NY1

Le principe d'une compilation, d'un best-of, est limité : offrir, sur un seul disque (ou deux, ça dépend de la productivité de l'artiste concerné et de la période représentée par le best-of), un condensé de la carrière d'un artiste ou d'un groupe, une sélection de ses meilleures chansons, voire même l'intégraité de ses meilleures chansons, de ses hits. Son intérêt ? Permettre à ceux qui ne connaissent pas bien ce groupe ou artiste, et qui ne savent pas vers quel album se tourner, d'avoir un tour d'horizon, une première approche du répertoire du groupe ou artiste. Libre à eux ensuite, s'ils le veulent, d'acheter un album studio, ou d'en rester au best-of. Je ne compte plus le nombre de groupes ou artistes que j'ai découverts via un de leurs best-ofs (au choix, ZZ Top, Chris Rea, Beatles, Toto, Scorpions, Led Zeppelin, U2...). La majeure partie du temps, j'ai acheté les albums ensuite, et j'ai relégué le best-of (sauf pour les Beatles, le best-of en question étant le double 'bleu' de 73) aux oubliettes, voire même m'en suis débarrassé. A quoi ça sert d'avoir un disque renfermant tous les classiques de Led Zeppelin quand vous les avez aussi et surtout en CD et vinyles sur les albums originaux ? Des best-ofs, il y en à des chiées. Beaucoup sont d'un intérêt très limité, ils s'auto-annihilent les uns les autres, je pense notamment aux compilations sur Lennon. La première sortie après sa mort, en 82, puis une autre en 88, une autre dans les années 90, deux autres (dont la meilleure, en 2005) dans les années 2000. Aucun nouveau titre, ce sont toujours les mêmes titres, dans un ordre différent, donc quel est l'intérêt ? Pognon, évidemment. Et moi qui les possède toutes...

NY2

Neil Young, lui, il n'est pas comme ça. Il n'a pas sorti beaucoup de best-ofs, le Loner. Mais il peut se targuer d'avoir sorti ce qui reste, incontestablement, la plus grande compilation d'artiste qui soit, devant les best-ofs 'rouge' et 'bleu' des Beatles, le Working Class Hero : The Definitive de Lennon et le A Young Person's Guide de King Crimson. En fait, cette compilation est si parfaite qu'au même titre que les deux compilations colorées des Beatles, elle est une des rares compilations d'époque à être, toujours, commercialisée en CD, telle quelle, et ce malgré le défaut indéniable qu'elle ne représente qu'une infime partie de la carrière du Loner. Dix ans, précisément. Sortie en 1977, elle concerne les dix premières années de la carrière de Neil Young, et s'appelle justement Decade. Elle offre 35 titres, et est, en vinyle, triple (trois disques assez bien remplis), tout tient sur deux CDs, durée globale de plus de 2h20 de musique. Pour moi, je vais être clair, c'est la plus grande compilation jamais faite et sortie, une vraie oeuvre d'art, un jalon dans son genre. D'abord, en vinyle, l'objet est beau (photo très 70's, lettrage que j'adore, belle photo de Neil au verso, pochette ouvrante avec un insert cartonné (qui renferme un des trois vinyles) à glisser dans l'ouverture centrale de la pochette pour en faire une sorte de livre, difficile à décrire, mais la photo ci-dessous vous permettra peut-être de voir ce que je veux dire), ensuite le tracklisting est généreux et rempli de pépites. Sur les 35 titres, on trouve, ici, 6 morceaux alors inédits en album, et un autre (Soldier) assez rare, car présent sur un album méconnu. On trouve aussi bien des morceaux avec Buffalo Springfield et Crosby, Stills, Nash & Young qu'évidemment, du Loner en solo. Neil n'a rien oublié, sauf Time Fades Away, son album live de 1973 qu'il n'a jamais édité en CD, et dont aucun morceau n'apparaît ici, ce qui est dommage, très dommage, mais c'est le seul reproche à faire à Decade. On peut aussi regretter les notes de pochette en écriture manuscrite, le Loner a une écriture de con (moi aussi, au passage), j'aurais préféré des notes typographiées, mais ça rajoute au charme de la compilation, en même temps. 

