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 En 1978, Roger Waters propose à ses complices de Pink Floyd deux ébauches d'albums, deux projets, en leur demandant lequel ils pensent être le plus à même d'être le futur album du groupe. D'un commun accord, ils choisiront une histoire assez étrange et pleine de symboles sur une rock-star qui se cache du monde entier, de ses psychoses, en se construisant, avec, un mur. L'album sera, évidemment, The Wall, sorti en 1979, et inutile d'en parler ici davantage, on n'est pas là pour ça. L'autre projet sera utilisé par Waters quand celui-ci, en 1984, se lancera en solo (il avait, à la fin des années 60, fait un disque solo avec Ron Geesin, un spécialiste de la musique expérimentale qui a bossé sur Atom Heart Mother du Floyd, l'album, c'est Music From The Body). Cet autre projet, qui a donc failli être un album du Floyd, c'est The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, album qui, à sa sortie, sera source de scandale à cause de sa pochette : OK, elle est immonde (ces couleurs, le titre de l'album et le nom de l'artiste qui, en rouge sur fond violet/bleu foncé, sont difficilement lisibles...), mais c'est évidemment parce qu'on y voit Linzi Drew (une actrice de films de boules britannique) à poil, de dos, avec un sac à dos, faisant du stop, qu'elle a fait scandale ; elle sera, on s'en doute, interdite, censurée, dans certains pays, comme aux USA. L'album offre 12 titres étrangement titrés, tous ont une heure (matinale !) avec un vrai titre entre parenthèses. Le tout dure 42 minutes. Côté musiciens, Waters ayant quitté le Floyd dans la rancoeur de ne pas voir (selon lui) son travail correctement apprécié par les autres, on ne s'étonnera pas de l'absence royale (que dis-je, impériale !) des autres membres du groupe ici. En revanche, on notera la présence d'Eric Clapton, David Sanborn, Ray Cooper, Michael Kamen, Andy Bown, Andy Newmark, et de plusieurs voix pour les personnages de l'histoire (Jack Palance, Madeline Bell, Andy Quickley, Cherry Vanilla, Waters lui-même). Bien entendu, Waters, sur le disque, en plus de chanter, tient la basse.

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L'histoire est celle d'un homme qui, durant une nuit (de 4h30 à 5h11 du matin !), rêve d'une autre vie, avec une femme, mais est rattrapé par le quotidien à chaque fois. Waters ne peut évidemment s'empêcher de balancer ici quelques unes de ses obsessions (la paranoïa, la folie, le mal-être, l'amour trahi, la trahison en général) et de dire certaines vérités (à un moment, sur 5:01 AM (The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, Part 10), Yoko Ono en prend plein la gueule, Waters dit ce qu'il pense de sa musique). Musicalement, on retrouve bien le Waters de The Final Cut, le dernier album qu'il a fait au sein du Floyd (et le dernier album du groupe à l'époque, 1983, un bide commercial et critique retentissant, mais un disque très sous-estimé) : chant alterné entre voix larmoyante, gémissante et murmures (ce qui est parfois assez chiant si on veut suivre les paroles imprimées dans le livret), et instrumentalisation assez symphonique parfois (Michael Kamen oblige, et le bonhomme officiait déjà sur The Final Cut ; à noter qu'Andy Bown, Ray Cooper et Andy Newmark jouaient aussi sur The Final Cut). Comme on le dit souvent, The Final Cut fait plus penser à un virtuel album solo de Waters qu'à un disque de Pink Floyd ; réciproquement, tout en étant un disque solo de Waters, The Pros And Cons Of Hitch-Hiking (au fait, ça veut dire 'les pours et les contres de l'auto-stop' !) aurait très bien pu être un album du Floyd, c'était son but, à la base, si le groupe ne lui avait pas préféré un certain Mur !

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L'album, sans être le sommet de la carrière de Waters, offre de très bons moments. Mine de rien, c'est tout de même assez difficile de le décortiquer, l'album marchant vraiment comme un tout, les 12 titres à la suite (quasiment tous se suivent sans aucune pause, sauf, évidemment, entre les titres 6 et 7, la pause étant le changement de face, normal), et j'ai personnellement beaucoup de mal à imaginer un de ces titres sans les onze autres. Je n'écoute jamais un titre en particulier, toujours l'album en entier, les 42 minutes d'un coup. Donc, on peut dire que certains passages sont plus réussis que d'autres, mais j'ai du mal à dire lesquels, en fait. Non pas que je n'arrive pas à maîtriser l'album, c'est juste que je ne fais jamais gaffe à quand un morceau se finit et quand un autre démarre. On peut dire que 4:30 AM (Apparently They Were Travelling Abroad), 5:01 AM (The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, Part 10), 4:41 AM (Sexual Revolution) - aux paroles assez crues ! - et 4:50 AM (Go Fishing) sont les meilleurs moments, mais les autres sont également pas mal. Après, ce n'est pas le sommet de Waters en solo, il est certes meilleurs que Radio KAOS (de 1987, disque vraiment moyen) et que son concept-album Ca Ira (2004) sur la Révolution Francaise (qui est pas mal), mais Amused To Death, de 1992, reste clairement son meilleur album post-Pink Floyd. Enfin, en tant que lancement officiel de la carrière solo de l'ex-tête pensante du Floyd, The Pros And Cons Of Hitch-Hiking reste un disque vraiment recommandé.

FACE A

4:30 AM (Apparently They Were Travelling Abroad)

4:33 AM (Running Shoes)

4:37 AM (Arabs With Knives And West German Skies)

4:39 AM (For The First Time Today, Part 2)

4:41 AM (Sexual Revolution)

4:47 AM (The Remains Of Our Love)

FACE B

4:50 AM (Go Fishing)

4:56 AM (For The First Time Today, Part 1)

4:58 AM (Dunroamin, Duncarin, Dunlivin)

5:01 AM (The Pros And Cons Of Hitch-Hiking, Part 10)

5:06 AM (Every Strangers' Eyes)

5:11 AM (The Moment Of Clarity)