A

- "Cette tournée de réédition du premier album commence à me peser mentalement. Rejouer les mêmes morceaux dans le même ordre tous les soirs... Et puis, le groupe en 2011 est désormais bien loin de celui d'il y a 10 ans." Josh Homme, 2011.

L'annonce du leader de la branche (très) modérée du parti SVP (Stoner Viril et Poilu) avait désarçonné bon nombre de militants. Ces vélléités d'indépendance vis-à-vis de la maison-mère annonçaient des lendemains incertains. Pire : le batteur/ministre des Sports Joey Castillo se voyait débarquer "à l'amiable" (version officielle... mais vous savez, en rock-politique...). Encore un signal négatif envoyé aux fidèles de la cause. La mise au point du programme prenait sans cesse du retard, alors que l'échéance électorale était prévue pour le printemps 2013. Homme, entouré de ses fidèles Chris Goss et Alain Johannes à la production, s'affaire alors au recrutement d'une armée mexicaine pour l"épauler dans ce but.

Troy Van Leeuwen demeure au poste du couteau suisse musical/arbitre des élégances, ainsi que Dean Fertita (même rôle en moins utile) et Michael Shuman qui gagne du galon à la basse. Les intervenants nouveaux ne sont pas vraiment des perdreaux de l'année : le génie de la finance Dave Grohl qui prend le relais de Castillo (qui demeure présent sur quelques points de programme) tout en annonçant qu'il ne restera pas (on trouve donc Jon Théodore (ex Mars Volta), batteur attitré du groupe désormais, sur le morceau-titre), le Singe savant Alex Turner, les grognards des vieilles campagnes glorieuses Mark Lanegan et Nick Olivieri (dans un rôle très discret pour ce dernier, Lanegan gagne un crédit de songwriting pour Fairweather Friends), la Première Dame Brody Dalle, la Reine Véritable Sir Elton John (qui a envoyé son CV sur le mode "il vous faut une vraie Reine pour cet album", la classe... Lui aussi est impliqué sur Fairweather Friends, morceau très classic rock), ainsi que Trent Reznor...

Bon, avant de publier ce programme électoral en 10 points, Homme part en pré-campagne et livre un point dès la fin du mois de mars. My God Is The Sun est destiné à rassurer les militants apeurés par les annonces de 2011. Morceau solidement charpenté, avec un quelque chose d'épique dans le refrain qui va faire fureur dans les meetings. On en vient d'ailleurs au slogan choisi pour cette nouvelle campagne...

- "Le changement, c'est maintenant !", Josh Hollande, 2013.

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(line-up 2013 : Shuman, Van Leeuwen, Theodore, Homme, Fertita) 

Homme tente le gros coup. Tel un Jean-Claude Van Damme dans Kick Boxer, il tente le grand écart entre les militants historiques et un appel du pied à la frange la plus aventureuse du PPR (Parti Pop-Rock), formation souvent frileuse et conservatrice. Sa seule crainte est qu'un petit plaisantin ne se glisse par en dessous pour lui cramer les poils du derche... D'où un programme en plusieurs parties qui peut aussi bien tout rafler la mise que laisser un bon nombre de fidèles sur le carreau. Les analystes avertis parlent pour situer le résultat d'une lointaine similitude avec le programme de 2005, Lullabies To Paralyze, matiné d'un soupçon de TCV. Plusieurs tendances s'en dégagent donc...

On trouve deux points d'un clacissisme achevé : le My God Is The Sun cité précedemment, ainsi que l'ouverture Keep Your Eyes Peeled. Ce morceau ouvre les hostilités sur un mode psyché et lourd avec une basse caverneuse, breaks, guitares tordues. Homme tente d'attirer l'attention dans un registre "garde les yeux ouverts, tu vas voir un peu...".

