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Quoi ? Plusieurs années d'existence du blog Rock Fever et mis à part un petit clip (sa reprise du Sweet Dreams d'Eurythmics), rien sur Marilyn Manson ? Certains diront que c'est une preuve parmi d'autres que le blog serait bien foutu, mais je pense que Brian Warner (de son vrai nom) mérite tout de même d'avoir un de ses albums abordés ici. Car sincèrement, je ne pense pas qu'il y aura d'autres albums de Marilyn Manson abordés sur le blog, tout du moins, par moi. Non pas que je n'en connais pas d'autres, car en fait, je connais aussi The Golden Age Of Grotesque et Mechanical Animals. Je n'ai aimé ni l'un ni l'autre, et certainement pas le premier cité. Mais l'album que je vais aborder maintenant, son deuxième, et celui qui a tout fait démarrer pour Manson, est ce que l'on appelle un album essentiel, malgré tout ce que l'on peut trouver de négatif à dire à son sujet (album provocateur, malsain, trop long, boursouflé, caricatural, parfois à la limite du risible, et il faut, qui plus est, aimer Marilyn Manson, ce qui est difficile vu le côté définitivement dérangé et violent à l'extrême du bonhomme, qui n'a jamais fait dans la sobriété pour faire parler de lui). Rien que le fait que Manson et certains de ses sbires aient pris des pseudonymes en allusion à des serial killers (Charles Manson pour le principal intéressé, mais les autres membres du groupe ont pour noms de scène Gacy, Berkowitz, Gein, qui sont des noms de tueurs en série, parmi les pires des pires - Berkowitz, c'est le fameux Fils de Sam qui a traumatisé New York dans les années 70, par exemple) est on ne peut plus douteux et même haineux. Mais c'est aussi une belle preuve du côté grand-guignolesque (et guignolesque tout court) du mec, aussi. Il ne fait pas les choses à moitié, et ses fans (dont je ne ferai jamais partie) l'aiment pour ça. Il est membre (en tant que Révérend, nommé par Anton LaVey lui-même avant sa mort en 1997) de l'Eglise Sataniste, après tout.

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Bon, cet album, sorti en 1996, c'est Antichrist Superstar. L'album est produit par celui dont Manson fut le protégé, Trent Reznor, leader de Nine Inch Nails. Il faut reconnaître que Reznor a assuré, niveau production, c'est malsain à souhait, difficile de tenir, à la première écoute, sans avoir envie de couper le son, de virer le CD et de le remplacer par du Francis Cabrel ou du Beatles, bref, par du sans-danger. Le disque fait partie de ces 'victimes' de leur temps, il est en effet totalement chargé jusqu'à la gueule, 77 minutes... pour 99 titres ! Rassurez-vous (pour ceux qui ne connaissent pas déjà l'album), l'album en lui-même va des pistes 1 à 16, plus une courte (moins de 2 minutes) 99ème plage audio qui s'achève là où la piste 1 démarre (en gros, Manson a fait un disque sans fin ; si vous avez une chaîne hi-fi qui n'arrête pas le CD après la dernière piste, ou si vous êtes en voiture - car généralement les lecteurs CD d'autoradio sont en boucle - alors vous ne vous rendrez quasiment pas compte que le disque a redémarré en piste 1 si vous ne cessez pas de vous-même la lecture à la fin d'Empty Sound Of Hate, le 99ème titre). Le reste, de la piste 17 à la piste 98, c'est du vide, du silence, en plages audio de 3 secondes chacune (sauf une ou deux qui doivent en faire 5 ou 6 , comme la dernière plage de silence, d'ailleurs). Ce qui doit représenter dans les 6 ou 7 minutes, tout compris, ce qui n'est pas insurmontable et permet de souffler un peu après plus d'une heure d'agression mentale et musicale. Je ne classe pas Antichrist Superstar dans les ratages musicaux, vous avez sûrement dû vous en rendre compte, car je trouve que l'album est quand même pas mal, il m'a fallu du temps (et du temps entre plusieurs écoutes ; pendant longtemps, je n'ai tout simplement pas voulu le réécouter, ce disque) pour commencer à l'apprécier, et je ne l'adorerai sans doute jamais, mais à l'heure actuelle, je dois dire que j'ai plutôt "apprécié" l'écoute. Ceci dit, au même titre que The Downward Spiral de Nine Inch Nails ou Pornography des Cure, cet album est définitivement de ceux pour lesquels on est content de dire qu'ils ne nous parlent pas trop ; sinon, c'est qu'on doit avoir un gros problème, vu le niveau de noirceur et le côté littéralement malsain de son contenu !

