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Sorti en 1973, cet album est important pour Marvin Gaye. Aaah... Marvin Gaye, un des artistes les plus populaires et talentueux de la musique Soul. Comment oublier des titres comme I Hear It Through the Grapevine, What's Going On, Sexual Healing, A Funky Space Reincarnation? Et quelle fin tragique il a eu, assassiné par son propre un père, un pasteur, le jour de son anniversaire, à l'âge de 45 ans. Jamais un poisson d'avril n'aura était aussi peu drôle... Mais revenons à l'album, Let's Get It On est l'un des meilleurs albums de marvin gaye et, je ne m'abuse, sa plus grosse vente. Il fait suite au pharaonique album What's Going On qui fut vu à l'époque comme un suicide commercial, car très différent de tout ce que Marvin Gaye avait fait jusqu'alors, l'album est engagé, très sombre. Fort Heureusement pour Gaye et sa maison de disque, l'album sera un gros succès, et est aujord'hui considéré à raison comme son sommet et comme un des sommets de la soul, voir comme LE sommet de la soul. Let's Get it On lui n'est pas un disque réellement engagé, Marvin ne voulant pas faire un What's Going On 2, et voit plutôt le chanteur revenir à ses premiers amours, les chansons d'amour justement. Cela dit, n'allait pas croire que le Marvin Gaye de 1973 et de Let's Get It On est comparable au Marvin Gaye de 1968 et de I Heard It Through The Grapevine.

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Si le marvin des années soixante chantait l'amour sensuel, celui de What's Going On l'amour fraternel et spirituel, le Marvin de 1973 et de Let's Get It On chante l'amour... charnel. En effet à cette époque, Marvin est enfin sorti de sa dépression, suite à la mort de son amie Tammi Terrell, qui lui fera arrêter la scène et lui donnera envis d'enregistrer What's Going On. En 1973, donc, Marvin va mieux, d'autant qu'il vit une aventure passionée avec une jeune fille de 17 ans (il en a 34), du nom de Janis Hunter. Cette nouvelle relation, alors qu'il est déjà marié, va l'inspirer grandement et lui donner envis d'écrire des chansons faisant l'éloge du désir sexuel. Ainsi, des chansons comme You Sure Love Ball ou le langoureux morceau éponyme font de cet album la bande son idéale pour vos ébats intimes.Cependant, n'allez pas croire qu'il s'agit d'un disque ne portant que sur le sexe. En effet, derrière ce côté "sexy" se cache une grande part de spiritualité : Marvin Gaye met en relation sa foi et son désir des femmes, l'amour charnel pourrait selon lui permetre d'accêder à une certaine quiétude de l'âme. On s'en rend compte à l'écoute de morceau comme Please Stay (Once You Go Away) ou If I Should Die Tonight. Et c'est cette dualité entre l'esprit et la chair, l'amour du coeur et l'amour du corps, la sexualité et la religion, qui font de cet album un grand disque.

Marvin-Gaye

Un peu moins de 32 minutes, c'est le temps que dure cet album, ce qui fait que sa durée est son seul véritable défaut. La pochette, elle, c'est une photo floutée de Marvin Gaye qui semble en transe. Une pochette assez mystérieuse au final... Non Vraiment je n'ai pas grand chose à rajouter si ce n'est que si vous ne connaissez de Marvin Gaye que What's Going On, alors il vous faut absolument vous procurer cet album fabuleux, bien que le mythique album de 1971 reste son sommet. Mais cet album est sans aucun doute sur la deuxième marche du podium et ça, ça n'est pas rien! Et je ne saurais que trop vous conseillez les albums I Want You et Here My Dear ou encore le Live At London Palladium, qui témoignent tous du talent de ce chanteur. Un immense album, un immense artiste et un grand, grand, grand, grand, grand, grand, grand homme !

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Marvin Gaye was da man, bro'. Ce mec, c'était quelque chose. Un début de carrière remarquable dans les années 60 (des hits comme Ain't No Mountain High Enough avec Tammi Terrell (dont la mort, en 1970, elle n'avait que 25 ans, l'a profondément marqué, il entrera en dépression), ou d'autres chansons, en solo essentiellement, comme I Heard It Through The Grapevine ou Can I Get A Witness), puis, en 1971, le choc ultime, What's Going On. Sa maison de disques (la fameuse Motown de Berry Gordy, frangin de sa femme de l'époque Anna) n'appréciera que modérément le côté chansons engagées sur divers thèmes de société/disque sur le mal-être personnel du chanteur de l'album, mais Marvin tiendra bon, et son disque conceptuel (deux suites de morceaux, une par face) abordant le Vietnam, la religion, les maltraitances aux enfants, l'écologie, la came et le ghetto, sans parler de la société de l'époque et du racisme, son disque, donc, sortira, et sera un gros, un colossal carton. Autant le dire tout de suite, c'est non seulement le meilleur album de toute la carrière (qui s'achèvera en 1982 après un ultime album, et Marvin s'achèvera, lui, la veille de son anniversaire, en 1984, tué par son père, par arme à feu, au cours d'une de leurs disputes ; le père était pasteur, ce qui est un détail) de Gaye, son magnum opus, mais aussi le plus grand disque de toute l'histoire de la soul music. Avant lui, il fallait remonter au Otis Blue d'Otis Redding, sans doute (1965).

