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25 juin 1988. Hillel Slovak, guitariste israëlo-américain des Red Hot Chili Peppers, décède, d'une overdose d'héroïne, il avait 26 ans. Le batteur du groupe, Jack Irons, décide, sous le choc, de partir. Les Red Hot Chili Peppers, au lendemain de la tournée de leur troisième album The Uplifting Mofo Party Plan (1987), sont quasiment finis. Anthony Kiedis (chant) est ravagé par la dope (les séances d'enregistrement de l'album de 1987 seront émaillées de fréquentes disparitions de Kiedis, parti donner corps aux paroles de la chanson du Velvet I'm Waiting For The Man, comprendre, parti chercher sa dose), Flea le bassiste, qui était très lié avec Slovak (les autres aussi, d'ailleurs), ne se remettra quasiment jamais de la mort de ce dernier. Quand un groupe, d'un coup, perd deux de ses musiciens, alors qu'il n'a pas totalement prouvé sa valeur commerciale (en 1988, les RHCP ne sont pas des perdreaux de l'année, mais ils ne sont pas encore des stars), peut-on parler de désastre ? Heureusement pour eux, les Red Hots remontent la pente, et engagent un batteur et un guitariste. Le batteur, c'est Chad Smith, qui fait toujours partie du groupe. Le guitariste, c'est John Frusciante, qui restera jusqu'en 1993, reviendra en 1998, repartira en 2009, et apparemment, c'est du définitif cette fois-ci. Frusciante, entré dans le groupe notamment parce qu'il en était un grand fan, a tellement marqué les Red Hots que lorsqu'il partira en 1993, la période sans lui (mais avec Dave Navarro à la place, pour un unique et grandiose album en 1995) sera jugée médiocre par les fans, et son retour, qualifié de retour des vrais Red Hots. Il est devenu clairement LE gratteux du groupe, ce qui est dégueulasse car, tout en ayant un excellent jeu de guitare très funky, Frusciante n'a pas apporté grand chose par rapport à Hillel Slovak. Enfin bref. Et dire que je ne suis pas fan du groupe (parce que vu comment j'en parle, on pourrait croire l'inverse)...

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Ayant remonté la pente, les RHCP reformés entrent en studio en fin d'année 1988 (novembre), et jusqu' à mars de l'année suivante ils accoucheront, sans grands heurts (la mort de Slovak a vraisemblablement filé un coup de matraque à Kiedis qui, niveau came, s'est un peu calmé) de leur quatrième album, un disque produit par Michael Beinhorn et long de quelques 43 minutes (pour sa première version), et 45 minutes (pour sa réédition remastérisée de 2003 qui rajoute un peu plus d'une minute à un des titres, Pretty Little Ditty, qui passe de 1,40 à 3 minutes). C'est le dernier album aussi court des Red Hot Chili Peppers, l'album suivant (qui sera le premier d'une longue série de productions par Rick Rubin) fera en effet presque une demi-heure de plus que celui-ci. L'album s'appelle Mother's Milk et sa pochette, sexy et sexiste, sera source de polémique, pour plusieurs raisons : d'abord, parce qu'elle sera jugée sexy et sexiste ; ensuite, parce que le modèle utilisé, Dawn Alane (un mannequin, apparemment, de l'époque), photographiée nue en plan américain avec le groupe dans ses mains, cachant un de ses seins (l'autre sein est caché par une fleur) dira par la suite ne pas avoir été informée qu'elle serait celle qui ornerait la pochette ; le groupe avait le choix entre deux modèles (l'autre était la petite amie de Kiedis de l'époque, Ione Skye, fille du chanteur Donovan), et n'aurait pas informé l'heureuse élue qu'elle l'était, élue, et, donc, se serait plus ou moins passé de son autorisation finale... Un macaron Parental Advisory, encore une fois (quasiment tous les albums du groupe en ont eu un), orne le visuel, ce qui n'étonnera pas le groupe, vu les sujets de leurs chansons ! Niveau chansons, Mother's Milk offre du lourd, même si tout n'est pas parfait ; on a quand même Knock Me Down, deux reprises assez efficaces (Fire d'Hendrix et surtout Higher Ground de Stevie Wonder, qui sera le premier gros tube du groupe), Good Time Boys et Taste The Pain.

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Un des membres du groupe (Kiedis ?) montre son meilleur profil, sessions d'enregistrement ; le chauve est Frusciante

Mais dans l'ensemble, ce mélange entre rock, pop, hip-hop (plus que de coutume) et funk est pas mal, mais sans aucun doute assez surestimé, on a encore quelques chansons assez amusantes, mais ne menant pas loin (Magic Johnson, Pretty Little Ditty, Punk Rock Classic), et si Mother's Milk est un des disques les plus sympathiques des Red Hot Chili Peppers (il est nettement meilleur que le précédent opus, largement meilleur que leur premier album éponyme, un peu meilleur, même, sans doute, que Freaky Styley (le deuxième), et selon moi supérieur à certains des suivants), il n'est pas non plus un triomphe, ni un grand disque de rock (et affiliés) de son époque et en général. L'avantage majeur, ici, c'est que l'album n'est pas trop long (d'autant plus que pour 45 minutes, il offre 13 titres), et c'est vraiment un avantage vu que le disque est un peu inégal (et un peu trop hip-hop et pas assez rock). Pour le groupe, cependant, Mother's Milk est une date, l'album leur permettant de prouver que malgré la mort de leur charismatique guitariste, ils ont réussi à tenir. L'album cartonne (mais les critiques seront moins bonnes, sans être épouvantables, que l'accueil commercial). Mais on ignore encore que le plus fort, concernant le groupe, n'a pas encore démarré. Deux ans plus tard, sous l'égide de Rick Rubin, le groupe sortira Blood Sugar Sex Magik, 74 minutes offrant notamment deux de leurs plus gros hits, Give It Away et la magnifique ballade pro-drogues Under The Bridge. Dès lors, les RHCP décollent, toucheront un higher ground que celui qu'ils reprenaient à Stevie la Merveille deux ans plus tôt, et qui fut cependant un beau coup d'essai...

Good Time Boys

Higher Ground

Subway To Venus

Magic Johnson

Nobody Weird Like Me

Knock Me Down

Taste The Pain

Stone Cold Bush

Fire

Pretty Little Ditty

Punk Rock Classic

Sexy Mexican Maid

Johnny, Kick A Hole In The Sky