La deuxième tendance relevée est l'ouverture pop de façon plus ou moins discrète. I Sat By The Ocean fait penser à du TCV light : ambiance à la Bandoliers, Homme impérial au chant (en pure démonstration sur tout l'album), refrain addictif avec ses allusions aux "passing ships in the night".
Fairweather Friends est une déception à la première écoute. On pense à une Foo Fighterserie ratée... Avec le temps, on se rend compte de son aspect foncièrement old school/classic rock. Le piano d'Elton n'est pas étranger à ce revirement de point de vue. Piano littéralement obsédant... Et les paroles sentent le fiel bien comme il faut. Le troisième morceau "pop" est LE sommet de l'album avec un autre que nous aborderons plus tard. I Appear Missing est un joyau, le mot est lâché. Pop song lente et désolée qui dure le long de 6 minutes absolument éblouissantes, avec un final de guiatres à se pendre. Instant Classic, direct dans le top 10/15 du groupe. Je me demande encore ce que j'avais pris le jour de ma première écoute pour avoir déclaré que c'était pas bon. Morceau le plus représentatif de l'ambiance de l'album, cafardeux, vaguement dépressif et introspectif (Josh Homme est passé près de la mort au cours d'une intervention chirurgicale en 2010).

Troisème tendance : le côté "groove sexy" que semble apprécier Homme depuis LTP. Ici, on trouve deux morceaux qui peuvent entrer dans cette case, mais contrairement à des Skin On Skin ou Make It Wit Chu, il subsiste cette menace sourde. Smooth Sailing est le moins convaincant de ces deux titres. La structure est solide, mais ça ne mène pas forcément au nirvana. Plus préliminaires que femme fontaine. Par contre, If I Had A Tail sort la sulfateuse. Beat discoîde massif et malsain asséné par un Grohl en forme olympique, Homme qui lâche un définitif "Kootchie kootchie, oh lala !" dès l'entrée en matière... Avant le coup de grâce du refrain, d'une menace intense et aux paroles sans ambiguités (If I had a tail, I'd swat the flies : je n'aimerais pas être le destinataire des paroles...). Lanegan, Olivieri et Turner épaississent les choeurs, rendant l'affaire encore plus glauque. Deuxième sommet de l'album.


Enfin, Homme a toujours apprécié les ballades : This Lullaby, I Never Came, Long Slow Goodbye, Mosquito Song... Mais rarement elles n'auront eu autant droit de cité sur un album QOTSA. 3 sur 10 titres. Passons sur la moins bonne des trois, le morceau-titre qui finit l'album à la limite de la miévrerie. Penchons nous plutôt sur le cas de la très intriguante Kalopsia écrite avec Alex Turner. Sorte de cauchemar nocturne et étouffé sous les eaux, ambiance noir d'encre, et relevé par un refrain saturé. LE morceau qui risque de diviser sur l'album. L'équivalent du Interlude With Ludes de l'album de TCV.
Reste la troisième... The Vampyre Of Time And Memory est la plus belle chanson de l'album, I Appear Missing exceptée (ce qui ne signifie pas la meilleure, mais franchement pas loin...). Claviers rétro-futuristes seventies, piano classique, guitares toutes en délicatesse, Homme qui se met à nu comme jamais. Paroles simples et ultra-touchantes (I want God to come / And take me home / Coz I'm all alone in this crowd / Who are you to me? / Who am I suppossed to be? / Not exactly sure anymore...) qui pourraient passer pour de la niaiserie si Homme ne livrait pas une interprétation bouleversante. Le fier à bras rouquin se dévoile sur cet album plus que jamais, laissant peut-être poindre des signaux quant à une future carrière en solitaire.

 

Voila le moment de la véritable croisée des chemins. Era Vulgaris se voulait un retour à une certaine forme de stoner robotique, mais ici les amarres sont définitivement lâchées avec les trois premiers albums. ...Like Clockwork pousse la logique de Lullabies à son paroxysme. Homme a toujours refusé d'être catalogué comme un artiste stoner (même à l'époque de Rated R, c'est dire), et là il laisse une lettre d'adieu sur la table des fans de Kyuss ou des débuts de QOTSA. Les plus audacieux et les plus fidèles le suivront, les autres tourneront le dos définitivement en haussant les épaules. Démarche d'autant plus courageuse qu'il n'est absolument pas sur que le grand public adhère à celle-ci. Sans savoir de quoi les lendemains seront faits, j'ai repris mon bâton de pélerin et accompli mon devoir citoyen. 2013, je vote QOTSA.