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Recto du livret CD (le boîtier est commercialisé dans un fourreau cartonné à l'effigie du visuel du haut d'article)

L'album est divisé en trois cycles, The Heirophant, Inauguration Of The Worm et Disintegrator Rising, et est conceptuel, il raconte l'arrivée de l'Antéchrist sur Terre, son avênement, sa chute aussi (les plages de silence, au final, sont-elles là pour marquer le deuil de l'Antéchrist ?). Aucune des 16 chansons ne parle de la lune en juin ou des petits lapins qui gambadent dans la prairie en se chahutant joyeusement. Certaines sont du pur punk-metal industriel, comme 1996 ou Irresponsible Hate Anthem (ce dernier est, dans le livret, indiqué comme ayant été enregistré live en 1997, ce qui est rigolo vu que l'album est enregistré en studio en 1996 ; c'est bien entendu une manière, pour Manson, de brouiller les pistes). D'autres sont dans la lignée de Nine Inch Nails (normal, vu la production de Reznor). Pas mal de morceaux sont marquants, comme la chanson-titre, Man That You Fear, Angel With The Scabbed Wings, The Beautiful People ou Dried Up, Tied And Dead To The World (ou Little Horn, aussi). La voix de Manson, parfois plutôt 'calme' (normale, dirons-nous) et parfois totalement inhumaine, est efficace dans son genre. Musicalement, je ne vous cache pas que c'est du barbare, et que c'est, à la longue, souvent plombant et redondant, mais on ne saurait imaginer Angel With The Scabbed Wings ou Mr. Superstar avec une guitare sèche et un harmonica. Avec son ambiance soit angoissante, soit putride, soit les deux en même temps (souvent), avec son côté no bullshit dans la provocation, avec son artwork déglingué et malsain (dans son genre, une réussite), avec ses chansons dévastatrices et aux paroles sanguinaires, Antichrist Superstar (qui, on s'en doute fortement, sera source de scandale à sa sortie, les Ligues de Vertu gueuleront, les parents se lamenteront de voir un exemplaire de ce disque dans la chambre de leur progéniture...) est un disque à écouter (pour le moins, au moins une fois dans sa vie), et probablement un des albums les plus importants des années 90. Ce n'est, en revanche, pas un chef d'oeuvre, mais il serait dommage et même con de passer à côté. A moins d'être très fervent pratiquant (dans ce cas, si vous écoutez ce disque, vous allez prendre cher) ou d'avoir une répulsion totale et physique pour ce genre musical, le metal industriel. Mais si vous avez aimé The Downward Spiral de Nine Inch Nails, vous devriez, au moins, apprécier cet album qui, musicalement, en plus poussé, s'en rapproche fortement. Cependant, gare à l'overdose...

Cycle 1 : The Heirophant :

Irresponsible Hate Anthem

The Beautiful People

Dried Up, Tied And Dead To The World

Tourniquet

Cycle 2 : Inauguration Of The Worm :

Little Horn

Cryptorchild

Deformography

Wormboy

Mister Superstar

Angel With The Scabbed Wings

Kinderfeld

Cycle 3 : Disintegrator Rising :

Antichrist Superstar

1996

Minute Of Decay

The Reflecting God

Man That You Fear

[Pistes 17 à 98 : 3 à 5 secondes de silence par piste]

Empty Sound Of Hate