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2013 aura été l'année de deux retours inespérés : David Bowie et Black Sabbath. Deux retours qui, définitivement, sont les derniers de ces deux piliers, Bowie étant mort en 2016 juste avant de nous offrir son testament musical Blackstar, et Black Sabbath a arrêté sa carrière récemment, après une ultime tournée et un double live du nom évident de The End. Live au sein duquel on ne trouve strictement aucune chanson de leur dernier album, 13, qu'ils ont sorti en 2013. Ce qui est une incompréhensible hérésie, tant cet ultime album, à la pochette enflammée et en hologramme (le 13 prend feu, ou pas, selon la position du boîtier CD dans vos mains ; je ne sais pas si le vinyle propose aussi cet hologramme, n'ayant que le CD), est une tuerie absolue. Sincèrement, en ce qui me concerne, autant je croyais fort en l'album de Bowie en 2013 (et je n'ai pas été déçu, et ne le suis toujours pas, The Next Day étant excellent, mais je m'égare), autant je n'attendais pas grand chose de l'album du Sabbat Noir, dont la dernière livraison studio complète (il y avait eu deux morceaux studio inédits sur le double live Reunion de 1998, qui n'étaient pas terribles), épouvantable, datait de 1995, Forbidden. On a un moment parlé d'une reformation du groupe au complet, mais au final, Bill Ward, le batteur, ne fera pas partie de l'aventure. Il est remplacé par Brad Wilk, batteur de Rage Against The Machine et Audioslave. Le reste est là, bien là, Ozzy Osbourne au chant (sa voix, moins aigüe qu'avant au vu de son âge, n'a cependant rien perdu), Tony Iommi à la guitare, Geezer Butler à la basse.

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Iommi, rongé par un cancer et sa chimio (il remercie les médicaments qu'il prenait, dans les notes de pochette), maladie qu'il a cependant surmontée, a bien failli ne pas faire partie de l'aventure, qui aurait donc été avortée (aucun album de Black Sabbath n'a été fait sans lui, sa guitare étant le son du groupe par excellence). 13, long de 53 minutes pour 8 titres (et proposant dans sa version collector un second disque de trois bonus-tracks, long de 15 minutes ; l'album, au final, dure donc 68 minutes, et les trois bonus-tracks, Methademic, Piece Of Mind et Pariah, sont quasiment aussi bons que les 8 titres de l'album), est produit par Rick Rubin, un pilier de la production hard-rock (mais aussi rap/hip-hop). L'album possède un son absolument dantesque, surpuissant, violent et doom, du grand art niveau production, un peu trop peut-être, car on reprochera à Rubin de ne pas laisser respirer l'auditeur, tout est à donf', aucun répit pour les oreilles durant la cinquantaine de minutes. Et aucune mauvaise chanson tout du long, ce qui est un vrai miracle. On prend énormément de plaisir à écouter 13, aussi bien sur sa chaîne hi-fi qu'en voiture ou au casque. On notera au passage d'indéniables références aux anciens titres de gloire du groupe, trop sans doute, peut-être : End Of The Beginning s'ouvre sur des sons d'orage pluvieux (l'album se termine aussi sur ces effets sonores, comme pour boucler la boucle), exactement comme Black Sabbath, premier morceau éponyme du premier album éponyme. Le riff de Loner est celui de NIB, ni plus ni moins. Zeitgeist est calme, apaisante et éthérée comme l'était Planet Caravan

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On ne peut pas parler d'autoplagiat, même si c'est vrai que pour Loner, c'est assez évident, le riff est celui de NIB, tout simplement. Mais la qualité des morceaux et de l'interprétation est telle qu'on pardonne au groupe. Et puis on sentait bien, en 2013, maladie de Iommi oblige, que 13 serait probablement le dernier album du groupe, le baroud d'honneur, et vu comme ça, un peu d'autoréférence ne peut faire de mal à personne. Une des chansons, God Is Dead ?, fera gagner au groupe son premier Grammy Award, celui de la meilleure performance metal de 2014. Le titre du morceau ne fera donc pas peur aux officiels ! Une des meilleures chansons d'un album plutôt généreux en la matière, Zeitgeist, Dear Father, Live Forever et End Of The Beginning sont également de pures tueries. En écoutant le résultat final, Ozzy se dira sidéré à quel point 13 est un bon album, comme s'il ne s'attendait pas à ce que le groupe réussisse autant dans son entreprise ! Tout simplement un essentiel pour tout fan du groupe, et pour tout amateur de hard-rock et de heavy metal. Et une conclusion idéale pour la discographie, pas parfaite on l'a vu, mais quand même impressionnante, d'un groupe majeur dans son genre !

End Of The Beginning

God Is Dead ?

Loner

Zeitgeist

Age Of Reason

Live Forever

Damaged Soul

Dear Father

CD bonus :

Methademic

Piece Of Mind

Pariah