NY3

Decade, donc, regroupe le meilleur des 10 premières années du Loner. Compilation donc totalement incomplète vu que Neil est toujours actif, et on ne trouvera donc pas ici, c'est normal, Hey Hey, My My, Rockin' In The Free World ou Comes A Time, ces morceaux datant respectivement de 1979, 1989 et 1978. Grosso merdo, le reste est là. Buffalo Springfield via l'inédit studio d'alors Down To The Wire (qui ouvre le bal), Burned, l'épatant Mr Soul qui s'inspire fortement du Satisfaction des Cailloux, l'incroyable morceau-gigogne Broken Arrow qui est du genre inusable, la délicatesse aérienne d'Expecting To Fly, morceau qui est un des plus beaux que je connaisse, et I Am A Child, du dernier album du groupe. Crosby, Stills, Nash & Young est évidemment représenté via Helpless et Ohio, ce dernier n'était sorti qu'en single en 1970 (puis sur des compilations et un live). Le reste de Decade, c'est Neil en solo, et on a donc du très lourd, présenté de façon chronologique. Sugar Mountain, inédit en album studio, datant de juste après la séparation de Buffalo Springfield et avant le premier album de Neil, est une splendeur délicate. The Loner et The Old Laughing Lady, du premier album, sont deux merveilles assez différentes l'une de l'autre, mais qui symbolisent bien la carrière du Loner : à la fois très rock et parfois très folk. Je ne vais pas citer tout le reste de la compilation, mais entre Down By The River (10 minutes), Cowgirl In The Sand (aussi !), After The Gold Rush (à pleurer tellement c'est beau), Southern Man, Soldier (de Journey Through The Past), Heart Of Gold, Old Man, Tired Eyes, Walk On, Like A Hurricane (8 minutes), Cortez The Killer (7,30 minutes) et Long May You Run (dans une version différente de la version album, ici avec Crosby, Stills & Nash), on a du lourd, donc, et j'ai pas tout cité, je vous l'ai dit. On a aussi des inédits de qualité, j'en ai cité deux plus haut, et les quatre autres sont le très rock Winterlong, les délicats Deep Forbidden Lake et Love Is A Rose, et Campaigner, ce dernier aurait dû à la base se trouver sur l'album de 1976 fait avec Stills, Long May You Run, et est sur Nixon. Au final, les plus de deux heures de programme de ce triple album sont rigoureusement indispensables à tout fan de rock, et de folk-rock, ainsi qu'à un fan de Neil Young. Vous aurez certes des doublons, mais la présence de 6 inédits et de deux raretés, plus le tracklisting des plus bandants, font de Decade LA compilation, LE best-of ultime, et ce, même s'il ne représente qu'une petite partie de la carrière du Loner et qu'il est donc incomplet. Mais dans le genre, c'est parfait, imparable, grandiose. Seule comparaison possible, les deux best-ofs des Beatles sortis en 1973, le 'rouge' et le 'bleu'...

FACE A

Down To The Wire

Burned

Mr. Soul

Broken Arrow

Expecting To Fly

Sugar Mountain

FACE B

I Am A Child

The Loner

The Old Laughing Lady

Cinnamon Girl

Down To The River

FACE C

Cowgirl In The Sand

I Believe In You

After The Gold Rush

Southern Man

Helpless

FACE D

Ohio

Soldier

Old Man

A Man Needs A Maid

Harvest

Heart Of Gold

Star Of Bethlehem

FACE E

The Needle And The Damage Done

Tonight's The Night

Tired Eyes

Walk On

For The Turnstiles

Winterlong

Deep Forbidden Lake

FACE F

Like A Hurricane

Love Is A Rose

Cortez The Killer

Campaigner

Long May You Run