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Après No Code, quatrième livraison de Pearl Jam, la messe était dite: le groupe de Seattle ne sortira plus jamais de single comme Alive. Cette tendance s'est confirmée avec l'horrible Yield, qui cédait à la tendance pop rock, et avec Binaural, qui ne faisait pas beaucoup mieux.
Plus que jamais, le soldat Pearl Jam est blessé, en léthargie et en manque total d'inspiration. Pearl Jam doit trouver un second souffle à sa carrière, même si leurs albums se vendent toujours bien. En 2002, Eddie Vedder et sa bande sortent Riot Act.

Ce septième opus est marqué par plusieurs drames. En effet, l'année 2002 marque également la fin du grunge avec la mort (non pas de Kurt Cobain, décédé en 1994) de Layne Staley, chanteur emblématique du groupe Alice In Chains. Riot Act a été également réalisé après la mort de neuf personnes lors d'un concert de Pearl Jam au festival de Roskilde au Danemark.
Après seulement quelques chansons, un mouvement de foule se produit et fait neuf victimes. Le groupe en ressort traumatisé.

En résulte Riot Act et sa pochette douloureuse et ténèbreuse puisqu'on y voit deux soldats métalliques et squelettiques dans une sorte d'amas de poussières. Cette fois-ci, le ton est donné. Riot Act ne sera pas un album joyeux parlant des abeilles butinant le miel au mois de mai par un beau soleil rougissant. Avec ce septième album, Pearl Jam retrouve également des couleurs.
C'est par ailleurs ce que je vous propose de découvrir avec ce nouveau track-by-track !

Can't keep ouvre les hostilités. Premier constat: Can't Keep est un excellent morceau, assez rock, qui ne demande qu'à décoller, mais qui garde sa tonalité, à savoir une ambiance sombre et douloureuse. Ce premier titre rassure, surtout après Yield et Binaural, qui ne brillaient pas particulièrement et ce, dès le premier morceau.

Save You: Enfin le morceau rock que l'on attendait depuis longtemps ! Ca faisait des lustres que Pearl Jam n'avait pas sorti un titre aussi rock et aussi bon depuis... No Code ! C'est dire si ça date ! Visiblement, Eddie Vedder et les siens sont en forme.
D'ailleurs, je ne comprends pas que Pearl Jam n'ait pas sorti Save You en single, qui me paraît beaucoup plus convaincant que I Am Mine.

Love Boat Captain s'ouvre sur une introduction étrange au clavier. C'est limite une introduction new wave. Pour le fan que je suis, il y a de quoi avoir peur. Pearl Jam va-t-il sombrer à nouveau dans les délires de Yield et de Binaural ?
Il n'en est rien. Love Boat Captain est également un morceau mélancolique, qui fait clairement référence à la tragédie qui s'est déroulée lors du festival au Danemark. Je n'y reviens pas. Je l'ai déjà évoquée plus haut.

Cropduster a tout du single en puissance. C'est un morceau rock de facture classique mais largement supérieur aux mêmes titres rock présents sur Binaural. Avec cette quatrième livraison, Eddie Vedder semble s'être également un peu assagi.
En effet, par le passé, le chanteur ne pouvait s'empêcher de gémir sur les titres nerveux. Certes, j'aime bien sa voix, mais Eddie Vedder en fait parfois un peu trop. Ici, la voix est posée, belle et limpide. Du tout bon donc !

Ghost: Même remarque que pour Save You et Cropduster, Ghost a tout du gros single en puissance. Certes, mêm s'il est excellent, Ghost n'arrive pas à la cheville d'un Alive ou d'un Even Flow. Pourtant, force est de constater que ce cinquième titre repose sur une ambiance solide et un refrain ravageur, encore une fois porté par la voix magnifique d'Eddie Vedder.

I am mine: Un single efficace mais sans plus. Personnellement, je n'ai été fan de ce morceau, sans savoir trop réellement pourquoi. Pearl Jam a fait largement pire par le passé, surtout avec ses deux albums précédents. Néanmoins, I am mine ne m'emballe pas.
Je préfère largement les cinq morceaux précédents et de loin !