Verso de pochette vinyle

Inutile de dire donc qu'après un tel album, la suite de la carrière de Marvin Gaye, cet éternel séducteur (et érotomane) au sourire enjôleur, allait être placée en équilibre sur une corde à linge : faire un grand disque, un chef d'oeuvre, ou rien. Marvin savait bien évidemment que Motown ne lui laisserait pas la possibilité de faire une suite, tout aussi engagée si ce n'est plus, à What's Going On, et il a donc fait autre chose. Ce nouvel album sortira en 1973, un disque bien court (31 minutes !, 8 titres) et portant le titre de Let's Get It On. L'album est, autant le dire, une réussite, un des meilleurs albums non seulement de Gaye, mais de la soul, et, probablement, très probablement même, le deuxième meilleur album de l'artiste derrière vous-savez-quoi. Avec ses 8 titres en forme de perles soul, Let's Get It On est un disque férocement éloigné des préoccupations de What's Going On. On y parlait de la société, de l'amour de Dieu et des autres, de la drogue, de la guerre, de l'écologie. Sur Let's Get It On, on parle, au choix, de baise, de cul, de tringle, d'amour charnel, de coït, de rut et même, c'est vous dire si c'est varié, de sexe. Comme je l'ai dit plus haut, Marvin Gaye (qui ne méritait pas son nom de famille, ah ah ah) était érotomane, un vrai obsédé sexuel, il boungaboungait assez souvent, possédait une importante collection de films X chez lui (et c'était un fils de pasteur...), a sans aucun doute collectionné les aventures, officielles (Tammi Terrell ?, Anna Gordy, Janis Hunter) ou d'un soir. Let's Get It On parle de sexe, et suinte le désir charnel, For Unlawful Carnal Knowledge par tous ses pores. La production, délicieusement enrichie d'orchestrations de cordes, est suave, Gaye sussurre ou glapit des textes à foutre le gourdin à un escargot (et les gémissements des deux sexes, sur You Sure Love To Ball, aident considérablement à se faire des films perso dans lesquels cet album serait une bonne bande-son).

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L'album est une pure petite perfection (qui, dans ses notes de pochette originale, cite T.S. Eliot, vous en connaissez beaucoup, vous, des albums de soul qui citent ce grand poète anglais ?), et s'ouvre qui plus est sur une des plus grandes chansons de Marvin, la chanson-titre (et il me semble qu'un des personnages du roman culte Haute Fidélité de Nick Hornby la cite comme étant la plus grande chanson d'ouverture d'album de l'histoire de la musique enregistrée, ce qui n'est pas loin d'être le cas), et par la suite, tout du long de ses quasi-32 minutes (on notera que dans le livret, le timing est erroné pour Come Get To This, qui ne dure pas 4,50 minutes, mais 2,40 !), l'album aligne les merveilles : If I Should Die Tonight, Just To Keep You Satisfied (qui parlerait d'Anna, la femme de Marvin à l'époque, mais plus pour très longtemps...It's too late for you an' me, much too late for you to cry), Distant Lover, Keep Gettin' It On, You Sure Love To Ball... Sous sa pochette montrant un Marvin comme en transe, en studio (sans doute écoutait-il les bandes de ce qu'il enregistrait et cela lui plaisait-il beaucoup-beaucoup-beaucoup), pochette qui, avec son lettrage et son aspect un petit peu flou,fait très 70's dans l'âme, Let's Get It On est un chef d'oeuvre. Par la suite, Marvin livrera encore quatre albums studio, dont deux sommets (I Want You, 1976, aussi très sexualisé ; le double Here, My Dear en 1978, qui parlera majoritairement, si pas exclusivement, de sa relation avec Anna Gordy et de leur divorce pas à l'amiable), et deux albums très corrects (In Our Lifetime, 1981, et le dernier, Midnight Love, 1982, excellent et sous-estimé, avec le hit Sexual Healing). L'un dans l'autre, en 1971 et 1982, je pense qu'en fait tout, absolument tout (même In Our Lifetime, qui est très bon, mais pas aussi quintessentiel que les autres), est ultra recommandé. Comme Buckley92 le dit dans sa chro' ci-dessus, oui, Marvin, c'était un grand, grand mec.

FACE A

Let's Get It On

Please Stay (Once You Go Away)

If I Should Die Tonight

Keep Gettin' It On

FACE B

Come Get To This

Distant Lover

You Sure Love To Ball

Just To Keep You Satisfied