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Ca faisait depuis 2007 (soit 6 ans !) que l'on n'avait pas eu de nouvel album des Queens Of The Stone Age à se carrer dans l'oignon. Oui, entre temps, en 2009, Josh Homme, leader (chanteur/guitariste) du groupe, avait eu la bonne idée de créer un supergroupe avec Dave Grohl (Nirvana/Foo Fighters) à la batterie et John Paul Jones (Led Zeppelin) à la basse (et claviers), Them Crooked Vultures, dont le premier opus éponyme est une claque de pur hard-rock teinté de stoner. Un deuxième album de Them Crooked Vultures (alias TCV) est prévu, pour quand on ne sait pas, mais le supergroupe VEUT à tout prix refaire ça, c'est donc une bonne nouvelle. Mais les fans des QOTSA, qu'ils aient ou pas aimé l'album de TCV, voulaient un nouvel album des QOTSA. Qui se faisait violemment attendre. L'album sort en juin 2013, sous une pochette criarde (fond rouge à la Songs For The Deaf, leur sommet de 2002) représentant un vampire à la Dracula période Bela Lugosi, arborant un masque de tête de mort et serrant dans ses bras audacieux une jeune femme environ à moitié du quart pas très chaude pour se laisser boire un cou. L'album s'appelle ...Like Clockwork. C'est un disque plutôt court (46 minutes, 10 titres, ce n'est pas le plus court qui reste, avec 42 minutes, Rated R, mais tout de même) et très audacieux. Tellement audacieux qu'il a divisé, et continuer de le faire, les fans et les rock-critics (et ce, avant sa sortie : les premier échos, quelques mois avant la sortie de l'album, étaient pour le moins terrifiants, on parlait d'album mou du cul, décevant, de leur plus mauvais). Bilan ?

Bilan positif, mon général. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ...Like Clockwork est une réussite totale. Rien à jeter sur les 10 titres de ce très court, mais au final bien dense album. L'album s'ouvre sur deux chansons bien destroy, Keep Your Eyes Peeled et I Sat By The Ocean (que j'ai entendu sur France 3 un dimanche après-midi en bande-son d'une retransmission de course hippique, dans le générique de fin de la retransmission, véridique), histoire de rappeler aux ceusses qui penseraient que ce disque serait trop doux que, bon Dieu de cul, on parle des Reines de l'Âge de Pierre. Pas des doux-doux en général. Et pourtant, The Vampyre Of Time And Memory, qui suit, est...une...ballade ! Une belle, hein, mais une ballade, ce qui, chez les QOTSA, n'est pas une première (Mosquito Song sur Songs For The Deaf, I Never Came sur Lullabies To Paralyse), mais clairement pas une spécialité. Dieu que c'est beau. La suite revient à du lourd, If I Had A Tail, My God Is The Sun, puis on plonge dans un morceau très space, Kalopsia (une réussite, mais j'ai déjà dit que tout était fantastique sur ...Like Clockwork), puis Fairwweather Friends avec le piano d'Elton John (si, si !), sublime, et Smooth Sailing, terrible, et I Appear Missing, grandiose (la meilleure de l'album ?). L'album se finit en beauté avec une autre ballade lacrymale au piano, chant parfait, chevrotant, triste de Homme : Like Clockwork. Magnifique chanson, belle à se tuer par noyade dans ses larmes et sa bière mélangées. J'ai dit qu'Elton John participait à l'album ; sachez qu'il n'est pas le seul guest ici ; le livret de l'album est ultra décevant (un feuillet unique avec, au dos, identiquement la même chose, et c'est pas grand chose, que ce que l'on a sous le disque lui-même) et n'indique pas ces guests, ce qui est une erreur. Car on a Elton, Nick Oliveri (ancien de Kyuss - comme Josh Homme - et des QOTSA), Alex Turner des Arctic Monkeys, Dave Grohl, Mark Lanegan, Patrick Sébastien, Trent Reznor, Brody Dalle, Joey Castillo (un intrus s'est caché dans la liste, sauras-tu, fidèle lecteur, dire où est Charlie ?)... Bref, du beau linge pour un disque qui compte assurément parmi les meilleurs de 2013, et les meilleurs du groupe. God save Queens Of The Stone Age !

Keep Your Eyes Peeled
 I Sat By The Ocean
 The Vampyre of Time and Memory
 If I Had  A Tail
 My God Is The Sun
 Kalopsia
 Fairweather Friends
 Smooth Sailing
 I Appear Missing
 …Like Clockwork