Thumbing in my way marque un moment de pause important sur Riot Act. C'est aussi le dernier bon titre du disque. Jusque-là irréprochable (même si je ne suis pas trop fan de I am mine), Pearl Jam sombre peu à peu dans ses anciens démons.
Dommage car cette balade "springteenienne" (je viens d'inventer le terme !) est réellement superbe !

You Are: Alors là, ça se gâte et sérieusement. Certes, Pearl Jam a le mérite de varier son répertoire en proposant un morceau à la limite de la new-wave. Eddie Vedder et les siens retombent dans le syndrôme Yield/Binaural, à savoir cette tentative d'incursion dans de nouveaux styles.
Le seul problème, c'est que You Are ne décolle véritablement jamais et finit rapidement agacer.

Get Right s'en sort beaucoup mieux que You Are. Pas trop difficile en même temps. Certes, j'ai dit que Thumbing my way était le dernier bon titre du disque. J'ai oublié Get Right qui, sans être exceptionnel, se révèle assez efficace. C'est un bon vieux rock classique comme Pearl Jam sait en faire, tout du moins, quand le groupe est en forme. C'est parfois le cas sur ce disque.

Green Disease: Pearl Jam retombe à nouveau dans ses vieux travers. En résulte Green Disease qui aurait pu figurer sur Binaural. Et ce n'est clairement pas un compliment. On se croirait devant un resucé de God's Dice, avec cette introduction qui ne décolle pas et ces guitares paresseuses qui rendent ce morceau stérile et rapidement agaçant.

Help Help est un titre quelconque, pas forcément médiocre, en tout cas, beaucoup moins que Green Disease et You Are. C'est un titre un peu passe partout, qui fait surtout office de remplissage. Anecdotique, Help Help s'écoute néanmoins sans déplaisir, toutefois avec cette désagréable impression que Pearl Jam retombe dans ses vieux travers.
Certes, je l'ai déjà dit, mais bon, Riot Act commençait super bien et se termine de façon décevante.

Bushleaguer: Marrant de voir comment ce morceau a pu être encensé parmi les critiques rock de l'époque... Et oui, souvenez-vous, en 2002, beaucoup de groupes américains s'en prennent à Bush et à son gouvernement. C'était la mode au début des années 2000.
En soi, cette démarche est tout à fait louable, à condition que la chanson suive... Ce qui n'est pas le cas de Bushleaguer, qui ne contient aucune mélodie. Eddie Vedder se contente de débiter tout un tas de critiques envers l'ex-président des Etats-Unis.

1/2 Full est à ranger aux côtés de Help Help. Seule différence, l'introduction est franchement réussie. Néanmoins, les choses se gâtent par la suite via un refrain ultra répétitif, qui s'écoute toutefois sans déplaisir. Au même titre que Help Help, 1/2 Full est un morceau quelconque et passe partout, pas forcément désagréable, mais que l'on aura vite fait d'oublier.

Arc: Eddie Vedder et ses vieux travers personnels... Arc n'est pas vraiment un morceau à proprement parler. C'est une sorte d'interlude musical dans lequel Vedder nous fait part de sa voix, certes splendide. Seul problème et pas des moindres, Arc est au mieux insignifiant avec cette espèce d'ambiance tribale, tout du moins, pseudo indienne.

All or none clôt Riot Act. Pearl Jam termine le disque par une balade. Très sincèrement, je ne vois pas trop quoi dire sur All or none, si ce n'est qu'il s'agit d'un morceau assez anecdotique, qui s'écoute avec un ennui poli. Clairement, le groupe a produit des balades bien plus convaincantes que cette ultime "galette", un tantinet sirupeuse et ennuyeuse.

Au final, Riot Act est un album à la fois étrange et terriblement inégal. Clairement, cette septième livraison se décompose en deux parties très distinctes. La première, beaucoup plus rock dans l'ensemble, à quelques exceptions près, est de loin la plus réussie.
On relève même d'excellents moments. On croit alors au grand retour de Pearl Jam. Hélas, dans la seconde partie du disque, Pearl Jam retombe dans le syndrôme Yield/Binaural, à savoir cette incursion dans de nouveaux styles et cette alternance entre des titres rocks bancals et des morceaux insignifiants. Heureusement, le groupe de Seattle retrouvera de sa superbe avec l'album suivant.