PM1

Oui, les années 80 furent compliquées pour les dinosaures ayant eu le malheur de continuer leur carrière. Je préfère ne pas parler trop en détail des albums faits, durant cette décennie, par Bob Dylan, Lou Reed, David Bowie, Iggy Pop et les Rolling Stones. Tous ont au moins sorti un bon (voire un grand) disque durant cette période, cependant (dans l'ordre : Infidels, Scary Monsters (& Super Creeps), The Blue Mask, Blah Blah Blah - qui n'est cependant pas immense - et Tattoo You), parfois même deux (on rajoute Oh Mercy et New York pour respectivement Bob et Lou, d'accord ?), mais dans l'ensemble, bon Dieu, que ce fut difficile. On l'a vu récemment, pour Paul McCartney aussi, ce fut compliqué, et je ne parle même pas de l'entame de la décennie (assassinat de Lennon en décembre 1980). Des quatre albums studio que Macca a sorti depuis 1980, au moment de la sortie de l'album que je réaborde aujourd'hui, il n'y à que Tug Of War en 1982 qui est à sauver (un grand, très grand album), le reste étant des plus inégal. Macca semble avoir par ailleurs touché le fond encrassé de la cuvette en 1984 avec la bande originale de Give My Regards To Broad Street, film qu'il a écrit (mais pas réalisé) et qui fera autant d'entrées qu'un biopic sur Vianney en 2055. L'album, qui proposait des relectures orchestrales des classiques de Macca solo (Silly Love Songs, Wanderlust) et surtout d'avec les Beatles (Yesterday, Here, There And Everywhere), ainsi que quelques morceaux inédits (le sublime et méconnu No More Lonely Nights), n'était cependant pas horrible, juste inutile et vain. Le film, je ne préfère pas en parler, et je pense que Macca non plus si un journaliste a un jour l'idée farfelue de lui rappeler cette époque un peu moyenne de sa carrière.

PM5

En 1984, Macca sort aussi un single qui plaira beaucoup aux zenfants (et moins aux zadultes), We All Stand Together, chanson du dessin animé Rupert And The Frog Song, qui fut écrit et produit par Macca lui-même. Une chanson qui ne compte absolument pas parmi ses réussites, elle est horripilante au possible. On arrive à 1985. Macca sort un single qui, encore une fois, est issu d'une bande originale de film : Spies Like Us, du film Drôles D'Espions de John Landis (avec Dan Aykroyd et Chevy Chase, une comédie loufoque de l'époque qui a certainement du prendre un de ces coups dans l'aile...). La chanson est amusante, mais pas transcendante du tout, c'est le moins que l'on puisse dire. En cette même année, Paulo participe au Live Aid, sa prestation est entachée par un micro qui ne marche plus, durant Let It Be. C'est con. Et on arrive à 1986. Année de merde, diront certains (et pourtant, année de The Colour Of Spring, Master Of Puppets, Somewhere In Time et So, donc pas forcément une année merdique non plus...). Année de sortie de Press To Play, album sorti sous une magnifique pochette rétro du couple Mac, photo faite par un photographe de l'Âge d'Or hollywoodien (c'est fièrement précisé dans le verso de pochette), George Hurrell. Le couple pose en hommage à Greta Garbo et Clark Gable. L'album sort fin août, et un mois et demi plus tôt, Macca avait défouraillé son premier single de l'album, Press. Une chanson éminemment sympathique (l'album a beau ne pas être considéré comme un des meilleurs de Paul, deux chansons de l'album, dont Press, sont sur la version 4 CD de son best-of Pure de 2016), pas un chef d'oeuvre, mais que l'on écoute sans déplaisir.

