarde d'Eddie Vedder, plus énervé que jamais.
Ce n'est pas forcément le titre que je préfère sur No Code. Paradoxalement, il s'inscrit aussi dans la logique de ce disque, à savoir que No Code ne suit aucune ligne directrice.

Present Tense: la ou l'une des plus grandes réussites de No Code. Ici, le groupe marrie parfaitement les différentes ambiances du disque, à savoir cette alternance entre le mélancolique, les moments très calmes et les passages beaucoup plus bourrins.
Plutôt étrange dans un premier temps, Present Tense se dévoile au fil des écoutes. Etonnant que le groupe ne joue pas plus souvent ce titre en concert...

Mankind: retour au Pearl Jam classique avec ce onzième morceau très rock, clairement taillé pour passer sur les ondes F.M. En dehors de cela, j'avoue ne pas avoir grand chose à dire sur Mankind, si ce n'est que je l'aime bien (voire même beaucoup).

I'm open ressemble davantage à un interlude musical qu'à un véritable morceau. Titre encore une fois étrange et sans aucune mélodie, I'm Open marque une nouvelle fois cette volonté de rompre avec le commercial. De ce fait, difficile de juger objectivement I'm Open.
En tout cas, même si cet interlude ne sert pas à grand chose, je ne le déteste pas. Il participe lui aussi (et à sa manière) à l'ambiance si particulière du disque.

Around the Bend: retour à nouveau au calme avec cette superbe balade aux accents parfois jazzy. C'est aussi le ou l'un des meilleurs moments du disque. Morceau tantôt mélancolique, tantôt haletant via la voix d'Eddie Vedder qui vous prend littéralement à la gorge, Around the Bend est encore une fois une grande réussite.

Voilà pour le décryptage de No Code. Au cas où vous n'auriez pas suivi, il s'agit donc d'un disque concept, qui semble se foutre de tout, un peu comme si le groupe souhaitait mettre sa carrière commerciale en péril. D'une certaine façon, No Code est presque un disque suicidaire.
D'ailleurs, l'album marchera beaucoup moins bien que ses prédécesseurs. il marque définitivement le côté marginal du groupe. Enfin, marginal... C'est à mettre entre guillemets. Pearl Jam reste tout de même un groupe très connu. Tout du moins, No Code sonne aussi comme la fin d'un cycle chez le groupe, et plus largement la fin d'un mouvement et d'un genre à lui tout seul, à savoir le grunge.
En ce sens, No Code est un disque important, probablement incompris (même encore aujourd'hui). Pas étonnant qu'il provoque un tel débat chez les fans du groupe !