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 J'ai eu du bol de le trouver en CD (et pour un prix incroyable de même pas 10 euros, en plus), celui-là : je pensais en effet que cet album, qui n'en est pas vraiment un, n'existait pas, ou plus, en CD. Mais si, même si ça ne doit pas être le plus fastoche à trouver en magasin (sur le Net, pas de souci à se faire). Or, je l'ai trouvé en magasin, faites péter le champagne et sortez les cotillons ! Je ne l'ai pas trouvé à la FNAC, en même temps, vu que dans ce genre de magasins, on trouve de moins en moins de trucs, ces temps-ci (vous me direz, ça dépend des FNAC  ; dans celle près de chez moi, à Cergy, on ne trouve pas un seul disque de John Lennon, même pas un best-of, vous le croyez ? ; mais dans celle des Halles à Paris, ou d'Italie à Paris aussi, ou à Bordeaux, Lyon, Marseille, on doit sûrement avoir plus de choix). Bon, j'arrête cette digression en plein début d'article, pour enfin parler de ce disque que j'ai enfin trouvé : Decade. Une compilation sortie en 1977, qui était triple à sa sortie (et un beau gros triple album de 2h30, bien rempli à donf', 35 titres !), et tenant désormais sur deux CDs bien remplis aussi, forcément. Decade est considéré comme une des plus grandes compilations de l'histoire du rock avec les best-ofs 'rouge' et 'bleu' (1973 tous deux) des Beatles. Et la bande-son d'American Graffiti (41 Original Classics From The Soundtrack Of American Graffiti, 1973 aussi), qui est une compilation en même temps, de chansons des années 50. 35 titres sont au programme de ce best-of triple, les chansons ont été sélectionnées par le Loner lui-même, qui accompagne, dans l'imposant livret accompagnant les disques, chaque chanson d'un courte annotation manuscrite offrant des anecdotes éparses sur ces chansons (vu que Neil Young a toujours eu une écriture de connard, c'est parfois difficile à lire).

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La réputation d'excellence absolue de ce Decade qui résume, d'où son titre ('décennie') les 10 premières années de la carrière du Loner, soit 1967/1977, est justifiée. De Buffalo Springfield à sa courte (un seul album) collaboration avec Stephen Stills, The Stills/Young Band, en passant par Crosby, Stills, Nash & Young et évidemment sa carrière solo pure (Crazy Horse, Stray Gators), tout est là ou presque, de 1967 à 1977. Tous les albums de cette période, exception faite du live Time Fades Away (toujours absent en CD à ce jour), sont abordés, même Journey Through The Past, via l'unique morceau inédit qui s'y trouvait, Soldier (cependant, la version présente sur Decade est plus courte d'une minute que la version de Journey Through The Past, laquelle est en clip plus bas) ! Last but certainement not least, on a même des chansons inédites : Love Is A Rose, Deep Forbidden Lake, Winterlong, Campaigner (cette dernière, de la collaboration The Stills/Young Band), qui sont excellentes. Et les choix de chansons, placées ici par ordre chronologique dans l'ensemble, sont bien foutus. Buffalo Springfield ouvre évidemment le bal via toute la face A et le premier de la face B (I Am A Child) : Mr. Soul, Broken Arrow ou Expecting To Fly, notamment, sont présents, Sugar Mountain aussi (exception faite de versions live - Live Rust, 1979 - , aucun album n'offre la chanson, si ce n'est Decade ; pas de version studio en album officiel, donc, sauf ici). On regrettera juste l'absence de Nowadays Clancy Can't Even Sing, mais on ne peut pas tout mettre, même sur une triple compilation aussi longue que le Sandinista ! des Clash. Arrivent ensuite des titres solo, du premier album éponyme de 1968 (The Old Laughing Lady, The Loner qui a donné son surnom à Neil), puis d'Everybody Knows This Is Nowhere de 1969 (à la suite, mais séparés par les faces, les deux longues cavalcades Down By The River et Cowgirl In The Sand, qui font toutes deux plus de 9 minutes ! Cinnamon Girl aussi est sur le best-of), puis les autres albums suivent, After The Gold Rush de 1970 (trois morceaux), Harvest de 1972 (cinq morceaux, soit la moitié de l'album), avec, entre ces deux albums, des titres de Crosby, Stills, Nash & Young chantés par Neil, soit Helpless et le mythique Ohio (sur la tuerie de Kent State, en 1970, des manifestants pacifiques abattus dans une émeute par des flics de l'état de l'Ohio, quatre morts, des étudiants). Puis, juste avant les titres de Harvest, on a Soldier, déjà cité. On notera la présence, coincé dans la période 1972, de Star Of Bethlehem, morceau qui se trouve sur American Stars'n'Bars, sorti en 1977 (mais la chanson a été écrite avant, ce qui explique cette place sur Decade).