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Soit-dit en passant, c'est d'ailleurs le cas pour les 4/5 de l'album. Je dois dire que je suis nettement plus fan de ce disque maintenant qu'autrefois, je trouve Press To Play un peu sous-estimé pour tout dire. OK, ce n'est vraiment pas un chef d'oeuvre, si on le compare avec Tug Of War ou Ram, y à pas photo, c'est pas aussi bon. Mais des 10 titres (pour un total de 45 minutes) de l'album, je n'en vois qu'un à être mauvais : Move Over Busker. Là, c'est vraiment pas bon. Talk More Talk est assez putassière, et Footprints un peu longuette, mais rien de grave non plus. Produit par Macca et Hugh Padgham (The Police de la fin de carrière, le Genesis de l'époque, Phil Collins, Bowie pour Tonight, Hall & Oates, Mike & The Mechanics...du son pop-rock FM, donc), l'album offre quatre chansons signées Macca seul et six chansons qu'il a écrites avec Eric Stewart, un de ses fidèles depuis Tug Of War (et ancien membre de 10cc). La collaboration entre les deux gusses va cependant s'arrêter après Press To Play, qui ne sera pas un triomphe commercial et récoltera des critiques mitigées (certains estimeront par la suite que l'album est ambitieux et sous-estimé, mais grosso merdo, à l'époque, c'était du genre bof). Ce que l'on oublie de dire en parlant de cet album c'est qu'en dépit de son producteur terrifiant pour tout fan de rock (Padgham est associé aux pires sont FM clinquants de l'époque...) et de ses synthés, l'album offre quelques chansons très rock (Angry est même très féroce, vocalement parlant), comme Stranglehold, qui ouvre idéalement le bordel, ou bien encore Talk More Talk.

PM3

On trouve la sempiternelle ballade lacrymale (Only Love Remains), les inévitables ritournelles popisantes sans danger qui s'écoutent comme on boit du rosé à l'apéro (autrement dit : ça passe tout seul), du genre Press, Good Times Coming/Feel The Sun, et on a même une chanson expérimentale, de la new-wave arty, Pretty Little Head, qui non seulement est juste excellente, mais de plus étonne franchement de la part de Paulo (et ce, malgré son McCartney II de 1980 ; si la chanson avait été dessus, elle aurait considérablement amélioré la qualité de l'ensemble). Cette chanson aux paroles minimalistes et étranges (Ursa major, ursa minor...) est une de mes préférées de Macca, pas que de cet album, mais en général. C'est tout le contraire de la chanson pop (ou rock) que l'on a l'habitude d'entendre de la part de l'ex-Beatles. C'est quelque part une sorte de prélude aux futurs albums qu'il fera, en collaboration avec Youth (Killing Joke), sous le nom de The Fireman, entre 1993 et 2008 (trois albums, dont les deux premiers sont instrumentaux, et très très expérimentaux ; et très difficiles à trouver désormais). C'est en tout cas une chanson qui détonne à mort avec les 9 autres de ce Press To Play plus agréable qu'il n'y paraît, plus appréciable qu'il n'y paraît aussi, et en tout cas très attachant. Notons pour finir la plutôt sympathique liste de musiciens ayant bossé (parfois sur un seul titre) sur l'album : Carlos Alomar, Pete Townshend, Phil Collins, Jerry Marotta, Ray Cooper, Lenny Pickett, le producteur Tony Visconti... Pour finir, cet album sorti en une année quelque peu maudite, et possédant une réputation de bâton merdeux dans la discographie de McCartney, est contre toute attente un disque attachant et vraiment écoutable. Certes, vraiment pas un grand disque non plus, mais je le trouve nettement meilleur que les deux précédents (l'album de bande originale de 1984, et Pipes Of Peace). Cependant, bien que dans un registre totalement différent, l'album suivant de Macca l'enterrera assez profond, et je ne parle même pas des albums qui suivront encore. A l'arrivée, quand on y réfléchit bien, Press To Play est le dernier 'mauvais' McCartney (tous les suivants, sans exceptions, je parle des albums pop/rock car il fera aussi des albums expérimentaux, seront supérieurs), mais je le trouve quand même meilleur que sa réputation. 

FACE A

Stranglehold

Good Times Coming/Feel The Sun

Talk More Talk

Footprints

Only Love Remains

FACE B

Press

Pretty Little Head

Move Over Busker

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