téléchargement (1)

 

Aujourd'hui, on poursuit avec la vague "grunge", un néologisme musical qui apparaît subrepticement vers l'orée des années 1990 et les succès concomitants de Nirvana avec Nevermind (1991), de Pearl Jam (Ten en 1991) et Alice In Chains (Dirt en 1992). Corrélativement, d'autres groupes alternatifs écopent de ce même substantif frelaté. C'est par exemple le cas de The Posies. Oui, le groupe provient - bel et bien - de  la scène de Seattle, mais n'appartient pas (en tout cas officiellement) à la mouvance "grunge". Mieux, The Posies se revendique comme un groupe de power pop américain. The Posies acte et officialise sa naissace vers la fin des années 1980 via un premier album, Failure, par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales. Que soit.
En ce début d'année 1990, c'est le tube Smells Like Teen Spirit (toujours Nirvana et toujours l'album Nevermind) qui caracole en tête de peloton.

Paradoxalement, ce succès de fortune permet à certains groupes subalternes de s'extirper de l'ornière. Après un deuxième album confidentiel, Dear 23 (1990), The Posies s'affaire à l'ouvrage et profite de cette nouvelle effervescence pour la vague grunge. Ainsi, leur troisième livraison, Frosting on the Beater, sortie en 1993, est - manu militari - répertoriée parmi les disques "grunge". Un troisième essai et un coup de maître puisque Frosting on the beater imprime durablement les fibres acoustiques en s'imbriquant aux côtés de Ten, Dirt et autres Nevermind. A ce jour, Frosting on the beater reste le disque le plus proverbial du groupe de Seattle. A posteriori, les deux frontmen, Ken Stringfellow et Jon Auer, obliqueront vers d'autres horizons, en particulier des projets solos.
Dixit les propres aveux des deux acolytes, ce succès inopiné provoquera une césure au sein du groupe. Leur album suivant, Success (1998), sera certes adoubé et encensé par la presse.

Hélas, le disque essuie une rebuffade commerciale. Après le feu effervescent des projecteurs, The Posies doit derechef composer avec l'opprobre et la disgrâce. Le groupe mettra du temps à panser ses excoriations indélébiles. Ainsi, un live et un best-of sortiront dans la foulée. Puis, sans doute par nostalgie, le groupe se ressoudera quelques années plus tard, mais sans jamais retrouver cette fougue du passé. Un oxymore. Depuis ses tous premiers ânonnements et balbutiements, The Posies s'est octroyé la reconnaissance et la déférence de ses pairs, que ce soit de la mouvance grunge elle-même, mais aussi de la part de U2 et autres R.E.M. En outre, Frosting on the beater s'agence sur une durée idoine, même pas cinquante minutes (48 minutes et une poignée de secondes pour être précis) pour douze chansons au total. Certes, ce disque lumineux peut s'enorgueillir d'un tube planétaire, le faramineux Dream All Day.

 

unnamed

 

Heureusement, ce morceau voluptuaire ne reflète que partiellement ce disque épars et nimbé par d'autres singles somptuaires. Indubitablement, Frosting on the beater peut s'enhardir de coaliser - tout du moins - dans sa première partie plusieurs tubes stratosphériques. Hormis Dream all day, on décèle dans ce disque d'autres précieux atours, notamment Solar Sister, Flavor of the Month, Love letter boxes et Definite Door. Certes, à l'époque, The Posies écope du néologisme "grunge". Pourtant, le groupe de Ken Stringfellow et Jon Auer ne partage aucune contiguïté matoise avec cette mouvance dissonante. The Posies se gausse impérieusement de la contrition et du désespoir.
Le groupe préfère davantage les luminescences, les ambiances chatoyantes et les riffs rock, le tout agrémenté d'une pop rock onctueuse.

Sur ces entrefaites, la première segmentation du disque est irréprochable. Avec ce troisième disque, The Posies ne cherche pas l'expérimentation. Les mélodies sont à la fois simplissimes et laconiques, à l'instar de Earlier than expected, 20 questions et When Mute Tongues Can Speak, trois nouvelles mélopées qui raviront vos esgourdes. Cependant, le disque n'est pas exempt de tout grief. Au fil des écoutes, Frosting on the beater s'agence - peu ou prou - sur les mêmes riffs analogiques, d'où une impression de redondance, voire d'errance en fin de disque. Ainsi, les contempteurs ne manqueront pas de soupirer et de clabauder contre un final capillotracté. Par exemple, Coming Right Along ne risque pas de remporter l'unanimité des suffrages, tout comme Lights Out et How she lied by living, à la limite de l'indigence et de la modicité. Mais il faudrait se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas discerner les arguties de ce troisième album.  

 

sparklehorse2 Alice In Oliver