Vivadixiesubmarinetransmissionplot

A l'époque de la sortie de Vivadixiesubmarinetransmissionplot, Mark Linkous, alias Sparklehorse, est loin d'être un inconnu dans le monde de la musique. Certes, le compositeur est toujours à la recherche de son premier succès et de la reconnaissance.
Mais par le passé, Mark Linkous a sévi au sein du groupe Dancing Hood. Certains artistes parlent déjà de lui comme un futur songwritter de talent. Toutefois, les maisons de disque boudent l'artiste et Mark Linkous refuse de céder à la tendance commerciale.

En 1995, Mark Linkous fonde Sparklehorse dont il est le seul et unique membre. La même année, il sort donc son tout premier disque, au nom imprononçable de Vivadixiesubmarinetransmissionplot. La pochette est pour le moins étrange puisqu'on y voit le masque d'un clown flottant dans l'air sur un fond bleur clair, néanmoins un peu nuageux.
Mark Linkous n'est pas un amateur de chansons à rallonge. Preuve en est avec ce premier effort, qui comprend 17 morceaux pour une durée totale de 47 minutes environ.

Vivadixiesubmarine... sera salué par la critique, la presse et le milieu artistique. Radiohead s'intéresse de près au son et à l'univers de Mark Linkous. Qu'à cela ne tienne, l'artiste est convié à effectuer les premières parties du groupe britannique lors de sa tournée en 1996.
Cette tournée sera marquée par la tentative de suicide de l'intéressé. Retrouvé dans sa chambre d'hôtel, Mark Linkous est conduit d'urgence à l'hôpital. La suite ? Mark Linkous est réanimé de justesse et doit subir plus de six mois de convalescence. Il se déplace alors dans une chaise roulante.

Inutile alors de préciser que le chanteur et compositeur n'a rien d'un fanfaron. Vivadixiesubmarine... connaîtra un certain succès grâce au single Someday I Will Treat You Good, qui rencontrera son public sur les ondes radios. Ce titre rock et nerveux a le mérite de présenter les hostilités.
Vivadixiesubmarine... repose sur une formule efficace, à savoir cette alternance entre des moments calmes, poètiques, mélancoliques et de toute beauté et des moments beaucoup plus rock dans leur tonalité. Il serait donc dommage de caricaturer uniquement Sparklehorse à du rock dépressif.

Néanmoins, ne vous attendez pas à écouter un disque particulièrement joyeux. Les différents titres de ce petit bijou ne parlent pas des abeilles qui butinent avec grâce au mois de juillet. Vivadixiesubmarine... est avant tout un album torturé.
Le superbe Homecoming Queen ouvre les hostilités. Le chant de Linkous n'a en soi rien d'extraordinaire.
Pourtant, tout au long du disque, il se dégage une énorme sincérité et une sensibilité bouleversante. Clairement, Mark Linkous a souffert (Weird Sisters, Heart of Darkness ou encore Sad § Beautiful World, pour ne citer que ces quelques exemples).

Vivadixiesubmarine... ne souffre d'aucun défaut, tout du moins, de chanson un peu faible. Pour un premier disque, c'est tout simplement une grande performance et la marque d'un futur talent. Parmi les grandes réussites, nous citerons également Saturday, Cow, Tears on Fresh Fruit, Rainmaker et Waiting for Nothing. Au niveau des influences, Vivadixiesubmarine... n'est pas sans rappeler les plus belles réussites de Tom Waits. C'est dire la qualité de cette première livraison.
Sparklehorse confirmera sa réputation par la suite avec Good Morning Spider.

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Sparklehorse, je connaissais déjà quelques trucs de ci de là (It's A Wonderful Life), mais je n'avais jamais écouté un album en entier, jusqu'à ce que découvre, très récemment, sur ce blog, la chronique, ci-dessus, qu'Alice In Oliver a fait du premier album de ce groupe en réalité constitué majoritairement du chanteur et guitariste Mark Linkous (mort en 2010, suicide, une balle dans le coeur, faut dire que ce mec n'avait pas vraiment la tête à vivre pleinement et joyeusement sa vie). Ce premier album de Sparklehorse date de 1996 et, sous sa pochette étrange représentant, dans un ciel nuageux mais bleu, un ballon en forme de tête de clown (du moins, je suppose qu'il s'agit d'un ballon, vu qu'il flotte... dire qu'il flotte et parler d'un clown me fait violemment penser au roman Ca de Stephen King, d'ailleurs...), il n'est clairement pas un disque facile d'accès et follement gai. 47 minutes et 16 titres, 17 pour sa version vinyle. On imagine que les morceaux sont courts, et en effet, même si on en a quand même un de 7 minutes (Cow) et un de 5 minutes et quelques (Weird Sisters). Mais on a aussi quelques morceaux de moins d'une minute (850 Double Pumple Holley, Ballad Of A Cold Lost Marble, Little Bastard Choo Choo), d'autres de moins de 3 minutes (beaucoup)... L'album, en plus d'avoir une pochette cheloue et une structure qui ne l'est pas moins, possède un titre totalement con, inspiré par un rêve que Linkous aurait fait : un sous-marin dirigé par le Général sudiste Robert Lee (guerre de Sécession), transmettant, dans l'eau, des mots, des sons. Tout aussi connement que logiquement, l'album s'appelle Vivadixiesubmarinetransmissionplot, en un seul mot, de quoi avoir envie de s'avaler un Dafalgan 500 avant de poursuivre la lecture de cette passionnante (non) affligeante (non plus, quand même pas) passionnante (bah si, finalement) chronique.