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On arrive ensuite à la période noire du Loner, via Tonight's The Night (la première des deux versions de la chanson, toutes deux sont sur l'album du même nom, sorti en 1975 mais enregistré en 1973), Tired Eyes (du même album que Tonight's The Night), Walk On, For The Turnstiles (de On The Beach, 1974). Puis Winterlong et Deep Forbidden Lake, deux des inédits. On arrive à un Neil plus apaisé, 1975. Like A Hurricane (de l'album de 1977 déjà cité, mais enregistré avant ; pas mal des morceaux d'American Stars'n'Bars étaient prévus pour un disque du nom de Homegrown, qui ne se fera jamais) est un putain de classique, immédiatement suivi de l'inédit Love Is A Rose, puis le grandiose Cortez The Killer (pour lequel Neil dit, dans ses annotations, interdit en Espagne, et en effet) de l'album Zuma de 1975, puis Decade se finit via Campaigner (inédit) et le grandiose Long May You Run (de l'album du même nom), deux titres de The Stills/Young Band, 1976. Arrivé à ce niveau, on se dit que, malgré l'absence de certains titres fédérateurs de la période couverte par le tracklisting (Everybody Knows This Is Nowhere, Alabama, Journey Through The Past, Will To Love, Revolution Blues, World On A String, When You Dance I Can Really Love, On The Beach ; il aurait fallu un quatrième vinyle !) et malgré le fait que cette compilation ne couvre que la période 1967/1977 (bien obligé : elle est sortie en 1977...) et que les classiques ultérieurs manquent forcément, Decade est sans aucun doute le best-of ultime du Loner. On aurait bien aimé qu'elle sorte quelques années plus tard, afin que des morceaux tels que Pocahontas, My My, Hey Hey/Hey Hey, My My, Comes A Time ou Powderfinger y soient inclus, mais on ne peut pas tout avoir, mes p'tits pères. En tant que tel, lourd de ses 35 titres et de ses trois (ou deux, selon le format) disques, Decade, sous sa pochette bien typée années 70 (lettrage, photo), est rigoureusement essentiel, indispensable, pour le néophyte bien entendu (une belle manière de découvrir la meilleure période de la carrière du Loner ; sachez cependant que 1979 est une grande année, et que la période 1989/1995 est sensationnelle), mais aussi, malgré les doublons que ça entraînera, pour le fan. Et, oui, définitivement, c'est une des plus grandes, si ce n'est la plus grande, compilations au monde, du moins pour le rock.

FACE A

Down To The Wire

Burned

Mr. Soul

Broken Arrow

Expecting To Fly

Sugar Mountain

FACE B

I Am A Child

The Loner

The Old Laughing Lady

Cinnamon Girl

Down To The River

FACE C

Cowgirl In The Sand

I Believe In You

After The Gold Rush

Southern Man

Helpless

FACE D

Ohio

Soldier

Old Man

A Man Needs A Maid

Harvest

Heart Of Gold

Star Of Bethlehem

FACE E

The Needle And The Damage Done

Tonight's The Night

Tired Eyes

Walk On

For The Turnstiles

Winterlong

Deep Forbidden Lake

FACE F

Like A Hurricane

Love Is A Rose

Cortez The Killer

Campaigner

Long May You Run