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David Gilmour, guitariste, chanteur (pas à tous les coups, ceci dit ; il partageait, comme on le sait, le chant avec Roger Waters et Rick Wright) et compositeur (essentiellement pour ses chansons) de Pink Floyd, a intégré le groupe en 1968 en remplacement définitif de son ami Syd Barrett, qui devenait encore plus cinglé qu'une fourmi rouge à cause du LSD qu'il s'engloutissait par paquets de buvards, et, aussi, de plein d'autres facteurs, sans doute. Le groupe, dès lors, deviendra de plus en plus énorme, un vrai pilier du rock progressif et planant (et du rock tout court) des années 70. En 1978, alors que le Floyd est dans une position légèrement délicate (Animals, de cette année, marchera bien, mais le groupe sent que dans une époque touchée de plein fouet par la vague punk, il n'a plus autant sa place qu'avant ; Animals, pourtant, sorti l'année précédente, disque féroce et nihiliste, est sans doute l'album punk du groupe, du moins pour les idées qu'il trimbale plus que pour la musique qu'il offre), Gilmour lance sa carrière solo, avec un disque éponyme (David Gilmour). A la même époque, Roger Waters hésite entre deux nouveaux concepts pour le prochain album du groupe, The Wall ou The Pros And Cons Of Hitch-Hiking (il finira pas faire son choix, ça sera The Wall, et l'autre projet sera son premier opus solo, en 1984), qui sera fait dans la douleur en 1979. Le premier album solo de Gilmour, sous sa belle pochette photographique le montrant évoluant dans un décor enneigé, est pas mal, on a connu mieux, mais surtout pire, surtout pour un premier album. Gilmour attendra six ans, soit jusqu'à 1984, pour faire un deuxième album. Ce disque, donc, About Face (dont la pochette vinyle était, sauf erreur de ma part, légèrement plus grande que de coutume, si j'ai bien lu sur le Net ! Je n'ai jamais eu ce vinyle entre les mains pour vérifier...), est sorti la même année que le premier opus solo de Waters (le concept-album The Pros And Cons Of Hitch-Hiking dont je parlerai ici bientôt).

DG2

A l'époque, le Floyd est dans une position pire que prévue : le disque le plus récent du groupe, The Final Cut (1983), entièrement signé et interprété par Waters, est certes sublime, mais sera un four mémorable, il faut dire qu'il est tout sauf floydien (une charge féroce contre Margaret Thatcher, la guerre des Malouines et le gouvernement de la Dame de Fer en général), avec ses ambiances tour à tour lo-fi ou symphoniques, et son chant habité (et parfois larmoyant : Waters' style !) et engagé. Pire, en 1983, Wright n'est plus dans le groupe (le claviériste fut viré, en 1981, par Waters), et Nick Mason (batteur) n'est plus le seul à jouer de son instrument (remplacé, sur un ou deux titres, par Andy Newmark, qui est bon, mais quand même...). Et Gilmour réduit à un accompagnateur musical à qui Waters laisse peu de chances de s'exprimer (Not Now John, notamment). The Final Cut sera un échec commercial, et sera mal accueilli par la presse, et bien nombreux sont les fans du groupe qui, aujourd'hui encore, chient sur ce disque qui sera le dernier avec Waters (il part peu après, une longue guéguerre juridique entre lui et le reste du groupe éclatera sur le bien-fondé, ou pas, de l'utilisation du nom Pink Floyd par Gilmour et Mason, en 1986, quand ils voudront refaire un disque ; bataille perdue par Waters, on le sait). Pourtant, The Final Cut est, dans son genre, sublime, mais c'est plus un album solo virtuel de Waters qu'autre chose. Un an plus tard, donc, tandis que Waters lance réellement sa carrière solo, Gilmour relance la sienne avec About Face, 45 minutes (et 10 titres) tour à tour pop, rock pur, hard-rock ou blues-rock. Avec la participation du batteur Jeff Porcaro (de Toto), du bassiste Pino Palladino, et du claviériste Stevie Winwood, notamment (on note aussi Bob Ezrin aux claviers et a la coproduction - avec Gilmour - et Jon Lord, de Deep Purple, aux synthétiseurs, plus le percussionniste Ray Cooper, le claviériste Ian Kewley, et Roy Harper, Sam Brown et Mickey Heat aux choeurs...).

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S'ouvrant sur un Until We Sleep remarquablement pop-rock/hard-FM, se poursuivant sur un Murder efficace, About Face est une réussite majeure pour le guitariste floydien, ce qui ne l'empêchera pas d'attendre quelques 22 ans (oui, jusqu'en 2006 !) pour refaire un disque solo, et ça sera On An Island, une réussite encore plus majeure qu'About Face (mais un disque plus planant, floydien, moins rock aussi), sur lequel Wright, deux ans avant sa mort, jouera un peu. Là, en revanche, aucun membre du groupe n'est présent, pas de Mason ou de Wright (et, évidemment, de Waters). Mais ils ne manquent pas trop, vu la réussite des chansons, Let's Get Metaphysical (un instrumental efficace), Cruise, All Lovers Are Deranged, Out Of The Blue (sublime), Near The End... Dans l'ensemble, rien de négatif à dire sur cet album qui compte assurément parmi les plus grandes réussites pop/rock des années 80 (et qui plus est, d'une année 1984 dans l'ensemble plutôt médiocre et ravagée par la new-wave). Si vous aimez David Gilmour, ce disque est tout simplement essentiel, d'autant plus qu'on le trouve plutôt facilement.

FACE A

Until We Sleep

Murder

Love On The Air

Blue Light

Out Of The Blue

FACE B

All Lovers Are Deranged

You Know I'm Right

Cruise

Let's Get Metaphysical

Near The End