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Ca va mieux, la tête ? Alors, on continue. Vivadixiesubmarinetransmissionplot (et un Dafalgan de plus) est donc un album bizarre comme sa pochette et son titre le laissent présumer. C'est d'une noirceur souvent terrifiante, le tout étant accentué par la voix souvent maquillée (étouffée, comme sortant d'un vieux transistor) et, aussi, tristounette de Linkous. Triste comme un jour sans cul quand on s'appelle Rocco Siffredi, comme un jour sans repas quand on se regarde dans le miroir, qu'on aperçoit Gérard Depardieu dans le reflet, et que personne ne se trouve à côté de soi (j'ai plus de Dafalgan, désolé). L'album a beau être de ceux qu'on apprécie de plus en plus à chaque écoute (ça fait deux écoutes aujourd'hui, mes deux premières, j'ai donc de l'espoir d'encore mieux l'apprécier dans le futur), je dois dire que j'ai vraiment bien aimé ce disque, qui s'ouvre sur trois chansons absolument fantastiques (je ne compte pas 850 Double Pumple Holley parmi elles, ce morceau dure moins d'une minute) : Homecoming Queen (que je connaissais déjà), Weird Sisters et Rainmaker. Cow, Someday I Will Treat You Good (celle-là aussi, je la connaissais), Saturday ou Most Beautiful Widow On Town sont également de superbes petites (enfin, petite, pour Cow et ses 7 minutes gargantuesques...) chansons. Sans oublier le délicat final Gasoline Horseys. Après, Alice In Oliver is right (à la one again), l'album offre aussi des chansons un peu moins percutantes, difficile d'offrir 16 titres grandioses, même si l'album ne peut pas être qualifié de disque trop long et victime de remplissage (l'album ne dure pas 50 minutes, après tout). Spirit Ditch, Tears On Fresh Fruit (qui se suivent) et Hammering The Cramps, plus les très courts morceaux, me sont passés au-dessus de la tête comme vous n'avez pas idée qu'ils sont passés. M'enfin, comme dirait Gaston (j'essaie le plus possible de mettre de l'humour, car deux écoutes de Vivadixiesubmarinetransmissionplot en une journée, ça peut faire mal), rien de grave.

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Bref, voici un excellent premier album, qui sera suivi d'un Good Morning Spider apparemment tout aussi bon, voire meilleur (je l'aborde bientôt, mais j'ai bien peur que ça sera à peu près tout pour Sparklehorse sur le blog, en tout cas, me concernant). Ce n'est cependant clairement pas conseillé à celles et ceux qui n'apprécient pas la musique dépressive : à côté de ce disque de Sparkehorse, Syd Barrett, Nick Drake, Radiohead et autres Elliott Smith passeraient presque pour de la dance italienne des années 80 type Tarzan Boy. Il faut être dans le bon état d'esprit pour écouter ce disque ; si vous venez a) de vous faire virer de votre boulot b) de vous faire larguer par votre mec ou copine c) d'apprendre le décès d'un proche ou d) de louper le dernier épisode de votre série TV préférée et qu'il n'y à pas de rediffusion de prévue, alors attendez un peu avant de foutre Vivadixiesubmarinetransmissionplot dans le lecteur. Prononcez à vois haute, en articulant bien, son titre pendant une trentaine de fois, et si ça va mieux, écoutez-le. Sachez cependant que l'écoute sera certes douloureuse par moments (même en se sentant bien, on se sent mal, en empathie directe avec Mark Sparklehorse Linkous), mais vraiment passionnante dans son ensemble. Un sublime album à (re)découvrir, et merci Alice In Oliver de me l'avoir fait découvrir par le biais de sa chro' (rien que la pochette et le titre m'ont donné envie d'écouter le disque) !

Homecoming Queen
Weird Sisters
850 Double Pumple Holley
Rainmaker
Spirit Ditch
Tears on fresh fruit
Saturday
Cow
Little Bastard Choo Choo
Hammering the cramps
Most beautiful Widow on Town
Heart of Darkness
Ballad of a Cost Lost Marble
Someday I Will Treat You Good
Sad § Beautiful World
Gasoline Horseys